Et si le télétravail pesait plus que l’IA sur le chômage des jeunes ?

A rebours des études incriminant l’IA pour expliquer la hausse du chômage des jeunes, trois chercheuses américaines pointent un coupable inattendu : le télétravail.

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L'essor du télétravail justifierait jusqu'à 64 % de la hausse du chômage des jeunes aux Etats-Unis, selon une étude de la Fed. © peopleimages.com/stock adobe.com

La généralisation du télétravail est-elle la principale responsable du chômage des jeunes diplômés ? C’est le postulat d’une étude publiée le 1er juin 2026 par la Federal Reserve Bank of New York. Aux Etats-Unis, le taux de chômage des jeunes diplômés est passé de 3,1 % en moyenne sur la période 2017-2019 à 3,7 % entre 2022 et 2025. Or, dans le même intervalle, le taux de chômage des plus de 29 ans a, lui, légèrement diminué, passant de 1,9 % à 1,8 %. Preuve que le chômage des juniors présente bien une spécificité sur un marché de l’emploi américain qui se porte bien.

Une hausse antérieure à l’explosion de l’IA générative

Depuis deux ans, un suspect s’impose naturellement pour expliquer ces difficultés d’insertion des jeunes sur le marché du travail : l’intelligence artificielle. Une étude du Stanford Digital Economy Lab, parue en août 2025, chiffre notamment la baisse relative de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA à environ 16 % depuis l’essor de l’IA générative. Mais pour les trois économistes de la Fed, l’argument ne tient pas. Pour deux raisons majeures :

  • la hausse du chômage des jeunes a débuté avant la diffusion massive des outils d’IA générative ;
  • en neutralisant l’exposition des métiers à l’IA dans l’analyse, les écarts entre taux de chômage des juniors et des seniors persistent.

Les universitaires formulent donc une autre hypothèse : la multiplication par 4 du télétravail entre le début de la pandémie et aujourd’hui, outre-Atlantique, aurait conduit les entreprises à privilégier le recrutement de profils seniors, plus autonomes.

Selon leur analyse, le télétravail justifierait jusqu’à 64 % de la hausse du chômage chez les moins de 29 ans. Pour arriver à ce chiffre, elles ont observé les embauches d’une entreprise du Fortune 500 (les 500 entreprises américaines affichant le plus gros chiffre d’affaires) en distinguant les emplois télétravaillables (comme les ingénieurs logiciels) des emplois non télétravaillables (comme les ingénieurs mécanique). Elles ont ensuite comparé les recrutements de jeunes diplômés et de travailleurs plus expérimentés pour chaque catégorie.

Moins de recrutements de juniors sur les postes télétravaillables

Résultat, sur les postes télétravaillables, l’entreprise a contracté ses recrutements de profils juniors entre 2017-2019 et 2022-2025, alors qu’elle a embauché légèrement plus de seniors. En revanche, dans les emplois non télétravaillables, après avoir légèrement augmenté pendant le Covid, le taux de chômage des jeunes est revenu à son niveau initial.

Ces conclusions valent-elles aussi pour la France ? Il faut d’abord rappeler que le contexte est bien différent, avec un taux de chômage des 15-24 ans bien plus élevé qu’aux Etats-Unis, à 19,6% en 2025 selon l’Insee. Quant au travail à distance, il est moins développé dans les entreprises françaises que chez leurs homologues américaines : en 2025, 19,7% pratiquent le télétravail, contre 22,1% outre-Atlantique.

En revanche, les deux pays sont concernés par des mouvements de retour au bureau. Mois après mois, des entreprises telles que la Société Générale, Free, Ubisoft et Amazon imposent à leurs équipes davantage de présence au bureau. L’histoire nous dira si cette tendance se traduit par une reprise des recrutements de la Gen Z.

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