1 salarié sur 2 en détresse psychologique : quelles réponses RH ?

Le 16e baromètre Empreinte Humaine, présenté le 2 juin, alerte sur une dégradation de la santé mentale des salariés et liste des actions concrètes à destination des entreprises pour lutter contre ce phénomène.

detresse psychologique au travail
Un salarié français sur deux se déclare en situation de détresse psychologique. © Media/stock adobe.com

Le moral des salariés français n’est pas au beau fixe en ce printemps 2026. Malgré une santé mentale déclarée grande cause nationale pour la deuxième année consécutive, un actif sur deux se déclare en situation de détresse psychologique, un chiffre en hausse de 3 points par rapport à novembre 2025. « C’est un niveau équivalent à celui observé lors du premier confinement », souligne Christophe Nguyen, fondateur du cabinet Empreinte Humaine. Ce chiffre est d’autant plus alarmant que 83 % des salariés attribuent cet état, au moins en partie, à leur travail. Plus le niveau de détresse est élevé, plus ce lien est affirmé.

62% des DRH en détresse psychologique

Au rang des actifs les plus vulnérables, on retrouve les femmes, les moins de 30 ans, les employés et les DRH. « 62 % des DRH se déclarent en situation de détresse psychologique. Pour autant, peu d’entre eux ont mis en place des dispositifs d’aide psychologique, financière ou juridique dans leur entreprise. Ce sont les cordonniers les plus mal chaussés : de nombreux DRH pensent encore que les entreprises n’ont pas à se préoccuper des problématiques personnelles des salariés, alors qu’ils sont les plus sollicités par leurs collaborateurs à ce propos. »

Le 16e baromètre sur l’état de santé psychologique des salariés français*, publié par Empreinte Humaine le 2 juin, vient d’ailleurs confirmer ce que les RH et les managers observent sur le terrain : de plus en plus de salariés leur remontent des difficultés d’ordre personnel, qui affectent leur travail quotidien. Au cours des 12 derniers mois, 53 % des personnes interrogées ont traversé au moins une période de stress intense liée à un problème extérieur à la sphère professionnelle : financier, familial, administratif, juridique…

Parmi les salariés confrontés à ces épreuves, le sentiment d’incompréhension et de solitude domine : 62 % pensent que leur entreprise sous-estime leurs difficultés personnelles, 56 % se sentent isolés ou sans soutien au travail, et 59 % ont craint d’en parler au travail.

Le poids des conditions de travail sur le bien-être

Au-delà des difficultés rencontrées dans la sphère personnelle, la santé mentale des actifs dépend fortement de leurs conditions de travail. 51 % des salariés déclarent avoir de moins en moins de temps pour effectuer un travail de qualité à cause d’un accroissement de la charge de travail : « On leur demande de délivrer pour délivrer, d’aller vite, sans leur expliquer dans quel but. Résultat, 48 % disent que leur travail manque de sens, ce qui dégrade leur sentiment de fierté vis-à-vis de leur travail, et 60 % ont l’impression de n’être que de simples exécutants. Cette sensation de perte d’autonomie et de capacité d’action entravée est assez nouvelle et est particulièrement présente dans les grandes entreprises », insiste Christophe Nguyen.

Les défauts de communication et les processus d’organisation dysfonctionnels constituent des facteurs supplémentaires de stress au travail : 51 % témoignent de désaccords entre managers qui se traduisent par des revirements dans les décisions, 45 % jugent les canaux d’information trop nombreux et 43 % subissent des processus inefficaces ou incompréhensibles.

5 actions pour améliorer le bien-être au travail

Face à ce constat, le baromètre identifie cinq leviers sur lesquels les entreprises peuvent agir. Certains sont structurels, d’autres relèvent de la posture managériale.

Informer et sensibiliser

Une entreprise qui libère la parole sur le sujet de la santé mentale fait un premier pas important pour le bien-être de ses salariés : quand un collaborateur estime pouvoir parler sans tabou de sa santé psychologique au travail, son sentiment de bien-être est multiplié par 1,6.

L’organisation d’actions de sensibilisation et d’accompagnement à la prévention des risques psycho-sociaux (RPS) sur le temps de travail divise, quant à elle, la sensation de détresse psychologique par 2,4. Actuellement, 30 % du panel dit bénéficier de tels programmes dans son entreprise.

Des objectifs qui tiennent compte du bien-être des salariés

Autre levier qui a des effets immédiats sur le bien-être au travail : la fixation par le manager d’objectifs qui prennent en compte le bien-être des équipes. « Toutes les études montrent qu’il y a une intensification de la charge de travail, facteur qui a un impact très important sur la santé mentale et fait grimper l’absentéisme. Malheureusement, dans les plans d’action RPS, très peu d’entreprises abordent le sujet de la charge de travail », constate Christophe Nguyen.

Des preuves tangibles de reconnaissance au quotidien

L’enquête met en lumière un fossé net entre attentes des collaborateurs et pratiques réelles en termes de reconnaissance au travail. Ainsi, 70 % des salariés souhaitent être consultés avant les prises de décision et seuls 34 % le sont réellement. 64 % des collaborateurs voudraient recevoir des remerciements spontanés, quand 39 % en reçoivent dans les faits. 62 % voudraient avoir du feedback, mais 36 % en reçoivent effectivement. Ces marques de reconnaissance, les salariés les attendent avant tout de la part de leur direction et de leur manager.

Une tolérance zéro pour les violences

Il ne peut y avoir de climat de sécurité psychologique pérenne si les organisations ne condamnent pas tout type de violence sur le lieu de travail, qu’il s’agisse de faits de harcèlement moral, sexuel ou d’actes de violence physique, mentale, sexiste ou sexuel. Le baromètre explique que le simple fait de recadrer les comportements sexistes dans l’entreprise multiplie par 2,2 le sentiment de bien-être au travail.

Des dispositifs d’écoute et de soutien

« Les entreprises doivent inventer de nouvelles manières d’accompagner leurs collaborateurs, sur le modèle des dispositifs de soutien psychologique, d’aide de la part d’une assistante sociale, de conseil juridique, sur le modèle de ce que font les employeurs aux Etats-Unis et au Canada », estime Christophe Nguyen.

En France, 9 % des salariés ont déjà utilisé un tel dispositif de soutien mis en place par leur organisation. Parmi eux, 17% disent se sentir en climat de sécurité psychologique élevé (contre 10% pour l’ensemble du panel).

« 52 % des salariés sont d’accord avec l’idée que la succession de crises est un prétexte pour dégrader leurs conditions de travail. Dans un environnement difficile, les entreprises font passer au premier plan leur survie et leur performance sur les marchés. Or, je crois que c’est précisément quand le contexte extérieur est anxiogène qu’il faut prioriser la santé mentale de ses salariés », conclut le fondateur d’Empreinte Humaine.

*Sondage réalisé par Ipsos BVA par internet, pour le cabinet Empreinte Humaine, auprès de 2 000 salariés français du 4 au 18 mai 2026.

Guide du recrutement 2026 : l'indispensable pour bien recruter

Des analyses et des conseils d'experts pour vous aider à prendre l’avantage face aux transformations du marché.
Voir le guide
visuel guide
Visuel promo

Bien s’équiper pour bien recruter

Logo Marque employeur
Logo Magnet
Logo Basile
Voir tous les outils