Cette étude qui chiffre l’impact du télétravail sur la santé mentale

Une étude américaine publiée dans la revue Science établit que le télétravail accroît l’isolement et dégrade la santé mentale, un effet concentré sur les salariés qui vivent seuls.

comment prévenir l'isolement et la détresse mentale en télétravail
Le télétravail aurait un impact sur l'isolement et la santé mentale des salariés, selon cette étude américaine. © Antonioguillem / stock.adobe.com

Le télétravail est désormais un acquis dans nombre d’entreprises. Les candidats en ont fait un critère de choix et les salariés le réclament. Beaucoup y voient un gage d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Mais une étude* parue dans la revue Science début juin vient questionner ce consensus. Conduite par trois économistes, Natalia Emanuel, Emma Harrington et Amanda Pallais, elle montre que le travail à distance isole les salariés et détériore leur santé mentale, avec un effet encore plus marqué pour celles et ceux qui vivent seuls.

Une comparaison entre métiers télétravaillables et métiers de terrain

Pour isoler l’effet propre du télétravail, les chercheuses ont comparé les métiers télétravaillables, comme l’ingénierie logicielle ou le marketing, aux métiers de terrain qui exigent une présence physique. La pandémie a fait bondir le travail à distance dans les premiers, beaucoup moins dans les seconds. Ce raisonnement par métier, et non par choix individuel, évite d’inverser cause et effet, car une santé mentale dégradée peut aussi être la raison qui pousse à vouloir télétravailler, plus que sa conséquence.

Une hausse de la solitude et de la détresse mentale

Les salariés en poste télétravaillable passent environ une heure de plus seuls chaque jour ouvré, en comparaison de ceux sur le terrain, et sans compenser par une vie sociale plus riche en dehors du bureau. Par ailleurs, leur détresse psychologique, mesurée par l’échelle K-6, l’indicateur de référence de l’étude, augmente nettement, tout comme leur recours aux soins psychiques (+4,6 points) et aux antidépresseurs (+1,8 point).

Pour ceux qui vivent seuls, la probabilité de passer une journée entière seule, sans interaction sociale, grimpe de 7 points. Et la dégradation psychologique est environ deux fois plus forte que pour les autres. Au total, le travail à distance expliquerait environ un tiers de la hausse de l’isolement et de la détresse mentale observée sur la période.

Un coût que les salariés ne voient pas venir

Les bénéfices du télétravail sont immédiats et visibles, à commencer par la fin des trajets. Ses coûts, eux, s’accumulent lentement et restent diffus. Le salarié peine alors à relier sa lassitude ou son anxiété à son organisation de travail, qu’il continue même de plébisciter. Cette asymétrie explique que l’isolement progresse sans déclencher d’alerte.

Là où les entreprises peuvent agir

Les autrices de l’étude invitent à concevoir un télétravail moins isolant plutôt qu’à y renoncer. Trois pistes se dégagent :

  1. La première consiste à coordonner les jours de présence des équipes hybrides, pour que venir au bureau garantisse d’y retrouver ses collègues, et non des locaux vides.
  2. La seconde vise à réintroduire des occasions d’échange informel, y compris à distance, puisque même les interactions les plus brèves améliorent le bien-être.
  3. La troisième concerne les salariés vivant seuls. Les politiques de prévention gagnent à porter une attention particulière à cette population. Par exemple, manager à distance suppose aussi d’aller au-devant des signaux faibles, plutôt que d’attendre qu’ils s’expriment.

L’étude le rappelle : le lieu de travail est aussi une infrastructure sociale. Une dimension qu’il convient désormais d’intégrer dans les politiques de flexibilité.

À noter toutefois que l’étude ne distingue pas le télétravail intégral du format hybride. Un ou deux jours à domicile par semaine pourraient avoir des effets bien moindres, voire protecteurs pour certains profils.

*Étude menée sur cinq enquêtes représentatives couvrant 588 322 Américains entre 2011 et 2024, et parue dans la revue Science du 4 juin 2026. 

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