Travail par canicule : ce que font nos voisins européens
Congé climatique en Espagne, seuils légaux en Allemagne, chômage technique en Italie… petit tour d’Europe des mesures mises en place pour faire face aux épisodes de canicule.
Depuis fin juin, une grande majorité d’Européens ont vu plusieurs fois le thermomètre dépasser les 35°C. Ces épisodes caniculaires de plus en plus fréquents ont un impact sur la santé des travailleurs : selon l’Organisation mondiale de la santé, la chaleur excessive est responsable de plus de 22,85 millions d’accidents du travail chaque année. Elle estime que pour qu’un salarié soit en mesure de travailler huit heures au cours d’une journée, sa température corporelle centrale ne doit pas dépasser les 38°C.
Le 29 juin, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou annonçait sur franceinfo un voyage d’étude en Espagne, accompagné des partenaires sociaux, pour comprendre comment la société espagnole s’est adaptée aux fortes chaleurs. Ce déplacement de deux à trois jours devrait nourrir les réflexion d’un groupe de travail qui se réunira à la rentrée pour dégager des solutions. Tour d’horizon des mesures déjà en place dans les autres pays européens pour faire face à ces fortes chaleurs.
Congé climatique et « journée intensive » en Espagne
Ce n’est pas par hasard que le regard du gouvernement se tourne vers l’Espagne, souvent citée comme modèle d’adaptation aux températures élevées. Le pays a instauré, en 2024, un congé climatique de quatre jours. Ce droit est accessible à tous les salariés en cas d’alerte orange ou rouge émise par l’agence météorologique nationale ou lorsque la Protection civile juge l’activité impossible en toute sécurité. Ce dispositif, né après les inondations meurtrières de Valence, peut aussi s’appliquer lors des épisodes caniculaires.
Du 15 juin au 15 septembre, les entreprises peuvent également aménager la journée de travail de leurs collaborateurs. Elles passent alors en mode « jornada intensiva »(« journée intensive ») : les salariés démarrent à 8h et terminent à 15h, sans pause déjeuner.
Seuils de température en Allemagne
L’Allemagne, elle, a inscrit des seuils de température directement dans son Code du travail. À 26, 30 puis 35 °C, des mesures obligatoires s’imposent progressivement aux employeurs : ventilation, aménagement des horaires, voire suspension de l’activité.
Chômage technique à plus de 35°C en Italie
En Italie, un accord national, conclu en juillet 2025, permet de déclencher un dispositif de chômage technique dès que la température dépasse les 35 °C, garantissant l’indemnisation des heures non travaillées. Dans plusieurs régions, cet accord se traduit par une interdiction stricte de travailler entre 12h30 et 16h, en priorité dans les secteurs où les travailleurs sont les plus exposés aux risques liés à la chaleur, comme le BTP, l’agriculture et la logistique.
Des pauses fraîcheur réclamées à l’échelle européenne
Le 25 juin 2026, la Confédération européenne des syndicats (CES) a demandé à l’Union européenne d’inscrire dans la loi un droit à des pauses fraîcheur rémunérées lors des épisodes de chaleur extrême. L’organisation, qui représente 45 millions de salariés, cible en priorité les métiers les plus exposés : chauffeurs de bus, ouvriers du bâtiment, saisonniers agricoles.
Pour appuyer sa demande, la CES s’est appuyée sur l’exemple du Mondial 2026, où la FIFA a instauré des interruptions de jeu de trois minutes à la mi-temps de chaque période pour protéger les joueurs des fortes chaleurs. Si des sportifs professionnels bénéficient de cette protection, le raisonnement de la CES est simple : les salariés travaillant en extérieur ou dans des véhicules surchauffés méritent a minima un cadre équivalent. La Confédération invite également la Commission européenne à combler les écarts existants entre les législations des différents États-membres en adoptant une directive définissant des températures maximales sur le lieu de travail. Aucune règle contraignante n’existe pour l’instant, à ce sujet, au niveau européen.
Où en est-on en France ?
En France, le débat se cristallise autour de plusieurs pistes. Les Écologistes ont déposé une proposition de loi pour instaurer un congé climatique de cinq jours maximum par an, inspiré du dispositif espagnol. Il s’appliquerait aux salariés ne pouvant ni se rendre au travail ni télétravailler lors d’un épisode climatique extrême. De son côté, la CGT réclame l’extension à tous les secteurs du régime d’activité partielle intempérie, aujourd’hui limité au BTP. La France insoumise porte, quant à elle, un « droit de retrait climatique » ainsi qu’un congé climatique permettant aux parents d’élèves de s’absenter en cas de fermeture d’établissement scolaire par fortes chaleurs.
Le ministre du Travail a écarté l’idée d’un seuil de température légal et paraît réservé au sujet du congé climatique. Il a en revanche annoncé un groupe de travail à la rentrée, chargé d’examiner les aménagements possibles en matière d’horaires, d’équipements et de conditions de travail.
Un décret entré en vigueur au 1er juillet 2025 impose déjà aux employeurs d’agir dès l’identification d’un risque lié à la chaleur, avec des obligations précises : adaptation des horaires de travail, suspension des tâches pénibles aux heures chaudes, fourniture d’au moins trois litres d’eau potable fraîche par salarié par jour, pauses plus longues ou plus fréquentes, équipement des locaux de dispositifs filtrants, occultants, de ventilation ou de brumisation, fourniture d’équipements de protection individuelle.