Qui sont les salariés les plus inquiets face à l’IA ?
En France, 10 % des salariés craignent d’être remplacés par l’IA. L’étude People at Work 2026 d’ADP Research dessine les profils à accompagner en priorité.
On imagine volontiers que les salariés les plus inquiets face à l’IA sont les plus âgés. Pourtant, l’étude People at Work 2026 d’ADP Research*, conduite dans 36 pays auprès de 39 000 actifs, dont plus de 1 000 en France, invite à regarder ailleurs.
Les salariés français moins inquiets que la moyenne mondiale
En France, l’inquiétude reste contenue, malgré une légère hausse. Au global, 10 % des salariés français redoutent fortement d’être remplacés par l’IA, soit deux points de plus qu’en 2025. À l’échelle mondiale, cette situation est plus marquée, avec 28 % des actifs qui partagent cette crainte.
En termes de générations, les plus de 55 ans se montrent peu inquiets de l’impact de l’IA sur leur fin de carrière. Seuls 3 % craignent d’être remplacés. La crainte se concentre chez les moins de 40 ans. Elle touche 12 % des 18-26 ans et 18 % des 27-39 ans (en hausse de 7 points en un an).
Chez les jeunes actifs, l’IA suscite d’ailleurs un sentiment ambivalent. La peur du déclassement y côtoie l’opportunité perçue. 16 % des 18-26 ans anticipent un effet positif sur leur emploi, en hausse de 4 points. Les 27-39 ans suivent de près, à 14 %.
L’ambivalence des professions intellectuelles
Les craintes fluctuent aussi selon la nature du travail. Les professions intellectuelles (ingénieurs, chercheurs, développeurs…) forment le profil le plus ambivalent. En France, 10 % d’entre eux redoutent d’être remplacés.
Cette inquiétude se double toutefois d’un certain optimisme. Ils sont 13 % à juger l’impact de l’IA positif. Si ce chiffre reste modeste, il représente plus du double de celui enregistré chez les salariés affectés à des tâches répétitives (6 %). Aussi, les profils qualifiés français se montrent plus réservés que leurs homologues étrangers, dont 25 % anticipent un effet positif.
L’éloignement de l’outil constitue une autre vulnérabilité
En France, 29 % des salariés n’utilisent jamais l’IA. C’est le deuxième taux le plus élevé des 36 pays de l’étude, derrière le Japon (43 %). Le clivage est particulièrement marqué selon le genre : 35 % des femmes n’y recourent jamais (contre 17 % au niveau mondial), pour 22 % des hommes (13 % dans le monde).
Cette mise à distance frappe plus encore les femmes de plus de 40 ans, dont 45 % n’ont jamais utilisé l’outil. Les hommes de moins de 40 ans en sont, à l’inverse, les plus familiers. En effet, 13 % seulement ne l’ont jamais essayé.
L’enjeu ici n’est pas tant la peur que le danger de l’exclusion. Faute d’avoir l’occasion de se familiariser avec la technologie, ces salariés risquent d’accumuler un retard et de décrocher. Pour les ressources humaines, le sujet devient celui du maintien de l’employabilité.
La formation, entre réassurance et employabilité
Peur du remplacement et risque de décrochage sont liées. Selon les données d’ADP Research, les salariés qui sont convaincus que leur employeur investit dans leurs compétences se jugent 5,3 fois plus souvent à l’abri d’une suppression de poste.
La formation agit ainsi sur les deux fronts. Elle qualifie ceux qui doutent de leur place et engage ceux qui restent à distance. Autrement dit, la confiance des équipes ne se jouera pas dans l’IA, mais dans l’art de l’introduire.
* enquête Global Workforce Survey 2025 d’ADP Research. Les chiffres mondiaux et les taux d’adoption de l’IA proviennent du rapport People at Work 2026 ; les données détaillées sur le marché français (perception de l’IA par âge, métier et genre) sont issues du communiqué d’ADP France, juin 2026.