Comment Forvis Mazars accompagne ses salariés aidants
Sidonie Lacome, responsable QVCT et Excellence Care de Forvis Mazars, nous raconte comment le groupe spécialisé dans l’audit a structuré sa politique d’aidance.
En 2030, un salarié sur quatre devra s’occuper d’un proche en situation de dépendance, selon les projections nationales. Fort de ce constat, Forvis Mazars a structuré une politique d’accompagnement articulée autour de cinq piliers, d’un partenariat avec la start-up Elpyoo et d’un travail de sensibilisation au long cours. En un an, plusieurs dizaines de collaborateurs se sont déclarés comme salariés aidants. Sidonie Lacome, responsable de la politique QVCT et Excellence Care au sein du groupe spécialisé dans l’audit et l’expertise comptable, revient sur les coulisses d’un dispositif encore jeune, mais dont les premiers résultats confortent l’approche.
« Il nous est apparu essentiel d’ouvrir le sujet »
« En 2023, grâce à notre pôle conseil santé, nous avons mené une étude sur les enjeux des salariés aidants. Cela nous a amenés à nous demander comment accompagner nos propres collaborateurs en situation d’aidance. À la suite d’une enquête réalisée en interne l’année suivante, il nous est apparu essentiel d’ouvrir le sujet. »
« Nos enjeux étaient clairs : comment pouvons-nous démocratiser ces sujets ? Comment créer les conditions de sécurité psychologique ? Et comment aider les managers à mettre en place un environnement qui permet la vulnérabilité, la confiance et la flexibilité ? Ce que nous voulons, c’est que tous nos salariés soient en mesure de parler de leurs problématiques, que cela concerne des parents vieillissants, des enfants malades ou un conjoint malade. »
« Dix fois plus de personnes concernées »
« En février 2025, nous avons noué un partenariat avec Elpyoo, une plateforme qui donne accès à de l’information, des ressources et une communauté dédiées à l’aidance. Depuis la mise en place de ce partenariat, 61 personnes se sont inscrites, dont 50 % sont aidantes. Mais ce n’est que le début du travail, car nous supposons qu’il y a dix fois plus de personnes concernées. »
« Ce qui fonctionne bien pour accompagner la prise de conscience, ce sont les événements internes (webinar, journée de l’aidance, témoignages de collaborateurs aidants…). Après chaque événement, le nombre d’inscrits sur la plateforme progresse. Autre donnée intéressante : 70 % des salariés aidants déclarés sont des femmes. La tranche d’âge la plus concernée est celle des 36-50 ans, puis des 25-30 ans. »
« Notre enjeu est de faire prendre conscience aux collaborateurs aidants qu’ils le sont »
« Un de nos plus grands enjeux est de faire prendre conscience aux collaborateurs en situation d’aidance qu’ils le sont. C’est le premier pas pour ensuite les accompagner dans leurs besoins quotidiens. En effet, on se retrouve souvent confrontés à des collaborateurs qui ignorent que la situation qu’ils vivent est une situation d’aidance, par exemple une mère ou un père qui s’occupe de son enfant avec un handicap. »
« Ce qui change une fois que la prise de conscience a eu lieu, c’est de découvrir qu’il existe des possibilités d’accompagnement pour améliorer son quotidien. La plateforme Elpyoo propose de nombreuses ressources aux salariés. Le thème le plus consulté est : “Comment je sors de l’isolement ?” ; le second : “Comment je me fais accompagner dans la durée ?” ; et le troisième : “C’est quoi le parcours de l’aidance ?” Cela nous dit deux choses. D’abord, que lorsque l’on est aidant, on se sent seul, on vit un calvaire, et on ne sait pas par où commencer. Ensuite, il semble que beaucoup de salariés se demandent s’ils sont eux-mêmes concernés sans le savoir. »
« Dès l’instant où elle a osé en parler, sa vie a changé »
« Une collègue a témoigné lors de la journée de l’aidance. Sa situation nécessitait davantage de télétravail pour gérer les rendez-vous. Au départ, elle ne voulait rien dire à personne, de peur que l’on pense : “tu n’es pas disponible quand on a besoin de toi”. Puis elle a échangé avec le service d’écoute d’Elpyoo. Un consultant l’a encouragée à en parler à son manager, car la situation n’était plus tenable pour elle. Dès l’instant où elle a osé en parler, sa vie a changé. Cela n’a pas supprimé la problématique, mais ça lui a permis d’adoucir ses craintes, d’atténuer son stress. Les gens ne jugent pas. Au contraire, ils comprennent, respectent et savent s’adapter. »
« À partir du moment où l’équipe est au courant, les ajustements suivent naturellement »
« Le sujet de l’aidance est un sujet à piloter au niveau organisationnel. Nous avions décidé de mettre en place un système de mutualisation de dons de congés, mais nous avons constaté qu’il y avait très peu de jours offerts. »
« Les choses se jouent davantage au niveau du collectif, au sein des équipes et avec le management. À partir du moment où l’équipe sait qu’un ou une collègue est en difficulté, des ajustements se mettent en place naturellement. Par exemple, simplement se dire : “ne t’inquiète pas, je termine la mission, tu me rendras la balle plus tard”. Les équipes s’organisent, parce que la culture d’entreprise fait qu’on s’entraide. »
« La flexibilité est essentielle »
« Aujourd’hui, nos vies s’accélèrent, plus encore lorsque l’on est aidant. La flexibilité est donc essentielle. Chez Forvis Mazars, nous avons mis en place une charte du télétravail qui autorise deux jours à distance par semaine. Dans les faits, il arrive fréquemment que ce cadre réglementaire s’adapte aux besoins et au contexte de nos collaborateurs. Des moyens d’organisation sont alors étudiés avec le management pour concilier souplesse et objectifs des missions, et ainsi diminuer la charge mentale. Il s’agit de se dire : “comment nous posons un cadre, et comment nous sommes en capacité de le déformer, en respectant les rituels collectifs”. C’est un juste équilibre à trouver. »
« La prochaine étape est de former nos managers »
« À partir de juin, nous allons déployer un nouveau partenariat avec une autre plateforme en ligne, pour accompagner nos collaborateurs sur leur santé mentale. Par ce biais, nous allons intégrer un parcours de formation spécifique pour aider les managers à identifier les personnes en situation d’aidance. À la rentrée, nous prévoyons également de former nos premiers secouristes en santé mentale. »
« Au pire, ça fonctionne »
« C’est important d’aller s’entourer d’alliés et de personnes qui connaissent et/ou vivent l’aidance. C’est aussi important d’impliquer les représentants du personnel, CSE et autres collectifs pour ne pas être seuls à porter ce sujet. »
« Mais si j’avais un conseil à donner à toute entreprise souhaitant mettre en place un programme sur l’aidance, ce serait tout simplement d’essayer. Au pire, ça fonctionne. Je pense que ce n’est pas seulement un sujet RH, mais un sujet d’entreprise et même un sujet sociétal. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un salarié sur quatre sera aidant en 2030. Nous sommes près de 5 000 chez Forvis Mazars. Nous avons forcément des salariés aidants, soit qui ne souhaitent pas se déclarer, soit qui s’ignorent encore. »