Travail le 1er mai : ce qui change en 2026

Les fleuristes et les artisans boulangers indépendants seront autorisés à ouvrir cette année par dérogation administrative. En attendant l’examen d’un nouveau projet de loi au Parlement.

travail le 1er mai
Le 1er mai 2026, les artisans boulangers et fleuristes indépendants seront autorisés à travailler, sous conditions. © agneskantaruk / stock.adobe.com

La réforme du travail le 1er mai attendra 2027. Après une séquence parlementaire tendue, marquée par l’adoption du texte au Sénat le 3 juillet 2025, puis par son rejet à l’Assemblée nationale le 10 avril 2026, le gouvernement Lecornu a acté le report de la réforme qui devait autoriser certains commerces de proximité à ouvrir le jour de la fête du Travail.

Le 17 avril 2026, le Premier ministre a toutefois annoncé une dérogation administrative autorisant les fleuristes et artisans boulangers indépendants à ouvrir cette année, sur la base du volontariat des salariés et du paiement double. Un projet de loi spécifique à ces deux secteurs doit être présenté dans les prochains jours pour consolider juridiquement cette dérogation.

En attendant, le cadre général, lui, demeure inchangé. Les articles L3133-4 à L3133-6 du Code du travail continuent de régir la grande majorité des situations. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a justifié le report législatif par la nécessité de lever une insécurité juridique que le Parlement n’a pas su trancher.

Un régime d’exception ancré dans la loi de 1947

L’article L3133-4 du Code du travail pose un principe simple : le 1er mai est jour férié et chômé. Parmi les 11 jours fériés énumérés par le Code, le 1er mai est le seul chômé en vertu de la loi, les autres reposant sur un accord collectif ou une décision de l’employeur. Cette particularité, héritée de la loi du 30 avril 1947, consacre la dimension symbolique de la fête du Travail.

Deux règles en découlent. D’abord, l’article L3133-5 interdit toute réduction de rémunération liée au chômage du 1er mai. Les salariés rémunérés à l’heure, à la journée ou au rendement perçoivent une indemnité équivalente au salaire perdu, intégralement à la charge de l’employeur. Ensuite, le dispositif s’applique sans condition d’ancienneté, de présence ou de statut. À l’inverse, le maintien de rémunération des autres jours fériés est conditionné à trois mois d’ancienneté, en vertu de l’article L3133-3.

Depuis le 1er mars 2022 et l’entrée en vigueur du Code général de la fonction publique, l’alignement public-privé est réel. L’article L.621-9 du nouveau code renvoie expressément aux dispositions du Code du travail.

Une dérogation à géométrie variable

L’article L3133-6 prévoit l’exception pour les établissements et services dont l’activité ne peut être interrompue par nature (hôpitaux, transports, hôtellerie-restauration…). Les salariés mobilisés perçoivent alors, en plus de leur salaire habituel, une indemnité équivalente à son montant. Autrement dit, une journée travaillée payée double. Les conventions collectives peuvent aller au-delà du minimum légal. Plusieurs branches prévoient un repos compensateur en sus du doublement, ou des majorations complémentaires.

Toutefois, la loi ne précise pas le périmètre de ces établissements. La formulation, volontairement large, renvoie à l’appréciation du juge. Un arrêt de la Cour de cassation du 14 mars 2006 a mis fin à la tolérance administrative qui, depuis une circulaire de 1986, permettait de facto à certaines boulangeries d’ouvrir ce jour-là. Depuis, la Cour sanctionne régulièrement les interprétations extensives dans le commerce de détail, les services administratifs et certains secteurs de la distribution.

Un employeur qui mobiliserait des salariés en se prévalant de la dérogation, sans que son activité relève effectivement d’une continuité impérative, s’expose à une contravention de quatrième classe au titre de l’article R3135-3 du Code du travail : 750 euros d’amende par salarié illégalement employé, 1 500 euros si le salarié concerné est mineur, dont l’emploi le 1er mai est expressément interdit, même dans les établissements relevant de la dérogation L3133-6. Le conseil de prud’hommes peut être saisi en parallèle pour rappel de salaire ou dommages-intérêts.

La séquence 2025-2026 : une réforme adoptée, puis écartée

La proposition de loi portée par les sénateurs Annick Billon et Hervé Marseille, déposée le 25 avril 2025, et adoptée au Sénat à l’été 2025, a ouvert la séquence. Le texte entendait sécuriser trois familles d’établissements : les commerces de bouche de proximité (boulangeries, pâtisseries, boucheries, poissonneries), les fleuristes et jardineries, et les établissements culturels tels que cinémas et théâtres.

Adopté en procédure accélérée par le Sénat le 3 juillet 2025, le texte s’est heurté à une opposition frontale à l’Assemblée nationale plusieurs mois plus tard. L’intersyndicale a dénoncé une première brèche dans le principe d’exceptionnalité du 1er mai, évoquant le précédent du travail dominical. La CGT a particulièrement ciblé le volet culturel, craignant que de grandes enseignes tirent parti du dispositif, au-delà des artisans initialement visés.

Le 10 avril 2026, le texte a fait l’objet d’un rejet tactique : la majorité présidentielle s’est abstenue pour bloquer la trajectoire avant la commission mixte paritaire. Initialement favorable au texte, le gouvernement Lecornu a finalement renoncé à convoquer cette CMP. Report sine die, puis renvoi formel à 2027. Le 17 avril 2026, Sébastien Lecornu a toutefois annoncé une tolérance administrative d’urgence pour cette année. Les artisans boulangers et fleuristes indépendants pourront ouvrir ce 1er mai, sur la base du volontariat des salariés et du paiement double. Le dossier avance sur le plan législatif. Un projet de loi ciblé sur les boulangeries et les fleuristes sera présenté dans les prochains jours, afin de sécuriser la dérogation au-delà de la seule tolérance administrative.

Guide du recrutement 2026 : l'indispensable pour bien recruter

Des analyses et des conseils d'experts pour vous aider à prendre l’avantage face aux transformations du marché.
Voir le guide
visuel guide

Bien s’équiper pour bien recruter

Voir tous les outils