Engagement en recul : qui sont les salariés les plus à risque ?

L’engagement des salariés aux États-Unis est à son plus bas niveau depuis 2011. Selon Gallup, la baisse frappe surtout les salariés à distance dont l’entreprise a déjà intégré l’IA.

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18 % des salariés sont activement désengagés, selon la dernière étude Gallup. © Andrey Popov / Stock.adobe.com

Un nouvel outil d’IA arrive dans l’entreprise. Sur site, il alimente les discussions à la machine à café. En télétravail, le salarié le découvre plutôt par un mail, seul devant son écran. Au printemps encore, ces salariés à distance comptaient parmi les plus engagés. Ce sont aujourd’hui eux qui décrochent le plus vite.

C’est le principal enseignement de la dernière mesure trimestrielle de l’institut Gallup, publiée le 28 octobre. Au troisième trimestre, seuls 29 % des salariés américains se disent engagés. C’est le niveau le plus bas depuis 2011. Sur un trimestre, l’engagement recule de deux points, loin du pic de 36 % enregistré en 2020. Dans le même temps, la part des salariés activement désengagés progresse, de 17 % à 18 %. Au global, ce recul de l’engagement représente environ 3,2 millions de personnes aux États-Unis, selon Gallup.

Les salariés en full remote décrochent les premiers

Selon qu’ils travaillent depuis leur salon ou dans les bureaux de leur entreprise, les salariés ne décrochent pas au même rythme. En un trimestre, la part d’engagés chute de cinq points chez ceux qui sont exclusivement en télétravail, passant de 37 % à 32 %. Le recul se limite à deux points pour ceux qui alternent télétravail et jours au bureau (de 34 % à 32 %). Chez les salariés sur site, la baisse n’est plus que d’un point, à 27 %.

Pour Jim Harter, scientifique en chef de Gallup, ces résultats suggèrent que « la distance physique peut contribuer à une distance psychologique entre les salariés et leur organisation ». Les salariés à distance ont en effet moins d’occasions d’échanges informels en face à face.

Le phénomène n’est pas nouveau. Entre 2020 et 2023, les salariés à distance et ceux qui avaient un mode de travail hybride savaient déjà de moins en moins précisément ce qui était attendu d’eux. Chez leurs collègues sur site dont le poste pouvait aussi s’exercer à distance, cette perte de repères était deux fois moins marquée.

L’IA ne joue plus son rôle d’amortisseur à distance

En juillet dernier, une précédente analyse de Gallup montrait que l’IA allait de pair avec un engagement plus élevé. Dans les organisations qui avaient intégré l’IA, la part de salariés engagés dépassait de six points celle des autres entreprises. L’écart grimpait à 15 points quand l’entreprise avait présenté un plan clair de déploiement, et à 18 points quand les managers soutenaient activement son usage.

Trois mois plus tard, cet avantage fond chez les salariés à distance. Dans les entreprises qui ont intégré l’IA, l’engagement des salariés en full remote chute de 38 % à 33 %. Celui des hybrides passe de 37 % à 33 %. Au deuxième trimestre, les salariés en full remote de ces entreprises comptaient cinq points d’engagés de plus que leurs homologues des entreprises qui n’ont pas intégré l’IA. Chez les travailleurs hybrides, l’écart atteignait huit points. Selon Gallup, il n’est plus que de deux points dans les deux cas.

Sur site, en revanche, les salariés des entreprises qui ont intégré l’IA restent plus engagés que les autres, avec un écart de quatre à cinq points. Gallup y voit un possible décalage : les entreprises déploieraient l’IA plus vite qu’elles n’expliquent à leurs salariés ce qu’elle change dans leur travail. Les managers, de leur côté, ne seraient pas encore assez outillés pour aider leurs équipes à s’en servir au quotidien.

Attentes floues et sentiment d’être oublié

La baisse de l’engagement tient surtout à deux choses : les salariés savent moins bien ce que leur employeur attend d’eux, et ils se sentent moins considérés au travail. Au premier semestre 2026, 49 % des salariés affirmaient sans réserve connaître les attentes liées à leur poste. Au troisième trimestre, ils ne sont plus que 46 %. C’est dix points de moins qu’en 2015, où cette part culminait à 61 %.

Autre point de vigilance : seuls 37 % des salariés estiment désormais que leur manager ou un collègue se soucie d’eux en tant que personne. Ils étaient 40 % au premier semestre, et 47 % en mars 2020. Dès 2025, Gallup relevait que la connaissance des attentes et le sentiment de considération étaient, parmi les composantes de l’engagement, celles qui avaient le plus baissé en cinq ans.

Remettre le manager au centre du déploiement de l’IA

Quand les salariés sont bien accompagnés dans son usage, l’IA peut aller de pair avec un engagement élevé. Dans son analyse de juillet, Gallup comptait 53 % de salariés engagés lorsque trois conditions étaient réunies : un usage fréquent de l’IA, un plan clair et le soutien des managers.

Pour réunir ces conditions dans vos équipes, tout commence par des attentes clairement formulées, poste par poste. Vos collaborateurs ont besoin de savoir comment l’IA s’applique à leur travail et quand l’utiliser. Ils doivent aussi connaître les critères sur lesquels leur performance sera évaluée, à mesure que leurs missions évoluent.

Ce travail de clarification repose largement sur les managers, en particulier ceux qui encadrent des équipes hybrides ou à distance. Gallup a comparé plusieurs facteurs liés à l’IA, comme la fréquence d’usage ou l’existence d’un plan de déploiement. C’est le soutien actif des managers qui va le plus de pair avec un engagement élevé. Ce sont eux qui traduisent la feuille de route de l’entreprise en attentes concrètes. Ce relais compte d’autant plus que les salariés à distance croisent moins souvent leur manager de façon informelle.

Reste enfin à vérifier ce que l’IA change vraiment, en suivant son impact en parallèle de l’engagement. Gallup recommande de mesurer les usages réels et leurs effets sur la productivité. Partager des exemples d’usages réussis aide aussi chaque salarié à transposer l’outil dans son propre travail.

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