6 défis à relever pour que le travail reste viable en 2050

Face au choc démographique et aux mutations qui traversent le monde du travail, le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan livre ses pistes pour les deux prochaines décennies.

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« Travailler ne permet plus à la grande majorité des gens d'améliorer leur niveau de vie. » © Catty Walker / Stock.adobe.com

Pouvoir d’achat qui progresse de moins de 1 % par an, durée annuelle effective du travail qui stagne, ascension sociale plus difficile pour les jeunes… Le modèle qui a permis pendant des décennies d’améliorer le niveau de vie des Français en travaillant moins est bel et bien derrière nous. « Travailler ne permet plus à la grande majorité des gens d’améliorer leur niveau de vie, et il s’agit d’une situation inédite depuis 1945 », tranche l’étude prospective publiée le 10 septembre par le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan.

Pilotée par Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de la ministre du Travail, celle-ci analyse les grandes mutations à venir et trace des pistes pour y répondre, à horizon 2035 et 2050. Voici les six défis auxquels devront répondre les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et par ricochet les entreprises.

Défi n°1 : renouer avec la productivité pour que le travail paie à nouveau

La France ne renouera pas avec un pouvoir d’achat en hausse pour ceux qui travaillent sans regain de productivité. Le rapport est clair sur ce point : sans gains de productivité, les salaires continueront de stagner.

Le rapport préconise donc d’augmenter substantiellement le nombre d’emplois dans l’industrie, principal moteur de ces gains de productivité. Il fixe à 15 % la part de l’emploi industriel à atteindre pour renouer avec des gains de productivité durables. Selon l’Insee, l’industrie représente aujourd’hui un peu moins de 12 % de l’emploi salarié total.

À court terme, sans attendre les effets de la réindustrialisation, le rapport préconise de baisser les cotisations salariales sur l’ensemble des niveaux de salaire. Jusque-là concentrés sur les bas salaires, « ces efforts ont aggravé la faible rémunération du travail, en spécialisant notre économie sur des emplois à bas salaires (hôtellerie, restauration et vente, par exemple), pour lesquels notre coût du travail est très compétitif, mais au détriment des emplois qualifiés et bien rémunérés, pour lesquels il reste dissuasif », indique le rapport.

Défi n°2 : encadrer l’IA plutôt que la subir

Le FMI et l’OIT estiment que 25 % à 40 % des activités des salariés dans le monde sont exposées à l’intelligence artificielle. Le rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan rappelle que les métiers à forte dimension humaine, à forte dimension physique ou réglementés (soin, artisanat, bâtiment) sont les moins exposés. À l’inverse, les profils intellectuels (journalistes, traducteurs, graphistes, consultants) le sont davantage.

Pour autant, ces expositions des métiers à l’IA ne sont pas une fatalité. Toujours selon le rapport, la frontière entre tâches automatisées et tâches préservées résulte largement de choix collectifs. « Les accords relatifs à l’IA en matière de négociation collective restent encore trop rares et doivent être développés », tranche-t-il, appelant les partenaires sociaux à s’emparer du sujet avant qu’il ne soit trop tard.

Défi n°3 : réformer la formation pour coller aux besoins réels

La France affiche le taux de diplômés du supérieur le plus élevé de son histoire. Pourtant, seuls 38 % des salariés occupent un poste en lien avec leur formation, selon l’OCDE. Et le niveau scolaire se dégrade à tous les niveaux de diplôme.

Le rapport du Haut-Commissariat anticipe des tensions de recrutement massives dès 2030. Sur l’ensemble des métiers, les départs à la retraite représenteront à eux seuls plus de 35 % de l’emploi total d’ici 2030. Dans les métiers du care, de l’industrie et du bâtiment, les jeunes entrants ne seront pas suffisamment nombreux pour compenser ces départs.

Dans ce contexte, l’apprentissage figure comme levier prioritaire. La France a presque triplé le nombre de nouveaux contrats signés depuis 2017 (850 000 en 2024 contre 306 000). Le rapport fixe comme objectif d’atteindre 1,5 million d’apprentis d’ici 2035, au même niveau que l’Allemagne. Un cap ambitieux alors que les aides à l’embauche des apprentis ont été réduites à plusieurs reprises depuis 2023, entraînant un recul de 5 % des contrats signés en 2025.

