IA au travail : 6 chiffres pour prioriser vos actions RH

Les alertes sur la menace que représente l’IA pour l’emploi se multiplient, mais, sur le terrain, les données dessinent une réalité plus complexe. Voici six chiffres à prendre en compte pour orienter vos actions RH.

Priorités RH IA
Les derniers chiffres de la BCE constituent une boussole pour naviguer dans la transformation IA. © Deemerwha studio/stock adobe.com

Cet été, plusieurs grandes voix de l’économie mondiale se sont élevées pour alerter sur les impacts potentiellement destructeurs de l’IA sur les emplois. Mi-juillet, 200 économistes dont 16 lauréats du Nobel ont signé une déclaration commune intitulée « We Must Act Now », avertissant que l’IA pourrait transformer l’économie bien plus vite que la révolution industrielle. Puis le 26 août, Bill Gates a publié une tribune affirmant que « l’IA va percuter le marché du travail à une vitesse inédite, sans laisser le temps à la société de s’adapter » et plaidant pour la sanctuarisation d’emplois réservés à l’humain.

Pourtant, à ce stade, aucune étude scientifique n’a mis en évidence de lien clair entre le développement de l’IA et une destruction nette d’emplois. Ce que les données montrent, en revanche, c’est une transformation déjà engagée, inégalement distribuée, et dont les effets dépendent en grande partie des décisions prises maintenant dans les entreprises. Voici six chiffres issus de la dernière étude de la BCE, « AI adoption and the productivity promise: what workers report », publiée le 26 août également, pour vous aider à prendre les bonnes décisions.

52 % des travailleurs européens utilisent déjà l’IA au travail

En deux ans, la part de travailleurs utilisant l’IA au travail a doublé, passant de 26 % en 2024, à 52 % en 2026. Une majorité de travailleurs européens y recourt désormais trois jours par semaine en moyenne. La France s’inscrit dans la même tendance : selon l’Insee, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023.

La bascule est actée : l’IA au travail n’est plus un phénomène de niche réservé aux équipes tech. Elle est devenue un fait majoritaire, installé dans les organisations et dans la quasi-totalité des corps de métier de manière très opérationnelle, mais parfois sans politique d’adoption clairement définie.

Pour les recruteurs et les DRH, ce chiffre pose une question de gouvernance : dans votre organisation, qui décide quels outils sont utilisés, par qui, et dans quel cadre ? Beaucoup d’entreprises découvrent que leurs collaborateurs ont déjà tranché, ligne budgétaire par ligne budgétaire, sans que la direction RH ait été associée à cette décision.

Les travailleurs gagnent environ 3 heures par semaine grâce à l’IA

D’après l’étude de la BCE, un salarié économise environ trois heures par semaine grâce à l’IA, soit environ 7,7 % du temps de travail médian. Mais la distribution est très asymétrique. Les gains de temps les plus spectaculaires concernent les tâches techniques : pour celles liées à la génération ou au débogage de code, les salariés observent un gain de près de huit heures par semaine. La BCE documente des gains similaires pour des tâches comme l’analyse de données ou encore la création de contenus audio et visuel. En revanche, la recherche d’informations, la rédaction et l’édition de texte, qui font partie des usages les plus répandus parmi les salariés, génèrent des gains de temps deux fois moins élevés (4 heures par semaine environ).

L’utilisation de l’IA par les recruteurs et les RH relève précisément de ces usages à gains modérés : rédaction d’offres, traitement des candidatures, comptes rendus d’entretiens, emails. L’IA aide, mais ne transforme pas encore radicalement le poste.

À l’échelle macro, la BCE estime le gain de productivité lié à l’IA à environ 0,35 point de pourcentage par an pour la zone euro. Signe que les heures gagnées grâce à cette technologie ne se traduisent pas automatiquement en productivité globale accrue. L’enjeu pour les entreprises est de réussir à transformer ce gain en valeur, en augmentant la production ou la qualité, ou en développant d’autres missions.

20 points d’écart entre l’adoption de l’IA par les juniors et par les seniors

Les salariés les plus jeunes sont plus susceptibles d’utiliser l’IA que leurs aînés : un peu plus de 60 % des moins de 35 ans utilisent l’IA au travail, contre 40 % chez les plus de 50 ans. Selon le niveau d’éducation, l’écart atteint 24 points : 61 % d’adoption chez les diplômés du supérieur, contre 37 % pour les niveaux inférieurs.

