IA et emploi des jeunes : ce changement que les RH n’ont pas vu venir

D’après une enquête de l’ANDRH, l’IA ne menace pas directement aujourd’hui les postes juniors mais transforme en profondeur le contenu de leur travail, un enjeu souvent mal appréhendé par les équipes RH.

etude ANDRH IA jeunes
L'étude met en lumière un angle mort des politiques RH : l'accompagnement des jeunes salariés sur la transformation de leur poste à l'heure de l'IA. © Gorodenkoff/stock adobe.com

Plusieurs études alertaient sur le fait que l’intelligence artificielle allait supprimer de nombreux postes de jeunes diplômés. Mais la job apocalypse annoncée n’a pas encore eu lieu. Une enquête, conduite par l’ANDRH en septembre 2026 auprès de 220 DRH et RRH*, raconte une histoire plus nuancée et met en exergue un angle mort des politiques RH : le manque de programmes de formation à l’IA dédiés aux jeunes collaborateurs.

Pas de suppression de poste, pour l’instant

Deux tiers des professionnels RH interrogés maintiennent leurs volumes de recrutement de juniors, stagiaires et alternants. Seuls 10 % les ont réduits et moins de 1 % les ont arrêtés. Mais ce n’est pas pour autant que la situation ne pourrait pas évoluer dans les prochaines années.

23 % du panel envisage, en effet, une réduction d’effectifs à venir. Et parmi ceux qui ont effectivement réduit leurs volumes, les stagiaires et les alternants sont les premiers concernés par ces ajustements. 19 % des entreprises interrogées ont réduit leurs recrutements de stagiaires et d’alternants au cours de 12 derniers mois, contre 4 % sur les recrutements de juniors en CDI ou CDD.

Ce qui a déjà changé : le contenu des missions des jeunes salariés

Mais la principale transformation liée à l’IA se joue ailleurs. Quand on demande aux DRH si l’IA a modifié les missions confiées aux jeunes, 34 % répondent par l’affirmative. Et près de 7 % anticipent des changements dans les missions à court terme.

Lorsque les tâches d’exécution, traditionnellement effectuées par les jeunes, sont prises en charge par l’IA, les entreprises sont peu nombreuses à avoir confié d’autres tâches à leurs salariés en début de carrière. Un tiers des entreprises ne remplace pas ces tâches pour l’instant et 41 % reconnaissent qu’elles n’ont pas encore redéfini les parcours professionnels juniors.

Au sein des rares à l’avoir fait, trois nouvelles missions ont émergé :

  • la formation à l’usage responsable de l’IA (prompt, biais, vérification des résultats produits par l’IA…) citée par 25 % des répondants ;
  • le renforcement du mentorat et des échanges avec les seniors (pour 22 %) ;
  • des projets d’analyse critique des productions de l’IA (pour 18 %).

Ce triptyque dessine en creux ce que devient le rôle d’un junior dans une organisation qui a intégré l’IA : un rôle d’évaluateur plutôt que d’exécutant, de garant de la qualité du contenu plutôt que de producteur de contenu.

Deux angles morts : la formation et la transmission des savoirs

Ce virage suppose un accompagnement renforcé, souvent insuffisant, parfois inexistant. Près de six répondants sur dix (58 %) n’ont aucun programme de formation à l’IA spécifiquement conçu pour les jeunes collaborateurs et ne prévoient pas d’en construire un à court terme. Seulement 12 % ont quelque chose en place.

Sur la transmission intergénérationnelle des savoirs, le constat est du même ordre. Pour 45 % des répondants, la question n’est pas encore identifiée comme prioritaire. Or, sécuriser les effectifs sans repenser les missions ni les apprentissages, c’est offrir aux jeunes une présence dans l’entreprise sans leur donner les clés pour y progresser.

« Cette enquête nous rappelle une responsabilité collective : celle de ne pas laisser l’IA se substituer à l’entrée des jeunes dans le monde du travail. Ce n’est pas un sujet réservé aux RH, c’est un choix de société qui engage les entreprises, les managers et les pouvoirs publics. Ensemble, nous devons construire des parcours qui permettent aux jeunes générations de trouver leur place aux côtés de l’IA, et non à sa place », déclare Audrey Richard, présidente de l’ANDRH.

Anticiper et accompagner : ce que vous pouvez mettre en place

Plusieurs leviers concrets permettent de reprendre la main sur cette transformation silencieuse, sans attendre d’avoir un programme formel bouclé.

Auditer les missions avant de les redéfinir

Avant de décider ce que feront vos juniors à l’avenir, il est utile de cartographier ce qu’ils font aujourd’hui et ce que l’IA prend déjà en charge dans leur périmètre réel. Un entretien structuré avec les tuteurs et managers directs de vos jeunes recrues suffit pour identifier les tâches qui ont disparu, celles qui ont évolué et celles qui restent intactes. Ce diagnostic de terrain précède toute décision sur les parcours.

Retravailler les fiches de poste

Une fiche de mission rédigée avant l’arrivée de l’IA dans l’organisation ne reflète plus ce qu’on attend réellement d’un jeune collaborateur. Intégrer explicitement des missions d’évaluation de ce que produit l’IA, de vérification factuelle ou de relecture critique repositionne le junior comme un maillon de contrôle qualité.

Structurer le mentorat autour de l’IA, pas seulement autour du métier

Le mentorat senior-junior reste le levier le plus cité par les DRH qui ont déjà agi (22 %). Mais, pour être utile dans ce contexte, il doit couvrir un territoire nouveau : comment les seniors eux-mêmes utilisent l’IA dans leur travail, quelles limites ils lui fixent, comment ils vérifient ce qu’elle produit. Partager ses propres pratiques, y compris ses tâtonnements, est souvent plus formateur pour un junior que n’importe quel module e-learning.

Calibrer la formation IA au niveau réel de maturité des salariés

Les programmes de formation à l’IA conçus pour les collaborateurs expérimentés ne sont pas directement transposables aux juniors. Un stagiaire ou un alternant n’a pas encore les repères métier qui lui permettent de juger si un résultat est pertinent ou non. La formation à l’usage responsable de l’IA doit donc s’appuyer sur des cas concrets tirés de ses missions réelles, pas sur des exemples génériques.

*Enquête « IA & jeunes générations » menée par l’ANDRH entre le 25 juin et le 31 juillet 2026 auprès de 220 DRH et responsables des ressources humaines d’entreprises de toutes tailles et de tous sectuers d’activité en France.

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