Défi n°4 : donner aux actifs plus de liberté sur leur parcours

Aujourd’hui, et plus encore d’ici 2050, les actifs ne cherchent plus seulement une rémunération en hausse. Ils aspirent à davantage d’autonomie, de sens et de maîtrise de leur parcours professionnel.

Pour répondre à ces nouvelles aspirations, le rapport formule quatre promesses pour 2050 autour de la liberté de choisir son travail, son organisation, son temps et sa carrière. La plus concrète : un droit universel à la reconversion, d’une durée de six mois à un an, accessible au moins une fois durant sa vie active. Il concernerait 300 000 personnes par an, financé par le CPF pour les frais pédagogiques et par l’Assurance chômage pour le maintien de rémunération.

Autre proposition : le compte épargne temps universel (CETU), centralisé auprès d’un organisme tiers, sans impact sur la trésorerie des entreprises. Il permettrait à chacun de moduler son rythme de travail selon les étapes de vie, de la parentalité à la retraite progressive en passant par un congé d’aidance.

Défi n°5 : repenser notre modèle de protection sociale

Le travail indépendant représente aujourd’hui la première source de création d’emplois depuis vingt ans. Les nouvelles générations aspirent à plus d’autonomie de statut. Pourtant, la protection sociale reste largement indexée sur le contrat salarié, ce qui freine ces choix.

Le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan propose une refonte en trois strates :

  • La première, universelle, couvrirait l’ensemble des actifs sur les risques maladie, accidents du travail et retraite, quel que soit leur statut ;
  • La deuxième, sectorielle, renforcerait ces droits via les branches professionnelles, pour répondre aux spécificités de chaque secteur ;
  • La troisième laisserait à chacun la liberté de souscrire des compléments individuels selon ses besoins.

L’objectif est que le choix du statut soit dicté par les aspirations, non par la peur de perdre ses droits.

Défi n°6 : travailler plus nombreux et plus longtemps face au choc démographique

La population active française devrait commencer à décliner entre 2035 et 2040, pour atteindre un peu plus de 32 millions de personnes à l’horizon 2050. Avec un million d’actifs en moins qu’aujourd’hui, ce serait une situation sans précédent depuis 1945. Le rapport identifie trois viviers pour limiter cet effet.

Les seniors

En France, le taux d’emploi des 55-64 ans reste inférieur à la moyenne européenne (62 % contre 66 %). Pour y remédier, le rapport préconise un droit à temps partiel en fin de carrière sur un modèle « 80 % de temps, 90 % de rémunération, 100 % de droits à la retraite », à définir par concertation entre partenaires sociaux et État.

Les femmes

Principal moteur de la hausse de l’emploi depuis 1975, l’accès à l’emploi des femmes s’essouffle. Le rapport préconise donc un congé parental plus court, mieux indemnisé et davantage partagé entre les deux parents, un développement des places en crèche et une entrée plus tôt à la maternelle.

Les jeunes

12 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi ni en études. Le rapport mise sur l’apprentissage pour rapprocher les jeunes du marché du travail plus tôt, à l’image des pays du Nord de l’Europe où cette tranche d’âge occupe des emplois plus stables. Atteindre un taux d’emploi de 74 % en 2035 et 78 % en 2050, contre respectivement 71 % et 73 % si rien ne change, représenterait 1,2 million d’emplois supplémentaires en 2035 et 2,1 millions en 2050.

Au-delà de ces trois viviers, le rapport aborde la question de la durée de vie active. Sans évoquer l’âge légal de départ à la retraite, il préconise d’allonger la durée de cotisation de trois à quatre ans d’ici 2050, pour atteindre 45 à 46 ans contre 42 à 43 ans aujourd’hui. Une façon d’augmenter la quantité collective de travail sans rouvrir frontalement le débat sur l’âge de départ.

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