Pourquoi vos collaborateurs jugent leur salaire insuffisant en 2026

Une note du think tank Terra Nova montre que les facteurs déterminant la satisfaction salariale ont profondément évolué entre 2009 et aujourd’hui.

insatisfaction salariale
Le manque de reconnaissance alimente de plus en plus le sentiment d'insatisfaction salariale. © Studio Romantic/stock adobe.com

Qu’est-ce ce qui fait qu’une personne est contente de son salaire ? La réponse est évidemment propre à chaque individu. Mais plusieurs dénominateurs communs se dégagent de la dernière note rédigée pour Terra Nova par Victoire Chatain, économiste et assistante de recherche à L’Observatoire du Bien-être du CEPREMAP. Cette analyse, publiée le 9 juillet, met en miroir deux enquêtes menées à seize ans d’écart (respectivement en 2009 par Salsa* et en 2025 par l’Apec et Terra Nova**) auprès de salariés du secteur privé. On peut y lire que le niveau de satisfaction globale reste relativement stable au cours de la période, mais que les ressorts de la satisfaction salariale ne sont plus vraiment les mêmes que par le passé.

55 % des salariés se déclaraient satisfaits de leur rémunération en 2009, ils sont 56,3 % en 2025. Mais derrière cette continuité, la distribution des réponses s’est polarisée : la part des « très satisfaits » a doublé, passant de 4,7 % à 10,5 %, et la part des « très insatisfait » marque également une progression, de 9,7 à 11,8%. À l’inverse, les positions intermédiaires (« plutôt insatisfait » et « plutôt satisfait ») sont en recul.

Le poids grandissant du manque de reconnaissance au travail

Le changement le plus notable se situe du côté des motifs d’insatisfaction salariale. Chez les salariés insatisfaits, un nouveau grief s’impose : le manque de reconnaissance. Invoqué par 17,1 % des « très insatisfaits » en 2025, ce motif était quasi absent en 2009. « Le salarié insatisfait de 2025 exprime une frustration relative à la compensation de son effort et formule surtout une exigence de considération », observe la chercheuse. Devant ce manque de reconnaissance, les salariés sont mécontents du salaire trop faible en lui-même (cité par 28,8%) et de l’inadéquation entre leur rémunération et leur charge de travail (citée par 22,9%).

Du côté des salariés satisfaits de leur rémunération, le sentiment d’être rémunéré au juste niveau du marché est le premier motif mis en avant par les répondants à l’enquête de 2025. En 2009, ce critère était devancé par le fait de réaliser un travail en adéquation avec ses compétences, élément relégué en seconde place en 2025.

Le plaisir au travail : un ingrédient clé de la satisfaction salariale

En 2009, la satisfaction salariale suivait une logique d’escalier : plus le niveau de formation était élevé, plus les salariés se déclaraient satisfaits. Les titulaires d’un Bac+4 ou plus étaient 68 % à se déclarer satisfaits, contre 48 % parmi les salariés infra-Bac. En 2025, cette hiérarchie a disparu : les taux de satisfaction se regroupent entre 55 et 59 %, quel que soit le diplôme. Le même mouvement s’observe selon la catégorie socioprofessionnelle. Les cadres perdent 9,8 points de satisfaction entre les deux enquêtes, tandis qu’ouvriers et employés progressent.

Ce rééquilibrage traduit un fait plus large : les caractéristiques démographiques expliquent une part moindre de la variance de la satisfaction salariale. Ce qui pèse davantage, c’est le rapport subjectif au contenu du travail. Le poids du plaisir au travail dans la satisfaction salariale a plus que doublé entre 2009 et 2025, tandis que celui du diplôme a considérablement perdu du terrain.

Ce que ça doit changer dans vos pratiques de rémunération

Ces résultats invitent à reconsidérer ce que la rémunération signifie pour vos collaborateurs. Proposer un salaire aligné sur le marché reste nécessaire, puisqu’il s’agit précisément du premier motif de satisfaction en 2025. Mais cela ne suffit plus à construire un sentiment d’équité.

La montée du manque de reconnaissance comme motif d’insatisfaction révèle une attente de fond : les salariés veulent que leur contribution soit visible et considérée, pas seulement rémunérée. Pour parvenir à ce résultat, les entreprises disposent de plusieurs leviers : clarifier les critères d’attribution des augmentations, expliquer comment le salaire est construit et peut évoluer et associer les revues salariales à une reconnaissance explicite du travail accompli.

Alors que seuls 9% des salariés jugent clairs les critères d’attribution des augmentations, la nouvelle note de Terra Nova confirme que cette opacité alimente directement la frustration salariale et peut porter préjudice à votre entreprise.

*Enquête Salsa menée en 2009 auprès de 3 000 salariés du secteur privé et de la fonction publique territoriale et hospitalière.

**Enquête Apec/Terra Nova menée en mai 2005 auprès d’un échantillon national représentatif de 4 001 salariés du secteur privé.

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