Amélioration des conditions de travail : qui sont les gagnants et les perdants ?

Depuis 2016, les conditions de travail s’améliorent en France, selon la dernière étude de la Dares. Mais toutes les catégories de salariés ne bénéficient pas de cette embellie.

travail entrepôt
Les femmes sont plus exposées que les hommes aux exigences émotionnelles au travail. © krumanop / Stock.adobe.com

Après plusieurs décennies de hausse continue, l’intensité du travail recule pour la première fois. C’est l’un des principaux enseignements de la dernière enquête* Conditions de travail de la Dares, publiée le 9 septembre. Menée auprès de 25 300 salariés, celle-ci compare la situation des travailleurs entre 2016 et 2024.

En dix ans, les relations avec la hiérarchie se sont apaisées, le sentiment d’utilité et la fierté du travail bien fait ont progressé. Mais ces tendances positives masquent des réalités très contrastées selon les catégories de salariés.

Les gagnants

Les cadres : moins de pression, grâce au télétravail

C’est la catégorie qui bénéficie le plus de l’amélioration des conditions de travail sur la dernière décennie. Entre 2016 et 2024, la part des cadres soumis à une forte intensité de travail est passée de 33 % à 29 %, soit un recul de 4 points. Pour mesurer l’intensité du travail, la Dares interroge les salariés sur huit contraintes de rythme : cadence imposée par une machine, normes de production à satisfaire en une journée, surveillance permanente de la hiérarchie… Un salarié est considéré comme exposé à une forte intensité dès lors qu’il en cumule au moins trois.

Dans le même temps, la proportion des cadres qui déclarent travailler toujours ou souvent sous pression est passée de 43 % à 39 %, soit 4 points de moins. Ils sont également moins nombreux qu’en 2016 à devoir se dépêcher toujours ou souvent dans leur travail (-8 points, à 41 %) ou à être sollicités pour une quantité de travail excessive (-3 points, à 44 %).

Cette amélioration des conditions de travail chez les cadres, la Dares l’attribue en grande partie à la diffusion du télétravail. En 2024, 44 % des cadres y ont recours habituellement, contre moins de 15 % des professions intermédiaires et des employés qualifiés. Et ce sont parmi les cadres des secteurs où le télétravail est le plus répandu que les conditions de travail s’améliorent le plus nettement, notamment sur la gestion du stress et les tensions avec la hiérarchie.

Les ouvriers : des rapports sociaux apaisés et plus d’autonomie

Les ouvriers, qu’ils soient qualifiés ou peu qualifiés, enregistrent, eux aussi, une amélioration significative de leurs conditions de travail. Depuis 2016, les relations avec la hiérarchie se sont nettement améliorées : la part des ouvriers peu qualifiés entretenant des relations dégradées avec leurs supérieurs recule de 11 points, celle des ouvriers qualifiés de 8 points.

Sur le plan de l’autonomie et du développement des compétences, ce sont les ouvriers qualifiés qui y gagnent le plus : le manque de capacités de développement recule de 10 points pour eux, contre une baisse de 7 points en moyenne pour l’ensemble des salariés.

Enfin, sur l’intensité du travail, la situation s’améliore de façon marquée pour les ouvriers peu qualifiés. Depuis 2016, la part de ceux soumis à au moins trois contraintes de rythme recule de 10 points, passant de 52 % à 42 %.

Pour tous les salariés : un travail qui a plus de sens

Certaines améliorations traversent toutes les catégories de salariés. En 2024, 82 % des salariés déclarent éprouver souvent ou toujours la fierté du travail bien fait, soit 10 points de plus qu’en 2016. Sur la même période, le sentiment de ne pas être utile aux autres recule de 6 points (à 22 %).

Au-delà des seuls ouvriers, les relations avec la hiérarchie se sont apaisées pour l’ensemble des salariés. La part des salariés entretenant des relations dégradées avec leurs supérieurs recule de 5 points, pour s’établir à 21 %. Enfin, l’insécurité à court terme diminue : ils sont 7 points moins nombreux à craindre pour leur emploi dans l’année qui vient, à 18 % en 2024.

Des évolutions qui traduisent un rapport au travail globalement plus positif, même si elles coexistent avec des contraintes toujours bien présentes.

Les perdants

Les employés peu qualifiés : une dégradation sur de nombreux fronts

Les employés peu qualifiés sont ceux qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader le plus depuis 2016. C’est la seule catégorie pour laquelle l’intensité du travail a augmenté : la part de ceux qui déclarent devoir toujours ou souvent se dépêcher progresse de 3 points (à 44 %), celle exposée à une quantité de travail excessive de 4 points (à 40%).

Sur l’autonomie, la situation se dégrade également. Le manque d’autonomie organisationnelle des employés peu qualifiés augmente de 4 points, notamment parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir intervenir sur la quantité de travail demandée ou interrompre leur travail. La marge de manœuvre dans la réalisation des tâches se dégrade également (+5 points), là où elle s’améliore pour les ouvriers.

Les contraintes physiques progressent aussi : 61 % des employés peu qualifiés y sont exposés en 2024, contre 54 % en 2016, soit la plus forte hausse de toutes les catégories (+7 points). Les comportements hostiles auxquels ils font face augmentent également, de 8 points contre +2 points en moyenne pour l’ensemble des salariés.

Tout n’est pas négatif pour autant. Les relations avec la hiérarchie s’améliorent légèrement, et le manque de capacités de développement recule de 6 points. Des progrès réels, mais qui peinent à compenser l’accumulation des dégradations sur les autres dimensions.

Les femmes : des exigences émotionnelles structurellement plus élevées

Autre catégorie de salariés à pâtir de conditions de travail dégradées, les femmes, qui sont plus exposées que les hommes aux exigences émotionnelles, et ce de façon structurelle.

En 2024, elles sont 76 % à être en contact direct avec le public, contre 66 % des hommes. Elles sont plus nombreuses à devoir calmer des gens (59 % contre 47 %), à être au contact de personnes en détresse (53 % contre 35 %) et à devoir cacher leurs émotions au travail (32 % contre 22 %). Ces écarts, déjà présents en 2016, ne se réduisent pas.

Sur le fait de cacher ses émotions, la situation se dégrade même légèrement pour l’ensemble des salariés (+2 points).

Pour tous les salariés : un travail de moins en moins tenable jusqu’à la retraite

C’est l’un des signaux les plus préoccupants de l’enquête. La part des salariés ne se sentant pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite passe de 38 % à 41 % entre 2016 et 2024. Elle progresse de 6 points parmi les employés peu qualifiés, les plus concernés.

Cette hausse survient dans un contexte particulier : celui de la réforme des retraites de 2023, depuis suspendue, qui a reculé l’âge de départ et allongé la durée de cotisation. Ce sentiment touche toutes les tranches d’âge, mais progresse davantage chez les plus âgés.

*enquête « Conditions de travail et risques psychosociaux 2024-2025 » réalisée auprès de 25 300 personnes, interrogées par questionnaire entre juillet 2024 à avril 2025.

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