Transparence des salaires : les DRH inquiets pour le climat social

Selon une enquête de l’ANDRH, les professionnels des RH redoutent une charge de travail colossale et une multiplication des contentieux avec la transposition de la directive européenne.

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Trois entreprises sur quatre n'ont pas commencé à se mettre en conformité avec la directive sur la transparence des salaires. © insta_photos / Stock.adobe.com

Les prochains mois s’annoncent très chargés pour les professionnels des ressources humaines. Parmi les dossiers en haut de la pile, l’entrée en vigueur prochaine de la directive européenne sur la transparence des rémunérations, que la France doit transposer avant le 7 juin prochain. Mais selon une enquête de l’ANDRH*, menée auprès de 567 de ses membres, 78% des entreprises disent n’avoir pas commencé la mise en place de la politique de rémunérations que ces nouvelles règles imposent. Une démarche qui n’est de toute façon pas évidente à enclencher en l’absence d’informations claires sur le contenu du projet de loi qui doit être adopté par le Parlement français, rappelle Audrey Richard, présidente de l’ANDRH.

Pour les autres entreprises, celles qui ont déjà pris des mesures pour se conformer à la directive, 25% se sont dotées d’une grille salariale, 22% ont mis à jour leur référentiel emploi et 18% ont analysé et actualisé leurs grilles des compétences, que ce soit en interne ou dans la branche. « Ce sont des étapes essentielles qui prennent du temps et qui nécessitent un bon dialogue social », souligne Christine Caldeira, secrétaire générale de l’ANDRH.

3 grands défis pour les DRH

La transposition de la directive européenne pose trois défis aux DRH, d’après la même enquête. Parmi les entreprises qui ont déjà pris des mesures, 15% citent un risque de tensions internes, 14,5% une charge de travail accrue sur la mise en œuvre et 14% le défi culturel et managérial que pose la directive. « Le contexte est déjà socialement compliqué, on le voit dans les NAO, avec des attentes très fortes du côté des salariés sur la rémunération. Si la transparence salariale est mal expliquée et qu’il y a un mauvais pilotage au moment de la mise en place, ça peut coûter cher socialement », craint Emmanuelle Germani, vice-présidente de l’ANDRH.

Parmi les sources d’inquiétudes, le fait de devoir répondre sous deux mois aux salariés qui demanderont à connaître les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, pour les postes équivalents au leur. « Si 30% à 50% des salariés en font la demande, cela représentera une charge de travail énorme pour les RH. Il y a aussi un risque de contentieux majeur, avec une charge de la preuve qui est du côté de l’employeur. Les RH ne sont pas opposés à cette directive mais il y a de l’anxiété sur ses effets possibles », insiste Christine Caldeira.

L’ANDRH demande de la visibilité sur la mise en œuvre

Dans ce contexte, et dans l’attente du projet de loi qui doit être présenté prochainement aux partenaires sociaux par le ministère du Travail, l’ANDRH appelle à plus de visibilité. « Nous demandons un calendrier d’application étape par étape. Nous disons oui à la transposition mais pas sans méthode. Nous voulons que celle-ci ne vienne pas complexifier le droit français et qu’elle se fasse sans tension sociale », appelle de ses vœux Audrey Richard.

*enquête menée auprès de 567 membres de l’ANDRH, interrogés en ligne du 28 décembre 2025 au 2 février 2026.

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