Usages de l’IA au travail : 5 points de vigilance pour les RH
Selon une étude américaine de la SHRM, l’adoption de l’IA dans les entreprises pose plusieurs défis à suivre de près.
L’intelligence artificielle s’est imposée dans le monde du travail avec une promesse forte, celle d’améliorer la productivité. Mais du point de vue des salariés, le tableau est plus nuancé. Si la technologie fait gagner du temps, elle crée d’autres problématiques lorsqu’elle est mal encadrée. C’est en tout cas ce que dépeint une étude* de la Society for Human Resource Management (SHRM), baptisée Navigating AI in the Workplace: 2026.
Les chiffres sont américains, mais ces mêmes tensions traversent aussi les entreprises françaises. Entre prolifération du « shadow AI » et la banalisation de l’« AI slop », voici 5 points à surveiller de près par les RH.
1. La prolifération du « shadow AI »
Près d’un salarié sur trois (30 %) reconnaît avoir sciemment enfreint la politique IA de son entreprise. Derrière ces contournements, ce qu’on appelle le « shadow AI », cet usage caché de l’IA, par exemple à travers le recours à des comptes personnels qui échappent au cadre interne ou à des outils interdits ou encore en cours d’évaluation. Si ces salariés transgressent les politiques internes en matière d’IA, c’est moins par manque d’outils que par commodité, quitte à récidiver. Parmi ceux qui ont déjà franchi la ligne, près d’un tiers (31 %) admettent qu’ils le referaient pour gagner du temps.
Le risque majeur de cette pratique est le transfert de données confidentielles vers des systèmes non autorisés, terrain particulièrement glissant en Europe en matière de RGPD. Pour les directions, le sujet est de concilier sécurité des données et besoins pratiques des équipes, faute de quoi les salariés continueront de privilégier ce qui sert leur efficacité, au détriment de la conformité.
2. L’absence de cadre formalisé
Parmi les entreprises qui ont déployé l’IA, moins de la moitié (47 %) disposent d’une politique formalisée pour en encadrer l’usage, selon l’étude de la SHRM. Et l’écart se creuse selon la taille de l’entreprise. En effet, 56 % des grandes organisations en sont dotées, contre seulement 36 % des plus petites. Mais avancer sans règles claires expose à des risques nombreux, du juridique à l’éthique, sans parler de la confidentialité des données.
Toutefois, lorsqu’il existe, le cadre semble bien accueilli. 84 % des salariés concernés se disent en accord avec la politique de leur entreprise, plutôt que de la juger trop stricte ou trop laxiste.
3. Une pression silencieuse sur les équipes
Plus de trois actifs sur cinq constatent une augmentation de leur volume de travail depuis l’arrivée de l’IA. Plus d’un sur deux (54 %) estime que le rythme s’est accéléré et la moitié (50 %) que les attentes de performance ont été revues à la hausse. Au fond, l’IA allège-t-elle les salariés ou relève-t-elle encore plus la barre ? Les avis sont plutôt partagés.
L’étude révèle également que la pression semble monter avec les responsabilités. Le rythme s’est intensifié pour 59 % des managers et 75 % des dirigeants, quand la moitié des salariés sans fonction d’encadrement le jugent, à l’inverse, inchangé.
4. Un fossé entre dirigeants et équipes terrain
La confiance accordée à la direction au sujet de l’IA suit, elle aussi, la ligne hiérarchique. Elle culmine à 80 % chez les dirigeants, retombe à 65 % chez les managers et à 47 % chez les opérationnels. Ce scepticisme tient en partie à un manque de transparence. La communication qui a été faite autour de la mise en place des outils d’IA varie fortement d’un niveau à l’autre. 74 % des dirigeants disent avoir été consultés en amont de toute adoption, contre 55 % des managers et seulement 33 % des salariés de terrain. Or sans information, difficile d’obtenir l’adhésion.
Plus on est éloigné des décisions, moins on se sent inclus et en confiance. D’où la nécessité d’associer les opérationnels à la réflexion entourant l’adoption de ces outils, et ce dans la durée, plutôt que de leur imposer des pratiques parfois déconnectées de leur quotidien.
5. La banalisation de l’ « AI slop »
Parmi les salariés qui utilisent l’IA, 44 % admettent produire de l’ « AI slop », c’est-à-dire des contenus médiocres, validés sans relecture critique suffisante. Le phénomène ne touche pas seulement les opérationnels. Au contraire, les dirigeants, qui recourent le plus à l’IA, sont les plus nombreux à reconnaître des productions de moindre qualité (31 % contre 26 % en moyenne).
Cette moindre qualité impacte directement la confiance, mais aussi le temps passé à reprendre les contenus. Pour éviter ce nivellement vers le bas de la qualité, la montée en compétences face à l’IA est une variable d’ajustement à ne pas négliger, que ce soit en termes de formation au prompt, à la relecture et à l’esprit critique.
*Navigating AI in the Workplace 2026, SHRM. Enquête menée en mars et avril 2026 auprès de 5 875 salariés américains.