3 réalités que cache la hausse du chômage des jeunes
Derrière la hausse du chômage des 15-24 ans, un rapport de l’Organisation internationale du travail pointe trois mutations à l’œuvre sur le marché de l’emploi des jeunes.
Le chômage des jeunes repart à la hausse dans la plupart des régions du monde. C’est ce que confirme l’Organisation internationale du travail (OIT) dans son dernier rapport. Au niveau mondial, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 12,4 %, contre 12,3 % en 2023. Cela représente deux millions de chômeurs en plus en deux ans, pour un total de 67 millions de jeunes sans emploi.
En Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, le taux de chômage des jeunes atteint 15 % en 2025, soit une hausse de 0,8 point depuis 2023. Au total, 3,4 millions de jeunes actifs sont sans emploi dans cette zone.
Derrière cette augmentation du chômage des jeunes, l’intelligence artificielle est souvent pointée du doigt. Le rapport de l’OIT chiffre à 6,1 % la part des emplois des 15-29 ans dans des métiers très exposés à l’IA générative (saisie de données, comptabilité, support administratif…).
D’autres études, citées par l’OIT, chiffrent déjà l’effet de l’IA sur l’emploi des jeunes. Aux États-Unis, l’emploi recule de 16 % chez les 22-25 ans les plus exposés. Au Royaume-Uni, les effectifs des entreprises les plus exposées à l’IA reculent de 4,5 %. En première ligne, les postes juniors.
Ces chiffres ne racontent pourtant qu’une partie de l’histoire. Trois autres mutations, plus discrètes, redessinent déjà l’emploi des jeunes.
Des postes débutants qui exigent déjà de l’expérience
De plus en plus d’offres d’emploi pour débutants exigent des compétences que seule l’expérience permet d’acquérir. Le rapport de l’OIT nomme ce phénomène « l’inflation de l’expérience ». Face à la multiplication des candidatures à traiter, les recruteurs utilisent désormais comme filtre principal l’expérience, et non plus le diplôme, y compris pour les postes juniors.
Selon une étude de PwC citée par l’OIT, dans les métiers les plus exposés à l’IA, plus de la moitié des nouvelles compétences apparues dans les offres débutant sont celles de profils expérimentés. Le cabinet parle donc de « seniorisation » des postes débutants.
Cette exigence ne se limite pas aux métiers exposés à l’IA. En Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, le chômage progresse aussi bien chez les diplômés du supérieur (+0,1 point entre 2023 et 2025) que chez les jeunes moins diplômés (+0,4 point). L’inflation de l’expérience touche donc tous les profils, quel que soit leur diplôme.
Le cumul d’emplois progresse chez les jeunes actifs
Autre tendance de fond, de plus en plus de jeunes actifs cumulent plusieurs emplois pour vivre. L’OIT parle de « multiple job holding », une pratique en hausse dans les pays industrialisés.
Une étude britannique citée par l’OIT indique que les jeunes femmes de 16 à 29 ans sont les plus concernées. Elles sont plus nombreuses que les femmes plus âgées et que les hommes à cumuler plusieurs emplois. La même étude établit un lien direct entre cumul d’emplois, bas salaires et emploi précaire.
Au-delà du seul cumul d’emplois, la précarité reste à un niveau élevé dans le monde. La moitié des 15-29 ans en emploi travaillent encore de manière informelle, un taux en léger recul depuis 2023 (-1,2 point). Il atteint 85,6 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, contre 11,7 % dans les pays à revenu élevé.
Les compétences humaines restent la vraie priorité des recruteurs
Une autre idée reçue mérite d’être nuancée : la maîtrise de l’IA n’est pas la compétence qui fait la différence. Dans un autre rapport, l’OIT a analysé des millions d’offres d’emploi dans huit pays. Et sa conclusion est sans appel : les compétences socio-émotionnelles, comme la fiabilité ou l’adaptabilité, représentent 51,8 % des compétences recherchées. Les compétences numériques et techniques arrivent loin derrière, à 17,7 %.
Cette analyse ne distingue pas les postes juniors des postes plus expérimentés. Elle décrit une tendance générale du marché du travail, que l’OIT relie directement à l’employabilité des jeunes actifs. « Pour que les jeunes puissent pleinement tirer parti de l’ère de l’IA, les efforts doivent se concentrer sur la complémentarité entre la maîtrise technique et les compétences non techniques que l’IA ne peut pas automatiser », écrit l’OIT dans son rapport.
L’organisme rattaché à l’ONU y voit une opportunité concrète pour les entreprises : le mentorat intergénérationnel. Les jeunes actifs y apportent leur maîtrise technologique, les collaborateurs plus expérimentés leurs compétences sociales et émotionnelles. Un transfert de compétences qui profite autant aux uns qu’aux autres.
Ce que les RH peuvent mettre en place dès à présent
Ces trois mutations interrogent directement votre politique de recrutement et vos pratiques RH.
- Sur les postes débutants, une relecture des fiches de poste s’impose. Certains critères, pensés pour des profils confirmés, s’y sont glissés avec le temps. Les retirer pourrait permettre d’élargir votre vivier de candidats juniors.
- Le cumul d’emplois chez les jeunes actifs mérite aussi votre attention. Il signale souvent un salaire ou un volume horaire insuffisant. Interroger vos grilles de rémunération sur les postes juniors aide à repérer ce risque tôt.
- Sur le recrutement, la place de l’IA mérite d’être relativisée. Un candidat à l’aise avec les outils numériques reste un atout. Cette aisance ne remplace pas les compétences sociales attendues sur le poste. Vos grilles d’évaluation gagnent à intégrer les compétences sociales autant que l’aisance numérique.
- Le mentorat entre générations est un bon moyen pour permettre le partage des compétences. Les jeunes y apportent leur aisance numérique, les seniors leurs compétences sociales et relationnelles. Des échanges qui font progresser vos équipes, jeunes comme seniors.
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