Dans quel pays d’Europe les salariés sont-ils les plus fidèles ?
L’ancienneté moyenne des salariés varie fortement d’un pays à l’autre en Europe, selon les chiffres de l’OCDE. Des écarts qui tiennent moins aux pratiques RH qu’au droit du travail.
Un salarié italien reste en moyenne 12 ans chez le même employeur. Au Danemark, c’est à peine 7 ans. La France se situe au milieu, avec une ancienneté proche de 10 ans. Les Italiens seraient donc plus fidèles à leur entreprise que les Danois et que les Français ? Et surtout, grâce à quoi ? Les politiques de rétention des entreprises seraient-elles plus efficaces en Italie qu’au Danemark ?
La réalité est plus nuancée, à en croire les chiffres de l’OCDE. Car si l’ancienneté moyenne des salariés varie nettement d’un pays européen à l’autre, cela s’explique moins par les pratiques RH que par la rigidité du droit du travail.
Ancienneté des salariés : une Europe à deux vitesses
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L’Europe du Sud et l’Europe centrale affichent les anciennetés les plus longues. Portugal, Slovénie et Italie dépassent les 11 ans. La Grèce et la Slovaquie suivent de près, autour de 10,5 ans. La France se situe juste en dessous, avec une ancienneté moyenne de 10,2 ans. À l’inverse, les pays nordiques et la Suisse restent proches des 8 ans, tandis que le Danemark ferme la marche avec un peu plus de 7 ans d’ancienneté moyenne pour les salariés.
Cette carte dessine un vrai clivage géographique. Les pays où les salariés changent le moins d’employeur se concentrent au Sud et à l’Est de l’Europe. La France s’inscrit dans la moitié où l’ancienneté est la plus longue, aux côtés de l’Allemagne et de la Belgique. Un tel écart pourrait laisser penser que les entreprises du Sud et de l’Est de l’Europe retiennent mieux leurs salariés que les entreprises scandinaves. Les données de l’OCDE amènent pourtant à nuancer cette lecture.
La rigidité du droit de licencier pèse plus que les pratiques RH
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Ce graphique confirme un lien réel entre la rigidité du droit de licencier et l’ancienneté des salariés. L’OCDE mesure la rigueur de la protection de l’emploi, c’est-à-dire le niveau d’encadrement légal des procédures de licenciement, individuel ou collectif. Plus le licenciement est encadré, plus l’ancienneté moyenne grimpe, dans la plupart des pays.
Ainsi, les pays d’Europe du Sud (en violet) cumulent ancienneté longue et droit du licenciement strict. À l’autre bout, les pays nordiques (en vert) affichent les deux indicateurs les plus bas.
Les pays d’Europe centrale et orientale (en bleu) se situent entre les deux blocs. Leur droit du licenciement reste modéré, mais leur ancienneté dépasse souvent celle de pays d’Europe continentale au cadre légal comparable. L’Autriche (en rose) illustre bien ce cas intermédiaire, avec une rigidité légale proche de la moyenne européenne.
Cette tendance générale connaît toutefois des exceptions notables. Les Pays-Bas affichent un droit du licenciement presque aussi strict que l’Italie, alors que l’ancienneté moyenne y reste pourtant parmi les plus basses d’Europe. La Belgique suit le chemin inverse, avec une ancienneté élevée malgré une réglementation plus modérée. Le droit du travail explique donc une partie de l’écart entre pays, mais pas la totalité.
L’ancienneté des jeunes actifs, une autre pièce du puzzle
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Un autre chiffre mérite d’être regardé à l’intérieur même de chaque pays : l’écart d’ancienneté entre les jeunes actifs et l’ensemble des salariés. Dans tous les pays observés, la part de jeunes en poste depuis moins d’un an dépasse largement celle de l’ensemble des salariés, et ce n’est pas une surprise. En Espagne, elle atteint 60 %, contre 19,5 % tous âges confondus. En France, l’écart reste tout aussi marqué, avec 51,6 % chez les jeunes contre 16,4 % en moyenne.
L’Italie affiche le plus faible renouvellement chez les jeunes, avec seulement 32,5 % des salariés de 15à 24 ans en poste depuis moins d’un an. Un chiffre cohérent avec la position de l’Italie sur les deux graphiques précédents : ancienneté longue et droit du licenciement strict.
Impossible d’affirmer que le turnover des jeunes explique, à lui seul, les écarts d’ancienneté d’un pays à l’autre. Ce chiffre reste néanmoins un signal à surveiller pour vos recrutements de juniors. Car améliorer leur rétention peut, à son échelle, faire progresser la rétention globale de votre entreprise.
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