Pourquoi les enquêtes QVCT peinent à convaincre les salariés

Une étude du cabinet Santé du dirigeant montre que salariés comme RH doutent de la pertinence des enquêtes QVCT, dont les résultats débouchent trop peu sur des actions.

Pourquoi les enquêtes QVCT peinent à convaincre les salariés étude de Santé du Dirigeant © Small Smiles_dimple
Près de six salariés sur dix ne se sentent pas en confiance pour répondre sincèrement aux enquêtes QVCT, selon Santé du dirigeant. © Small Smiles_dimple / stock.adobe.com

Baromètres de climat social, questionnaires sur les risques psychosociaux… Si les enquêtes QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) font désormais partie des outils courants des directions RH, la parole qu’elles recueillent reste fragile, et leurs suites souvent limitées. C’est le principal enseignement de l’enquête* menée par BuzzPress pour le cabinet Santé du dirigeant.

Côté salariés, une parole freinée par le manque de confiance

Un tiers seulement des salariés se déclare réellement en confiance pour répondre avec sincérité aux enquêtes QVCT de leur entreprise. À l’inverse, près de six salariés sur dix (59 %) ne se sentent pas suffisamment en confiance pour le faire. Et 9 % redoutent même que leurs réponses permettent de les identifier, preuve que l’anonymat affiché par ces dispositifs ne suffit pas toujours à rassurer.

Cette retenue fragilise la fiabilité des résultats. Faute de confiance, une partie des salariés risque de minimiser ses difficultés, voire de les taire. Les situations les plus tendues, celles que l’enquête cherche justement à repérer, peuvent alors lui échapper.

Côté RH, des doutes sur la sincérité des réponses

Qu’ils soient DRH, RRH, managers ou responsables QVCT, les décideurs perçoivent eux aussi cette retenue. Moins de la moitié d’entre eux (45 %) estiment que les salariés répondent sincèrement à ces enquêtes. Près d’un quart (24 %) considèrent au contraire que les réponses ne sont qu’en partie sincères, et 19 % jugent même que beaucoup de salariés minimisent leurs difficultés.

Les données de cette étude font apparaître que les RH pilotent en partie leur politique de bien-être à partir de résultats qu’ils savent eux-mêmes incomplets. La difficulté à faire parler sincèrement les salariés figure d’ailleurs parmi les freins à l’action, cités par 18 % des décideurs.

Après l’enquête, des suites trop rarement visibles

La défiance des salariés tient aussi à ce qui se passe une fois l’enquête bouclée. Lorsque l’entreprise identifie une situation relevant de la QVCT, seuls 8 % des salariés voient des actions concrètes se mettre rapidement en place. Pour 84 %, les suites restent limitées, voire inexistantes, et prennent plusieurs formes :

  • 25 % y voient surtout de la communication, sans changement concret à la clé ;
  • 17 % assistent à la présentation des résultats, avant que le sujet ne retombe ;
  • 17 % n’ont jamais constaté la moindre action concrète après une enquête ;
  • 16 % évoquent des actions annoncées, mais restées limitées ;
  • 9 % indiquent que les résultats ne sont tout simplement pas communiqués aux salariés.

Cet écueil, les décideurs en ont conscience, puisque 23 % d’entre eux rangent la difficulté à transformer les résultats des enquêtes en actions concrètes parmi leurs principaux freins. Or, comme le souligne Noémie Guerrin, autrice et fondatrice du cabinet Santé du dirigeant, « chaque enquête restée sans suite envoie aux équipes un message terrible : vous avez parlé, rien n’a changé. La fois suivante, elles se tairont. »

Les leviers pour redonner du crédit aux enquêtes QVCT

Redonner du crédit à ces enquêtes passe d’abord par la restitution des résultats, dont près d’un salarié sur dix n’a jamais connaissance. Expliquer la façon dont les réponses sont traitées et agrégées contribuerait, en outre, à apaiser la crainte des salariés d’être reconnus à travers leurs réponses, et à libérer une parole plus sincère.

Encore faut-il disposer d’un diagnostic fiable, quand le déclaratif montre ses limites. Le dernier baromètre du burn-out de la plateforme Teale et Ipsos BVA invite par exemple les directions RH à compléter leur baromètre de climat social par un outil de mesure scientifique, à l’image du Copenhagen Burnout Inventory. L’objectif ici est de pouvoir objectiver les risques, au-delà de ce que les salariés acceptent d’exprimer.

Au-delà des annonces, les salariés attendent surtout des décisions et des actions concrètes, venant de l’organisation ou du management, avec un impact par exemple sur la charge de travail. Les associer à ces choix permet notamment de faire de l’enquête un plan d’action partagé. L’attente est forte : 70 % des salariés souhaitent être consultés avant les prises de décision mais seuls 34 % le sont réellement, selon le baromètre Empreinte Humaine.

Toutefois, mener ces chantiers suppose des compétences spécifiques et du temps, deux ressources encore rares. En effet, 68 % des répondants ne se sentent pas suffisamment formés pour faire face à une situation de détresse psychologique ou d’épuisement professionnel, et un sur deux (49 %) consacre au mieux deux heures par mois à la prévention et à la gestion de la santé mentale. Sans surprise, le manque de formation des RH et des managers arrive en tête des freins empêchant d’agir sur ces sujets (31 %), devant le manque de temps (26 %).

*Enquête réalisée en ligne par BuzzPress pour Santé du dirigeant du 3 au 13 octobre 2026, auprès de 2 402 salariés du privé et du public âgés de 18 ans et plus (méthode des quotas, redressement sur les données de l’Insee) et de 1 001 décideurs (dirigeants, DRH, RRH, managers, responsables QVCT/RSE/prévention et représentants du personnel/CSE).

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