Transparence des salaires : où en sont les entreprises de l’UE ?
À moins d’un mois de la date butoir pour transposer la directive européenne, une étude de Robert Walters montre une situation contrastée selon les pays.
L’échéance du 7 juin 2026, fixée par la directive européenne sur la transparence des rémunérations lors de son adoption en 2023, est dans moins d’un mois. Si aucun pays européen n’a encore complètement transposé le texte, le processus est en cours dans près de la moitié des pays membres. La plupart des projets de transposition prévoient une entrée en vigueur de ces nouvelles règles au plus tôt le 1er janvier 2027.
C’est dans ce contexte que le cabinet Robert Walters vient de publier une étude* menée auprès de 1 240 entreprises et professionnels dans cinq pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France et Pays-Bas). Le constat est clair : la préparation avance, mais à des rythmes très différents selon les pays.
L’Allemagne et l’Espagne en queue de peloton
C’est en Allemagne que les entreprises sont les moins avancées : 82 % d’entre elles se déclarent non prêtes à appliquer la directive. L’Espagne suit de près, avec 74 % d’organisations dans la même situation.
La France se situe à un niveau intermédiaire : 54 % des répondants estiment ne pas être en mesure de respecter les délais, et 55 % n’ont pas encore engagé de travail de mise en conformité. Les Pays-Bas se situent dans la même fourchette, avec 53 % des entreprises qui ne se disent pas prêtes.
La Belgique se démarque, avec seulement 41 % d’entreprises non prêtes. Une situation qui s’explique en partie par le fait que le pays a déjà intégré certaines règles de transparence salariale dans sa législation, notamment pour les agents de la fonction publique wallonne.
« Nous constatons une Europe fragmentée où les entreprises ne partent pas du même point, tant en termes d’exposition réglementaire que de préparation interne », relève Jose Bokhorst, PDG pour l’Europe du Nord chez Robert Walters. « Dans des marchés comme la Belgique, où la transparence salariale est déjà partiellement intégrée dans la législation, les organisations ont tendance à être plus avancées. En Allemagne, de nombreuses entreprises naviguent encore dans l’incertitude. »
Les entreprises peu enthousiastes
Au-delà de la préparation opérationnelle, les professionnels interrogés peinent à saisir ce que la directive implique concrètement pour leur organisation. En Allemagne, 55 % des entreprises se déclarent incertaines ou incapables d’en évaluer l’impact. En Espagne, 52 % ne savent pas comment l’appliquer à leurs processus internes. En France, ce chiffre atteint 44 %, tandis qu’aux Pays-Bas, 40 % des répondants disent ne pas savoir quoi penser du texte.
Trois questions concentrent l’essentiel des difficultés : définir ce que recouvre le « travail de valeur égale », construire des données salariales fiables et comparables et trouver le bon équilibre entre transparence et confidentialité. « Le principal obstacle aujourd’hui n’est pas la résistance, mais le manque de clarté sur ce que la transparence salariale signifie concrètement », résume Jose Bokhorst.
*étude menée au premier trimestre 2026 auprès de 1 240 entreprises et professionnels en Belgique, France, Allemagne, Espagne et Pays-Bas.