5 choses qu’on ne soupçonne pas sur l’usage de l’IA au travail

Une étude de Google, fondée sur 15 millions d’échanges avec Gemini, dresse un portrait inattendu de l’IA en entreprise.

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Les spécialistes RH sont parmi les métiers où l'IA couvre le plus de tâches. © bizvector / Stock.adobe.com

Le « job apocalypse » craint chez les cols blancs des grandes entreprises du monde entier n’a pas eu lieu. Pour l’instant, du moins. Selon l’étude Atlas, publiée par Google le 23 juillet, la grande majorité des usages professionnels de l’IA relève de la collaboration. Sur les tâches intellectuelles complexes, qui représentent deux tiers des usages, moins de 10 % visent à déléguer le travail entier à la machine. Sur les tâches plus routinières, la proportion monte à 27 %.

Pour mener cette étude, Google a analysé 15 millions d’échanges anonymisés avec son IA Gemini, collectés en avril 2026. Le portrait dressé sur l’usage de l’IA au travail bouscule plusieurs certitudes bien installées.

L’IA ne sert (presque) jamais à automatiser une tâche entière

Contrairement aux idées reçues, l’IA ne se substitue pas aux salariés dans la grande majorité des tâches qu’ils ont à accomplir au quotidien. Selon l’étude de Google, alors que les tâches intellectuelles complexes représentent 35 % de l’ensemble des tâches dans l’économie, leur poids dans les usages IA est presque deux fois supérieur (66 %). À l’inverse, les tâches manuelles et interpersonnelles ne pèsent que 14 % des interactions professionnelles avec l’IA.

Sur les tâches complexes, les usages collaboratifs se répartissent en quatre familles : rédaction de brouillons, relecture et amélioration de documents, idéation et recherche d’information. Vos collaborateurs se servent de l’IA pour préparer et affiner leur travail, pas pour le lui déléguer. Sur les tâches routinières, la délégation est plus fréquente, mais elle concerne des actions bien délimitées : rédiger un e-mail type, formater un tableau, compiler des données. Le reste des échanges, même routiniers, reste collaboratif.

Ce que cela implique pour vous, RH ?

Vos grilles de compétences méritent une mise à jour. Savoir formuler une requête, évaluer un résultat, itérer sur un brouillon : ces savoir-faire comptent davantage que la capacité à automatiser. En 2026, l’enjeu est de former vos équipes à travailler avec l’IA plutôt que de leur apprendre à lui confier des tâches.

Les métiers manuels aussi utilisent l’IA

L’IA générative n’est pas réservée aux développeurs ou aux analystes financiers. Dans l’échantillon de l’étude Atlas, plus de 10 000 conversations concernent les techniciens de maintenance automobile. Un métier composé à 83 % de tâches manuelles. Les mécaniciens industriels, dont 44 % des tâches sont manuelles, cumulent eux aussi des milliers d’échanges. Ils interprètent des résultats de test, diagnostiquent des pannes ou inspectent des pièces usées à l’aide d’images.

Toutefois, ces métiers font figure d’exceptions. D’après l’étude de Google, près d’un tiers des métiers à forte composante physique ne montrent aucun usage détectable de l’IA.

Ce que cela implique pour vous, RH ?

Si vous recrutez dans l’industrie ou la maintenance, les compétences IA émergent déjà dans vos équipes. L’enjeu est donc d’adapter vos fiches de poste en intégrant ces compétences dès à présent. Cela vous permettra de mieux évaluer les candidats et de valoriser les pratiques existantes.

86 % des conversations IA se passent hors du travail

Seules 14 % des interactions avec Gemini sont liées à une activité professionnelle. Tout le reste relève de la sphère personnelle. Loisirs, éducation, gestion du foyer, démarches administratives : les usages domestiques écrasent les usages professionnels.

L’éducation est la première catégorie d’usage hors travail. Elle représente plus de 20 % des conversations avec Gemini. Vos salariés apprennent avec l’IA. Ils ne vous attendent pas pour le faire.

L’étude révèle aussi un usage massif pour les démarches administratives ou financières. Services publics, questions juridiques, finances personnelles, santé : ces catégories sont surreprésentées dans les échanges avec l’IA. Les services publics en sont l’exemple le plus parlant. Ils pèsent vingt fois plus dans les conversations IA que dans le quotidien des Américains. Près de la moitié de ces consultations ont lieu en dehors des heures de bureau.

Ce que cela implique pour vous, RH ?

Vos salariés développent des réflexes IA chez eux, le soir et le week-end. Même si ces compétences individuelles n’apparaissent dans aucun référentiel interne, elles peuvent aider à accélérer l’adoption de l’IA dans votre entreprise. Des échanges de pratiques ou des auto-évaluations suffisent à les repérer.

Ce sont les mieux payés qui utilisent le plus l’IA

L’étude Atlas établit un lien clair entre salaire et intensité d’usage. Dans les données de Google, +1 % de salaire médian correspond à +2,5 % d’usage supplémentaire. Le salaire médian pondéré par les conversations Gemini atteint 83 000 dollars par an alors que la médiane réelle de l’emploi américain se situe à 62 000 dollars. Au niveau mondial, +1 % de PIB par habitant correspond à +0,9 % de conversations IA.

Cette corrélation persiste même après prise en compte du niveau de diplôme. L’IA profite d’abord à ceux qui disposent déjà des ressources pour l’utiliser.

L’étude pointe aussi un paradoxe. Les tâches les moins expertes au sein d’un métier concentrent le plus d’usage IA. Les professionnels les mieux payés utilisent l’IA pour leurs tâches les plus accessibles. Ce décalage complique les prédictions sur les effets de l’IA sur l’emploi.

Ce que cela implique pour vous, RH ?

Le risque est un creusement silencieux des écarts de productivité dans vos équipes. Donner accès à l’IA aux profils intermédiaires et opérationnels n’est plus une option, c’est une question d’équité autant que de compétitivité.

L’IA ne couvre qu’un cinquième des tâches d’un métier

La diffusion de l’IA est large mais elle reste encore peu profonde. 68 % des métiers sont concernés par l’usage de l’IA mais celui-ci reste concentré sur quelques tâches. À la médiane, l’IA n’intervient que sur 21 % des tâches d’un poste.

Seuls 3 % des métiers dépassent 75 % de couverture par l’IA. Parmi eux, les spécialistes RH, les analystes d’études de marché et les spécialistes marketing. A l’inverse, les métiers les moins touchés par l’usage de l’IA sont ceux de sages-femmes et d’enseignants.

Ce que cela implique pour vous, RH ?

Vous disposez encore d’une fenêtre pour structurer les usages dans vos équipes. Identifier les tâches prioritaires, cadrer les pratiques, former vos collaborateurs. C’est maintenant que ce travail se fait, pas quand les habitudes seront déjà prises.

*étude réalisée à partir de 15 millions de conversations anonymisées avec Gemini (App, AI Mode, API). L’échantillon couvre plus de 800 métiers et 4 000 tâches professionnelles. Il s’étend sur 300 activités du quotidien, 150 pays et 143 langues.

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