Les femmes moins bien payées que les hommes dès la proposition initiale
Une étude américaine montre que les offres salariales initiales adressées aux femmes sont inférieures de 5,5 % à celles faites aux hommes.
« Les femmes ne savent pas négocier leur salaire. » Cette explication est souvent la raison principale invoquée pour justifier les écarts de rémunération, et fait porter aux candidates la responsabilité d’un différentiel qu’elles subissent. Mais selon l’étude américaine Setting Up the Gap? Gender Differences in Initial Salary Offers in Hiring, publiée par deux chercheurs dans la revue Organization Science et relayée par Harvard Business Review France, le salaire initialement proposé aux candidates est déjà inférieur à celui adressé aux candidats.
Les inégalités de salaire préexistent à la négociation
Jusqu’ici, les études sur l’écart salarial mesuraient les salaires versés. Il était alors difficile de savoir si la différence naissait de la proposition faite ou de la négociation à l’embauche. Shiya Wang, chercheuse à la Harvard Kennedy School, et Adina Sterling, professeure à Columbia Business School, ont analysé plus de 738 000 offres salariales adressées à des candidats aux États-Unis, entre 2017 et 2020.
L’étude révèle que l’écart brut, quels que soient les profils ou les métiers, atteint 22 %. En moyenne, l’offre de salaire adressée aux hommes s’élève à 75 716 dollars, contre 58 697 dollars pour les femmes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart : le métier exercé, le niveau de responsabilités ou le recours au temps partiel. Ils confirment que les carrières féminines restent globalement moins ascendantes.
En revanche, une fois ces variables neutralisées, l’écart reste bien présent. À poste, métier, secteur, employeur, localisation, diplôme ou encore expérience équivalents, il subsiste une différence de 5,5 %. À titre d’exemple, sur un poste proposé à 40 000 euros bruts annuels, la différence représenterait environ 2 200 euros.
Un écart qui vaut aussi pour les jeunes diplômés
L’étude montre également que l’écart apparaît dès l’entrée sur le marché du travail. Les offres adressées aux jeunes diplômées sans expérience professionnelle sont inférieures de 1,1 % à celles adressées à leurs homologues masculins. Ce chiffre met en évidence une inégalité de salaire entre les femmes et les hommes, qu’aucun différentiel de compétences ou d’ancienneté ne peut venir justifier.
De plus, cet écart se creuse à mesure que la carrière avance, passant rapidement à 3,7 % après une à cinq années d’expérience.
Dans la continuité de la transparence salariale
En France, le projet de loi sur la transparence des rémunérations imposera d’afficher une fourchette de salaire dans chaque offre d’emploi publiée. Il interdira également de demander à un candidat sa rémunération actuelle ou passée. Toutefois, une fourchette annonce un plancher et un plafond, soit exactement l’amplitude dans laquelle les inégalités peuvent se loger. D’autant qu’à ce stade, le texte ne prévoit pas d’en limiter l’intervalle.
La future loi prévoit également une obligation pour les employeurs de rendre accessibles à leurs salariés les critères (objectifs et non sexistes) utilisés pour déterminer la rémunération et la progression, par exemple, le niveau de maîtrise, le périmètre de responsabilité ou le nombre d’années d’expérience attendu. L’exigence vaut pour les salariés en poste. Mais pour éviter d’avoir à corriger des écarts injustifiés après coup, elle devra s’appliquer dès la proposition d’embauche.
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