Les salariés à l’aise avec l’IA sont les plus enclins à partir

Plus exposés à l’augmentation de leur charge de travail, les salariés les plus avancés sur l’IA sont, de facto, les plus enclin à quitter leur entreprise, selon une étude Wellhub.

Les salariés à l'aise avec l'IA sont les plus enclins à partir © Nuthawut
Quatre « pionniers » de l’IA sur dix déclarent une charge de travail en hausse, selon une étude Wellhub. © Nuthawut / stock.adobe.com

Plusieurs études récentes montrent que les salariés qui maîtrisent le mieux l’intelligence artificielle sont ceux qui se sentent le plus en sécurité dans leur emploi. Toutefois, ils sont aussi ceux qui déclarent un niveau d’épuisement quotidien des plus élevés, en raison d’une charge de travail qui ne cesse de croître avec l’IA. Pour cette raison, ils sont les plus susceptibles de quitter leur entreprise, selon l’étude annuelle de Wellhub sur le bien-être au travail.

Trois profils face à l’IA

L’étude répartit les salariés en trois groupes selon leur niveau de maîtrise de l’IA. Pour les catégoriser, l’étude tient compte de la confiance, de la régularité et de l’efficacité avec lesquelles chacun utilise ces outils au quotidien :

  1. Les « pionniers », les plus avancés sur le sujet, représentent 41 % des répondants. L’IA occupe une place centrale dans leur travail et ils accompagnent leurs collègues dans son utilisation.
  2. Les « adoptants » (32 %) y ont recours régulièrement, mais gagnent encore en confiance.
  3. Les « débutants » (26 %) ne l’ont jamais utilisée ou se sont contentés de la tester, souvent avec une réelle anxiété.

Des « pionniers » qui portent une charge supplémentaire

L’étude révèle que, loin d’alléger leur charge de travail, l’IA l’alourdit pour quatre pionniers sur dix. À titre de comparaison, seuls 15 % des débutants font ce même constat.

Parmi les facteurs de pression, l’étude met en avant le fait que ces salariés deviennent aussi des relais de l’adoption au sein de leurs équipes. En effet, 79 % d’entre eux accompagnent leurs collègues dans l’utilisation de l’IA, tout en continuant à assumer leurs propres missions. D’ailleurs, ce rôle de formateur et/ou de référent n’est pas automatiquement officialisé, indique l’étude.

Un soutien plus marqué chez les plus avancés

Il apparaît également que l’IA modifie les relations de travail des plus avancés sur le sujet. En effet, 47 % estiment qu’elle a réduit les échanges enrichissants avec leurs collègues, soit plus du double des débutants (22 %).

Malgré tout, l’étude indique que les pionniers déclarent un meilleur niveau de bien-être et se sentent nettement plus soutenus dans leur travail. Six sur dix indiquent notamment que leur manager soutient activement leur bien-être, contre seulement 31 % des débutants.

Ils évoluent aussi dans un cadre plus clair que leurs homologues qui maîtrisent peu l’outil. En effet, seuls 26 % d’entre eux déclarent que leur employeur n’a aucune politique officielle sur l’IA, contre 44 % des débutants et 34 % de l’ensemble des salariés. Pourtant, la formation et la clarté des règles vont de pair avec la capacité à traverser cette transition dans les meilleures conditions :

  • Parmi les salariés qui se sentent suffisamment formés à l’IA, 87 % se disent capables de s’adapter au changement et de rebondir après une difficulté, contre 45 % parmi ceux qui ne se sentent pas assez préparés.
  • L’écart est comparable selon la politique de l’entreprise. Quand une politique IA claire existe et qu’elle est communiquée, 77 % des salariés se sentent capables de s’adapter, contre 39 % quand ils ignorent si elle existe.

Le bien-être, une condition pour rester

Les salariés font de plus en plus du bien-être une condition de leur engagement. Les données de l’étude révèlent que 83 % des répondants envisageraient de quitter une entreprise qui n’en fait pas une priorité. Cette exigence progresse avec la maîtrise de l’IA, passant de 73 % chez les débutants à 84 % chez les adoptants, et 87 % chez les pionniers. Les salariés les plus compétents en IA sont donc aussi les plus enclins à partir si leurs besoins en matière de bien-être ne sont pas satisfaits.

« Les collaborateurs qui sont à la tête de l’adoption de l’IA assument davantage de travail et figurent également parmi les talents que les entreprises souhaitent le plus fidéliser. À mesure que les entreprises investissent dans l’IA, elles doivent investir avec la même détermination dans le bien-être des personnes qui l’utilisent ».

Cesar Carvalho

PDG et cofondateur, Wellhub

Les responsables RH mesurent bien ce risque, puisque 62 % d’entre eux craignent de perdre des talents aux compétences IA recherchées. Au-delà de la formation et de la mise à disposition d’outils, l’étude invite à miser sur la reconnaissance, le soutien managérial et la prévention du burn-out.

* Étude State of Work-Life Wellness 2027 de Wellhub, menée en ligne du 12 au 19 juin 2026 par l’institut QuestionPro auprès de plus de 5 000 salariés à temps plein âgés de 18 ans ou plus, dans dix pays (États-Unis, Royaume-Uni, Brésil, Argentine, Chili, Espagne, Italie, Allemagne, Mexique et Roumanie).

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