Absentéisme : ce qui change pour les entreprises en 2026
Plan du gouvernement, projet de loi anti-fraudes… Tour d’horizon des mesures visant à réduire l’absentéisme et qui vont concerner les entreprises dans les prochains mois.
La France compte parmi les pays de l’OCDE où l’absentéisme est le plus élevé, avec 21 jours d’absence en moyenne par salarié. Une situation qui pèse sur les services RH, entre la gestion des arrêts et des justificatifs, le maintien de salaire à calculer, les remplacements à organiser en urgence, sans compter le suivi administratif avec l’Assurance maladie et la médecine du travail.
Et la situation ne s’arrange pas avec le temps. En 2024, le nombre d’arrêts indemnisés atteignait 9,1 millions, pour un coût de 17,9 milliards d’euros versés par l’Assurance maladie, en hausse de 45 % par rapport à 2019, selon les chiffres avancés par le gouvernement. C’est dans ce contexte que celui-ci a présenté, le 9 avril, un plan national visant à réduire l’absence au travail, articulé autour de trois axes : prévention, maintien dans l’emploi et lutte contre les abus.
Le 11 mai, le Parlement adoptait également définitivement le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, qui complète le dispositif sur plusieurs points : encadrement des arrêts prescrits par téléconsultation, précisions sur la contre-visite médicale, sanctions pour les employeurs qui ne sont pas à jour sur l’évaluation des risques professionnels…
Voici les nouvelles mesures qui vont s’appliquer dans les prochains mois, ou qui s’appliquent déjà depuis peu, et qui pourraient aider à réduire l’absentéisme dans votre entreprise.
Ce qui est déjà dans la loi depuis le 1er janvier 2026
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée définitivement le 16 décembre 2025 et publiée au Journal officiel le 31 décembre, contient plusieurs mesures qui touchent directement la gestion des arrêts de travail.
Une visite de pré-reprise dès 30 jours d’arrêt
La plus visible pour vos services RH concerne la visite de pré-reprise. Depuis le 1er janvier 2026, le médecin-conseil de l’Assurance maladie peut déclencher cette visite dès 30 jours d’arrêt. Jusque-là, celle-ci était réservée aux arrêts de plus de 3 mois. L’idée : intervenir plus tôt pour préparer les conditions d’un retour au poste, avant que l’absence prolongée ne complique la reprise.
Les indemnités journalières en cas d’accident du travail limitées dans le temps
Autre mesure prévue par la loi de financement de la Sécurité sociale, le plafonnement de la durée de versement des indemnités journalières en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. La durée exacte sera fixée par décret (lors des débats sur le projet de loi, il était évoqué un plafond de 4 ans). Toutefois, cette mesure ne s’appliquera qu’aux sinistres survenant à compter du 1er janvier 2027.
Ce qui doit entrer en vigueur au 1er septembre 2026
Deux autres mesures issues de la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 doivent entrer en vigueur au 1er septembre 2026.
Le plafonnement de la durée des arrêts de travail
Pour la première fois en droit français, la durée d’un arrêt de travail sera encadrée légalement : un mois maximum pour une première prescription, deux mois pour chaque renouvellement. Les médecins conserveront la possibilité de déroger à ces durées, à condition de le justifier par écrit sur l’avis d’arrêt. Les décrets d’application doivent encore être publiés, sans quoi la mesure ne pourra pas entrer en vigueur à la date prévue.
Les arrêts de travail davantage justifiés
La seconde mesure concerne l’obligation pour les médecins qui prescrivent un arrêt d’en spécifier le motif sur les documents transmis au contrôle médical, en plus des éléments médicaux déjà requis. Concrètement, si un salarié consulte pour une lombalgie, le médecin devra indiquer non seulement le diagnostic, mais aussi pourquoi cet état de santé empêche l’exercice du poste occupé.