Ce chiffre rappelle aux RH qu’un plan de formation IA identique pour tous les collaborateurs rate sa cible. Les moins de 35 ans maîtrisent souvent déjà les outils de base ; ils ont besoin d’être accompagnés vers des usages avancés et mieux intégrés à leurs missions. Les plus de 50 ans, eux, ont d’abord besoin de comprendre en quoi l’IA est pertinente pour leur poste spécifique, avant même d’apprendre à l’utiliser.

La montée en compétences IA n’est pas un programme unique à déployer à l’échelle de l’entreprise. Elle doit faire l’objet d’un accompagnement personnalisé, calibré selon le profil, le métier et le niveau de maturité de chaque collaborateur.

41 % des travailleurs ne sont pas intéressés par l’IA

41 % des travailleurs n’utilisent pas l’IA dans le cadre professionnel tout simplement parce que cette technologie ne les intéresse pas. La BCE souligne que ces personnes qui ont une vision négative de l’IA sont généralement celles qui sont les plus pessimistes sur leur avenir professionnel : elles craignent davantage de perdre leur emploi et anticipent une plus faible croissance de leurs revenus.

Ce chiffre montre aux RH l’importance de sensibiliser les équipes à cette technologie et à ses impacts, d’expliquer ce que l’IA change (et ce qu’elle ne change pas) dans chaque métier et de dissocier clairement la transformation des outils de la question des effectifs.

34 % des managers ne sont pas intéressés par l’IA

C’est le chiffre qui interpellera sans doute le plus les RH : un tiers des managers déclarent ne pas s’intéresser suffisamment à l’IA pour pousser son adoption dans leur équipe.

Cela peut sembler paradoxal quand on apprend que les managers sont parmi les plus gros utilisateurs de l’IA, ceux qui économisent le plus de temps lorsqu’ils l’utilisent et ceux qui en ont la perception la plus positive. Cela en fait les meilleurs ambassadeurs auprès de leurs équipes.

Gardez en tête qu’un manager qui n’utilise pas l’IA crée mécaniquement un plafond pour toute son équipe. Ce critère commence d’ailleurs à intégrer les grilles d’évaluation des managers, que ce soit dans le cadre d’un processus de recrutement ou bien des entretiens annuels d’évaluation.

50 % des entreprises n’ont pas de plan de formation IA

Environ la moitié des entreprises prévoient d’investir dans la formation IA au cours des 12 prochains mois. Ce qui signifie que l’autre moitié ne le fait pas. Or, quand on interroge les travailleurs sur ce qui les inciterait à adopter l’IA, environ la moitié cite une meilleure formation aux outils et une meilleure compréhension de leur utilité.

Ce chiffre invite les entreprises à définir en conséquence les priorités budgétaires et les arbitrages de GEPP (gestion prévisionnelle de l’emploi et des parcours professionnels). Intégrer l’IA dans les plans de formation transversaux est la décision la plus structurante à prendre à court terme.

Et demain, avec les agents IA ?

La prochaine étape de la transformation, c’est l’arrivée des agents IA, ces systèmes capables de planifier et d’exécuter seuls des séquences de tâches, avec une supervision humaine minimale.

Pour les métiers RH, les agents IA pourraient progressivement prendre en charge une grande partie des séquences les plus répétitives : recherche de candidats, présélection, planification d’entretiens, relances. Une opportunité pour gagner en efficacité, à condition que le temps économisé par l’humain soit réinvesti dans ce que les agents ne font pas encore : l’évaluation fine des profils, la relation candidat et l’accompagnement des managers.

Les données disponibles aujourd’hui ne dessinent pas un marché du travail en crise immédiate. Elles décrivent une fenêtre d’action : les organisations qui cartographient leurs expositions à l’IA, investissent dans la formation et embarquent leurs managers maintenant seront les mieux positionnées demain dans la course à l’IA.

*Etude de la banque centrale européenne, « AI adoption and the productivity promise: what workers report », réalisée auprès de 20 000 salariés au sein de onze pays de la zone euro.

Pour afficher ce contenu issu des réseaux sociaux, vous devez accepter les cookies et traceurs publicitaires.

Ces cookies et traceurs permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d’intérêt.Plus d’infos.

Accepter

Comment l'IA peut vous aider dans vos recrutements ?
Pour le savoir, téléchargez notre guide IA et recrutement

Bien s’équiper pour bien recruter

Logo Stori
Logo Buddi
Logo Hellowork
Logo Marque employeur
Voir tous les outils