Dans cette entreprise suédoise, l’IA gère les RH de A à Z

Un café suédois a fait le choix de confier toutes ses missions RH à l’intelligence artificielle. Avec des résultats assez contrastés.

IA andon Labs
L'IA effectue elle-même sa sélection de candidatures et mène les entretiens d'embauche avec les personnes retenues. © New Africa/stock adobe.com

Une offre d’emploi à diffuser ? Un entretien d’embauche à mener ? Une demande de congé à valider ? A l’Andon Café, ouvert récemment à Stockholm, c’est Mona qui s’en charge. Mais il n’y a aucune chance que vous croisiez cette RH couteau-suisse en chair et en os, puisqu’il s’agit d’un agent IA conçu avec Google Gemini.

A l’origine de cette initiative, Andon Labs, une start-up américaine qui teste la capacité de l’IA à gérer une entreprise sur le long terme. De la diffusion des offres d’emploi à la décision de recrutement en passant par la gestion des plannings, Mona gère non seulement tous les sujets RH, mais aussi le budget du café suédois, la construction du menu et ses approvisionnements.

« Tester cela avant que cela ne soit une réalité »

« Nous voulons tester cela avant que ce ne soit une réalité, et voir quelles questions éthiques se posent lorsque, par exemple, une IA emploie des êtres humains », justifie Hanna Petersson, membre de l’équipe technique d’Anton Labs auprès de l’AFP.

Concrètement, Mona s’est vu confier un capital de départ pour gérer son établissement. Elle a estimé qu’elle avait besoin de recruter deux employés pour assurer le service et a donc diffusé des offres d’emploi sur des jobboards, mené des entretiens d’embauche et choisi de recruter les candidats qu’elle jugeait les meilleurs. De l’aveu d’Hanna Petersson, l’IA s’en est plutôt bien sortie pour fixer un salaire et des avantages cohérents par rapport au poste à pourvoir.

En revanche, sur les sujets de gestion des plannings et des absences et sur le volet managérial, des progrès restent à faire. Mona ne respecte notamment pas le droit à la déconnexion des salariés et leur envoie des messages à toute heure du jour et de la nuit. De plus, sa gestion des présences est chaotique, car elle n’enregistre pas correctement les demandes des congés.

Une première expérience à San Francisco

Ce « couac » avait déjà été identifié par les équipes de la start-up lors d’un précédent test, dans une boutique de San Francisco : l’IA, baptisée Luna, avait recruté des vendeurs, mais s’était retrouvée, le jour de son ouverture, sans personne pour accueillir les clients. Elle avait alors précipitamment écrit à tous les salariés pour leur demander de venir travailler.

Autre écueil identifié lors de cette expérimentation aux Etats-Unis : lors des entretiens d’embauche en visio, Luna prenait l’initiative de laisser sa caméra éteinte et n’informait pas les candidats qu’elle était une IA, estimant que cela pourrait faire fuir les candidats. Un manque de transparence peu apprécié par les candidats lorsqu’ils ont découvert la véritable nature de leur interlocutrice.

Les garde-fous de l’IA Act européen

Dans un tweet, l’entreprise précise que la prise de risque est calculée, car toutes les décisions prises par l’IA sont scrutées par les équipes d’Anton Labs et que les salariés recrutés par l’IA sont employés par la start-up.

« Nous agissons ainsi car nous croyons que cet avenir est inéluctable, et nous préférons être les premiers à le mettre en œuvre, tout en surveillant chaque interaction, en analysant les traces et en évaluant le niveau d’autonomie qu’une IA peut gérer de manière responsable », indique également la start-up.

Cette vision d’une entreprise qui pourrait être entièrement gérée par une IA sans humain dans la boucle est toutefois incompatible avec la philosophie défendue par l’IA Act européen. Le texte, dont l’entrée en vigueur a été repoussée à fin 2027, prévoit en effet de systématiser la mise en place de mesures de surveillance humaine pour minimiser les dérives liées à l’utilisation des systèmes d’IA catégorisés à haut risque, dont ceux utilisés dans le cadre du recrutement font partie. Par ailleurs, les entreprises ayant recours à l’IA dans le cadre de leur processus de recrutement devront également communiquer en toute transparence auprès des candidats à quelles fins et de quelle manière ils utilisent l’IA.

 

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