Plus d’un RH sur deux envisage de changer de métier
Selon le rapport State of People Strategy 2027 de Lattice, nombre de professionnels RH souffrent en raison d’un travail qui s’étend sans cesse et d’une reconnaissance qui ne progresse pas.
Le moral des professionnels RH n’est pas au beau fixe, si l’on en croit le rapport State of People Strategy 2027*, que vient de publier Lattice. Parmi les professionnels interrogés par l’éditeur américain de logiciels RH, 55 % envisagent de quitter le métier cette année. Et en un an, la part des RH qui se disent pleinement engagés est tombée de 41 % à 30 %.
Les raisons tiennent notamment à des conditions d’exercice qui se dégradent, alors même que le périmètre d’action ne cesse de croître, entre pilotage de l’adoption de l’IA, exigence de performance et réorganisations à absorber.
Ni les budgets ni les effectifs ne sont en cause
Le décrochage ne vient pas d’un serrage de vis financier. Plus de la moitié des répondants anticipent au contraire une hausse de leurs effectifs (52 %) et de leur budget (54 %). Ce qui pèse en revanche, ce sont des attentes toujours plus élevées des directions et l’obligation de prouver l’utilité de chaque action.
En effet, plus de la moitié des répondants (51 %) subissent une pression de leur comité de direction pour gagner en efficacité grâce à l’IA, contre 39 % un an plus tôt. Les équipes RH doivent aussi démontrer la valeur de chaque programme devant leur direction. Les actions de développement sont les premières visées. Près d’un répondant sur deux (48 %) doit justifier ses programmes de formation et de montée en compétences des managers. Même les dispositifs d’engagement et de qualité de vie au travail, en place depuis des années, doivent désormais prouver leur utilité.
Les trois motifs de départ les plus cités
Parmi les professionnels RH qui envisagent de quitter le métier,
- 39 % ne se sentent pas valorisés dans leur travail ;
- 35 % fonctionnent en permanence en mode crise ;
- 34 % citent la pression et l’épuisement.
Les RH déploient l’IA dans l’entreprise et craignent qu’elle les remplace
Les équipes RH sont attendues sur le pilotage de l’adoption de l’IA dans toute l’entreprise, avec des résultats de performance à la clé. Cette mission représente aussi une menace pour elles-mêmes. Parmi les professionnels RH qui envisagent de quitter le métier, 21 % redoutent d’être remplacés par l’IA.
Comme le souligne Matt McFarlane, fondateur de Startup People Summit, « le rôle s’élargit désormais au pilotage de l’adoption de l’IA dans l’entreprise, avec des attentes de performance et de profit. Sans soutien, c’est la recette d’un désastre. »
Les États-Unis ont pris de l’avance, l’Europe emprunte le même chemin
Pour l’instant, les équipes RH européennes tiennent mieux le choc que leurs homologues américaines. Elles sont 81 % à juger leurs salariés très engagés, contre 66 % outre-Atlantique. Et la performance, priorité numéro un aux États-Unis (42 %), ne figure pas encore dans leur top 5 en Europe.
Pour 2027, leur chantier prioritaire est la mise à jour des outils RH, citée par 41 % d’entre elles, devant la formation (32 %) et le recrutement (31 %). Toutefois, ces outils embarquent aujourd’hui l’IA, et avec elle les attentes d’efficacité des directions générales. C’est précisément le terrain sur lequel la pression s’est installée aux États-Unis.
Côté français, le Baromètre des DRH 2026 de Sopra Steria Next révélait déjà une fonction sous tension, entre maîtrise des coûts, montée de l’IA et fatigue des managers. La maîtrise de l’IA s’impose d’ailleurs en tête des compétences RH à développer.
Reconnaissance et sécurité psychologique limitent les départs
Plus la pression exercée sur les équipes RH est forte, plus l’envie de partir grandit. Chez les RH les plus exposés, 70 % envisagent de quitter la profession, contre 37 % chez les moins exposés. Le burn-out suit le même écart, avec 14 % d’un côté et 4 % de l’autre.
Le soutien de la direction générale pèse fortement dans la balance. Quand la relation avec le comité de direction est bonne, les équipes RH passent moins de temps à défendre leurs programmes et subissent moins d’injonctions sur l’IA. Elles déclarent alors moins de burn-out et moins d’envie de quitter le métier. Pour accroître ce soutien, le rapport recommande de présenter les programmes RH par leurs résultats business plutôt que par les indicateurs internes de la fonction.
La sécurité psychologique, c’est-à-dire la possibilité de dire ce qui ne va pas sans craindre de conséquence, produit le même effet. Dans les organisations qui en font une priorité, les équipes RH dépassent bien plus souvent leurs objectifs. Elles se déclarent aussi moins épuisées et plus à l’aise avec l’IA.
*Rapport State of People Strategy 2027 publié par Lattice, menée auprès de 1 358 professionnels RH entre le 2 avril et le 11 juin 2026. Les répondants exercent aux États-Unis (65 %), au Royaume-Uni (17 %), en France (8 %) et en Allemagne (8 %).