L’entreprise à mission ou comment donner du sens à son activité (et attirer des talents !)

Coup de projecteur sur l’entreprise à mission, un statut créé il y a deux ans en France, pour permettre aux entreprises d’inscrire dans leurs statuts des objectifs sociaux et/ou environnementaux.

La mission de Colivio ? préserver la dignité des personnes âgées fragilisées, le plus largement possible.
La mission de Colivio ? préserver la dignité des personnes âgées fragilisées, le plus largement possible. © Colivio

Aujourd’hui plus que jamais se fait sentir le besoin de trouver du sens au travail et d’exercer une activité professionnelle qui a un impact positif, quel qu’il soit, sur notre société. C’est dans cette logique qu’a émergé le concept d’entreprise à mission, défini par la loi Pacte du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises.

Le principe ? Permettre à une entreprise d’affirmer publiquement sa raison d’être et d’inscrire dans ses statuts des objectifs sociaux et/ou environnementaux qui guident son action. Mais quel est l’intérêt pour une entreprise d’adopter un tel statut et comment y accéder ? Nous avons posé ces questions à Maxence Petit, co-fondateur de Colivio, une entreprise à mission, créée il y a deux ans, qui propose des habitats partagés aux personnes âgées fragilisées.

Qu’est-ce qu’une entreprise à mission ?

Maxence Petit : L’enjeu de l’entreprise à mission est double : assumer sa recherche de profitabilité tout en préservant sa raison d’être et sa recherche d’impact social.

Dans le cadre de l’accompagnement de la personne âgée, une entreprise purement commerciale réfléchit au nombre de protections hygiéniques à donner à chaque personne par jour. Pour nous, c’est inacceptable car cela porte atteinte à la dignité des personnes. Le fait de sanctuariser une raison d’être, de la centraliser dans notre gouvernance, c’est se donner la garantie qu’à aucun moment on n’aura la tentation de glisser vers des recherches de profitabilité au-delà du raisonnable.

L’entreprise à mission est une transposition française des B-Corporation qui existent dans les pays anglosaxons. Ce statut créé il y a deux ans nous laisse beaucoup de libertés et m’a permis de concrétiser cette volonté viscérale, en tant qu’entrepreneur, de faire du business mais avec du sens, avec cette volonté de parvenir à changer le monde.

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Quelle est la « mission » de Colivio ?

Le cœur de notre mission, telle qu’on l’a édictée, est de préserver la dignité des personnes âgées fragilisées, le plus largement possible. J’ai été interpellé par la manière dont certains Ehpad accompagnent les personnes âgées. Structurellement, ce type d’établissement induit le plus souvent une prise en charge à la chaîne, quasi industrielle, qui va à l’encontre de la vocation des personnes qui viennent travailler dans ces établissements. J’ai souhaité proposer un format alternatif, complémentaire, qui réponde à ce besoin des personnes âgées qui ne peuvent plus ou qui ne veulent plus rester chez elles, parce que la perte d’autonomie et l’isolement deviennent insupportables et que le coût d’un accompagnement à domicile plusieurs heures par jour est prohibitif.

Colivio propose une surface de coliving mutualisée de 400m² pour huit personnes avec huit espaces privatifs, de type suite junior, et de grandes pièces de vie commune. Nous mutualisons également l’accompagnement 24h/24 par des auxiliaires de vie. J’ai souhaité développer un projet de vie sociale individuelle et partagée en respectant l’identité de chacun, leurs habitudes de vie, leur rythme. Pour développer le sentiment d’inclusion et d’utilité sociale, on leur propose de prendre part à des projets pour se maintenir dans l’action et alimenter ce sentiment d’utilité sociale, qui, pour nous, est la condition première du maintien de la dignité de la personne.

Notre premier habitat partagé vient d’ouvrir ses portes à Lourdes. Des logements de ce type ouvriront également en 2022 à Enghien-les-Bains, Saint-Cloud ou encore Aix-en-Provence. Ces derniers généreront plus de profitabilité car ils se situent dans des bassins de vie regroupant une population plus aisée. Chez Colivio, on a vocation à s’adresser à une population relativement aisée. Car, de fait, quand on propose un tel niveau d’accompagnement, cela représente un reste à charge significatif. Pour autant, on se donne pour règle de proposer la même qualité de service à des populations moins favorisées quand on a la possibilité de le faire, comme à Lourdes, même si cela ne génère que peu ou pas de profit.