Ce que la loi anti-fraudes vient d’ajouter
Adopté définitivement par le Parlement le 11 mai 2026, le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales doit encore être publié au Journal officiel pour entrer en vigueur. A moins que le Conseil constitutionnel, qui devrait être saisi du texte, n’invalide certains articles. Ce texte contient plusieurs mesures directement applicables aux équipes RH.
Les arrêts via téléconsultation encadrés
Sur les arrêts de travail prescrits par télémédecine, le texte interdit désormais tout second renouvellement d’arrêt via téléconsultation. Il impose également que toute prescription en ligne soit précédée d’un échange oral entre le médecin et le patient, par vidéo ou par téléphone. Une mesure qui entend répondre à la hausse des arrêts courts prescrits à distance, identifiée comme l’une des causes de la progression des indemnités journalières.
La contre-visite médicale organisée par l’employeur clarifiée
La loi anti-fraudes apporte également une précision utile concernant la contre-visite médicale organisée par l’employeur. Lorsque le service de contrôle médical de la caisse ne suit pas les conclusions du médecin mandaté par l’employeur, il devra désormais en informer ce dernier par un avis écrit motivé. Cette obligation de transparence clarifie un point qui donnait lieu à des interprétations divergentes.
L’absence de DUERP sanctionnée
Enfin, le texte introduit une sanction administrative pour les employeurs qui ne disposent pas d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) conforme à leurs obligations. L’amende peut atteindre 4 000 euros par salarié concerné, prononcée sur rapport de l’inspection du travail. Cette mesure, qui renforce la logique de prévention portée par le plan gouvernemental, concerne directement les entreprises qui n’auraient pas mis à jour ou formalisé leur DUERP.
Ce qui reste encore à l’état d’annonce
Le plan gouvernemental de lutte contre l’absentéisme annoncé en avril contient plusieurs orientations qui restent à préciser. C’est le cas du bouton d’alerte, qui doit permettre à l’employeur de signaler un arrêt suspect à l’Assurance maladie, une mesure annoncée pour la fin 2026.
Il est également prévu des sanctions contre le nomadisme médical, c’est-à-dire lorsque les arrêts d’un salarié sont prescrits par plus de 5 médecins différents. Un décret doit en préciser les contours d’ici l’automne 2026.
Le Plan Santé Travail 2026-2030, qui doit fixer les priorités nationales en matière de prévention des risques professionnels pour les cinq prochaines années (santé mentale, troubles musculo-squelettiques, exposition aux risques chimiques), doit être publié d’ici à l’été 2026.
Ce que cela implique pour votre entreprise
L’ensemble de ces mesures dessine un cadre dans lequel l’employeur est davantage associé à la prévention et au contrôle de l’absentéisme. Deux chantiers méritent une attention immédiate.
Le DUERP en est le plus urgent. Avec l’amende administrative issue de la loi anti-fraudes, les entreprises sans document à jour s’exposent à des sanctions financières. C’est aussi l’occasion de faire du DUERP ce qu’il devrait être : un outil vivant, révisé régulièrement, qui nourrit une vraie politique de prévention plutôt qu’un document de conformité figé.
Le suivi des arrêts longs mérite également d’être structuré. La visite de pré-reprise étant désormais possible dès 30 jours, les services RH ont intérêt à se coordonner plus tôt avec la médecine du travail pour anticiper les conditions d’un retour, plutôt que de gérer la situation en urgence après plusieurs mois d’absence.
Le calendrier des mesures déjà adoptées
1er janvier 2026 : visite de pré-reprise possible dès 30 jours d’arrêt (au lieu de 3 mois)
1er septembre 2026 : plafonnement des arrêts initiaux à 1 mois et des renouvellements à 2 mois, sous réserve de la publication du décret d’application
1er septembre 2026 : obligation pour les médecins d’indiquer le motif de l’arrêt sur les documents de contrôle médical
1er janvier 2027 : plafonnement de la durée des indemnités journalières en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle