Pourquoi les entreprises diffèrent leurs recrutements de cadres

Faute de visibilité, de nombreuses entreprises reportent leurs projets de recrutement de cadres, selon le dernier baromètre de l’Apec.

Baromètre T3 Apec
Les prévisions d'embauche des cadres sont à leur plus bas niveau depuis le lancement du baromètre. © Apec

La reprise de l’embauche des cadres aura-t-elle bien lieu en 2026 ? En avril dernier, l’Apec se montrait optimiste, prévoyant 305 800 recrutements de cols blancs sur l’année, soit 4 % de hausse sur un an, après deux années orientées à la baisse.

Mais les deux derniers baromètres trimestriels mesurant les intentions d’embauche de cadres sont venus tempérer ces chiffres. En juin 2026, seules 7 % des entreprises prévoyaient de recruter au moins un cadre dans les trois prochains mois, selon des chiffres publiés le 25 août. « Même si on ne peut pas parler d’effondrement, car on ne perd qu’un point par rapport à juin 2025, c’est le niveau le plus bas observé depuis le lancement du baromètre, en 2020 », fait remarquer Annelore Coury, la directrice générale de l’Apec.

Conséquence logique d’un marché moins tendu, les recrutements s’annoncent moins compliqués : 61 % des entreprises prévoient de rencontrer des difficultés, contre 78 % en décembre 2025, et 65 % en mars 2026. Les tensions devraient toutefois persister dans les familles de métiers à forte dimension technique et dans les bassins d’emploi éloignés des grandes métropoles.

Un repli plus marqué dans les grands entreprises

Ce sont les grandes entreprises qui réduisent le plus la voilure : 42 % pensent embaucher au moins un cadre au cours des trois prochains mois, contre 45% en juin 2025. La baisse est moins significative dans les PME (qui passent de 13 % à 12 % sur un an) et dans les TPE (de 4 % à 3 %).

Tous les secteurs sont concernés par cette mise en pause des recrutements, et notamment les services à forte valeur ajoutée, qui représentent la moitié de l’emploi cadre et affichent des intentions d’embauche en repli de 4 points sur un an. L’industrie fait figure d’exception, avec des prévisions en hausse de 2 points sur un an, à 11 %, portée par des secteurs comme l’aéronautique, la construction navale ou encore la chimie.

Un manque de visibilité sur les carnets de commande

Le conflit déclenché au Moyen-Orient en février 2026 est venu perturber l’économie française, affectant la croissance et générant son lot d’incertitudes. En réaction, les entreprises se montrent prudentes et reportent leurs projets de recrutements et d’investissements.

Sur fond de croissance atone et fragile, la part d’entreprises capables d’anticiper leur niveau d’activité affiche une baisse marquée : de 63 % à 56 % sur un an. Ce manque de visibilité affecte aussi leur niveau de confiance dans l’évolution de leur carnet de commandes, qui passe de 71 % à 63 % sur un an.

Une contraction des investissements des entreprises

« Certes, on a eu une embellie économique au printemps, portée notamment par une résistance dans des secteurs importants pour les cadres, comme le secteur industriel (chimie, aéronautique, construction navale) et des services marchands bien orientés (informatique, information et communication) et une évolution positive des investissements au T2 2026 (+0,1%), mais les prévisions d’investissement sont à nouveau orientées à la baisse au troisième trimestre, à -0,2 % », indique la directrice générale de l’Apec. Elle rappelle la forte corrélation qui existe entre niveau d’investissement élevé et dynamisme de l’emploi des cadres.

Des cadres inquiets qui reportent leurs projets de mobilité

Côté cadres, la période actuelle apparaît peu propice au changement. Au-delà des préoccupations liées à la situation économique du pays, les cadres sont également inquiets par rapport à leur situation personnelle : 28 % d’entre eux se sentent menacés par un risque de licenciement, contre 23 % en juin 2025. Ce chiffre atteint même 38 % chez les moins de 35 ans.

Seulement 13 % des cadres envisagent de changer d’entreprise dans les trois prochains mois contre 15 % un an plus tôt. Néanmoins, à 12 mois, les intentions de mobilité sont quasi stables, à 38% (- 1 point par rapport à juin 2025), « signe que ces projets sont différés mais pas abandonnés », note Annelore Coury.

Une reprise qui reste à confirmer

Il faudra donc attendre le baromètre du dernier trimestre pour voir si la reprise des recrutements des cadres se confirme : « A ce stade, on ne revoit pas nos prévisions pour 2026, mais l’inflexion à la hausse pourrait être plus modérée que prévue », conclut la directrice générale de l’Apec, à moins de neuf mois de l’élection présidentielle de 2027.

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