Le premier habitat partagé de Colivio vient d'ouvrir ses portes à Lourdes.
© Colivio

Comment définir sa mission et sa raison d’être ?

Chacun définit ses propres critères d’impact en fonction de ses objectifs sociaux et environnementaux. Tout commence par la création d’un comité de mission qui peut être ad hoc ou bien être votre organisme central de gouvernance. Pour notre part, on a fait le choix de le centraliser pour ne pas avoir deux organes en incohérence l’un avec l’autre. Notre comité de mission est composé de plusieurs collaborateurs et de personnes de l’extérieur, dont deux investisseurs à impact et une directrice RSE d’un grand groupe, pionnière des problématiques d’entreprise à mission. Ces personnes se réunissent de manière régulière pour réfléchir au futur de l’entreprise et à sa mission. Nous allons d’ailleurs bientôt rédiger notre propre guide reprenant nos valeurs et notre raison d’être.

On s’est également dotés d’outils pour évaluer notre impact. Nous allons envoyer des questionnaires aux personnes âgées ainsi qu’à leurs proches pour mesurer leur degré de satisfaction. Nous allons aussi en distribuer à nos collaborateurs pour mesurer leur niveau de bien-être au travail.

Que met-on derrière la notion de « sens au travail » ?

Quels intérêts de devenir une entreprise à mission ?

Les promoteurs immobiliers avec lesquels nous travaillons nous disent tous la même chose : « Vous venez mettre du sens dans notre travail, on ne vient pas couler du béton et raconter des histoires pour vendre nos appartements, on se sent vraiment utiles à la société. » On retrouve également ce message chez nos collaborateurs. Dans les Ehpad, le turnover est souvent important, parce qu’il y a certaines frustrations, parce qu’il y a des accidents du travail, parce qu’il y a des éléments déceptifs.

« L’entreprise à mission facilite la gestion des ressources humaines. La quête de sens est un outil de mobilisation des équipes, qui ont besoin de raison d’être au travail. »

Nous, on a fixé des critères d’impact, mesurés au moins deux fois par an auprès de nos collaborateurs : est-ce qu’on arrive à limiter le turn over, est-ce qu’on arrive à développer un sentiment de bien-être au travail et un sentiment d’utilité sociale ? Cela va d’abord être évalué en interne par notre comité de mission et ensuite audité par un organisme externe. Cet audit régulier est une façon d’éviter de réduire la notion d’entreprise à mission à une bonne intention idéaliste et de montrer que l’on s’en engage véritablement à travers des mesures tangibles et efficaces.

L’entreprise à mission facilite la gestion des ressources humaines. La quête de sens est un outil de mobilisation des équipes, qui ont besoin de raison d’être au travail, à plus forte raison depuis la crise du Covid. C’est un facteur d’attractivité certain, notamment auprès des jeunes. On n’est plus dans une logique de start up qui prévalait il y a une quinzaine d’année, où les recruteurs disaient : « Rejoins-nous : l’ambiance est géniale, il y a une dynamique de fou, tu vas bosser 80 heures par semaine, tu seras payé au SMIC mais tu vas changer le monde ! » Nous, on propose autre chose, centré sur l’humain.

L’entreprise à mission est un argument mais aussi un critère de recrutement ! Le candidat qui ne nous semble pas sensible à notre cause ne sera pas la bonne personne pour nous rejoindre. Cela permet de faire le tri car on reçoit beaucoup de candidatures spontanées de personnes qui cherchent à mettre plus de sens dans leur travail

Enfin, à ceux qui ont peur que l’entreprise à mission n’affecte leur rentabilité, je veux dire que c’est tout l’inverse ! Je suis persuadé que dans dix ans, la majorité des entreprises qui se créeront seront des entreprises à mission ou assimilées. La logique de raison d’être devient essentielle, autant du point de vue des collaborateurs que des consommateurs. Les jeunes ne veulent plus travailler pour une entreprise qui fait du fric pour du fric. Devenir une société à mission, c’est participer à l’entreprise de demain !

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

Commentaire (1)
  • Par emmanuelle arrivets

    J’ignorais l’existence de ce type d’entreprises. Cela me paraît une bonne chose à l’heure où tant de personnes se sentent inutiles et maltraitées au travail. C’est une réelle avancée dans le monde professionnel. Bravo

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