6 choses que vous ne savez pas sur le salaire des recruteurs

Une étude dévoilée le 21 mai, à l’occasion du TalentLab, livre des informations inédites sur la rémunération des recruteurs en fonction de leur secteur, leur poste, leur lieu et structure d’activité et leur genre.

Arnaud Coulon et Laurent Brouat
Laurent Brouat (à g.) et Arnaud Coulon décrypte les résultats de leur enquête sur les salaires des recruteurs. © Hellowork/Photos : Les Talents Narratifs/My People Analytics

Combien gagnent les recruteurs ? Quels sont les secteurs et les structures qui les paient le mieux ? Et comment expliquer les écarts de rémunération à poste équivalent dans la profession ? Pour le savoir, Laurent Brouat, fondateur des Talents Narratifs, et Arnaud Coulon, fondateur de My People Analytics, ont croisé les résultats d’une enquête menée auprès de 800 recruteurs avec les rémunérations proposées dans 38 000 offres d’emploi.

L’étude est présentée jeudi 21 mai à l’occasion de la nouvelle édition du TalentLab, organisé par Laurent Brouat à Paris. Pour Helloworkplace, ils reviennent sur les conclusions qui les ont le plus surpris.

1. Une rémunération déterminée par le secteur plus que par la profession

En plus du bassin d’emploi (l’Ile-de-France vs les régions) et de la place dans la hiérarchie de l’entreprise, l’étude montre que le secteur d’activité est un facteur tout aussi important pour fixer la rémunération.

« Un recruteur exerçant dans n’importe quel type de structure et dans n’importe quel secteur d’activité verra les conditions de sa rémunération beaucoup plus influencées par son environnement externe que par sa profession en soi. C’est peut-être moins vrai pour d’autres professions », décrypte Arnaud Coulon.

Parmi les secteurs qui affichent le salaire de base le plus élevé, on retrouve le transport et la logistique (avec un salaire médian annuel brut à 55 000 €), le commerce et la distribution (à 47 500 €), la banque et assurance (à 48 000 €) et les éditeurs de logiciels (avec un salaire médian annuel à 45 000 € brut). A l’inverse, la rémunération fixe tourne autour de 40 000 € brut annuel dans le BTP et l’immobilier, les ESN, les entreprises spécialisées dans le recrutement et les RH, le secteur public et l’associatif.

Le secteur conditionne également la structure de la rémunération, avec une part variable bien plus importante dans le commerce et la distribution (16 690 € de variable annuel en moyenne) que dans le secteur public ou associatif (2 731 €) ou encore dans l’éducation et la formation (875 €). « On constate que le variable constitue une composante plus importante de la rémunération dans le commerce et dans la distribution, car incentiver à la réussite fait partie de la culture du secteur. C’est beaucoup moins le cas dans l’éducation, la formation ou le secteur public », commente Arnaud Coulon.

2. Un différentiel Paris/régions qui augmente drastiquement chez les profils expérimentés

Ce n’est un secret pour personne : les salaires sont plus élevés en Ile-de-France. Ceux des recruteurs franciliens affichent une surcote de l’ordre de 31 %, estime l’étude. En région parisienne, le salaire moyen fixe annuel s’élève à 51 000 € contre 36 000 € à 45 000 € dans les autres régions françaises.

Plus surprenant, les chiffres montrent que ce différentiel entre Paris et les régions s’accroît rapidement au fil de la carrière des recruteurs : « En début de carrière, cet écart est d’environ 19 %. Mais, au bout de 10-15 ans d’expérience, il grimpe à 40 % », note Laurent Brouat. A titre d’exemple, à Paris, un recruteur junior touche en moyenne 26 000 €, et un recruteur de plus de 15 ans, 67 963 €. En Nouvelle-Aquitaine, la progression salariale est moins rapide : un recruteur qui débute dans le métier gagne environ 33 000 € et un recruteur confirmé touche 57 250 € après 15 ans de carrière.

Cette tendance s’explique sans doute par une concurrence accrue dans un bassin francilien extrêmement dynamique. L’Ile-de-France concentre, en effet, 20 % des offres d’emploi RH diffusées sur hellowork.com en 2025.

3. Des recruteurs aussi bien payés dans les start-up que dans les grandes entreprises

« J’ai été surpris de voir que les salaires déclarés par les recruteurs étaient aussi élevés dans les start-up que dans les grandes entreprises. Ce phénomène rappelle le rôle stratégique des recruteurs dans les phases de croissance rapide d’une entreprise », analyse Arnaud Coulon.

Ces deux types de structures sont en effet celles qui affichent les rémunérations médianes (autour de 50 000 € annuels) et moyennes (autour de 55 000 €) les plus élevées. Viennent ensuite les PME-ETI (environ 44 000 € de médiane), les cabinets de recrutement (40 000 €), les ESN (39 500 €) , le secteur public et associatif (36 000 €) et l’intérim (29 600 €).

4. Un écart lié au genre après 5 ans d’expérience

Avec 492 femmes sur les 800 recruteurs interrogés, le panel de l’étude reflète la prédominance féminine de la fonction. Celle-ci a-t-elle une incidence sur l’égalité salariale ? Les hommes affichent un salaire moyen de 53 254 € contre 45 676 € chez les femmes. Si, en début de carrière, il existe une égalité quasi parfaite de rémunération, voire un léger avantage pour les femmes, les chiffres font apparaître un net déséquilibre au profit des hommes au bout de 5 ans d’expérience (52 849 € en moyenne contre 43 745 €). Un écart qui ne fait ensuite que se creuser au fil des ans.

« Notre première explication est que les 5 ans de carrière correspondent à l’arrivée du premier enfant et donc un congé maternité qui peut avoir un impact sur la carrière des femmes, développe Laurent Brouat. L’autre constat est que les hommes sont majoritaires aux postes les mieux rémunérés, tels que Head of Talent Acquisition, directeur de cabinet, responsable recrutement, ce qui tire la moyenne des rémunérations masculines vers le haut. On peut espérer que la loi sur la transparence des salaires réduira ces inégalités liées au genre. »

5. Des offres d’emploi pas si transparentes sur les salaires

En parallèle des enquêtes déclaratives, Laurent Brouat et Arnaud Coulon ont utilisé un outil de scraping de données pour analyser 38 000 offres d’emploi pour des postes de recruteur. Sur cet échantillon, 28 000 (73 %) affichaient un salaire maximum et 24 800 (65 %) un salaire minimum. « Le point le plus intéressant, c’est qu’en dépit de la loi sur la transparence des salaires qui se profile, 21 % de ces offres contenaient des mentions de type « salaire selon profil », « rémunération selon expérience », « salaire à négocier », qui sont des redflags absolus ! », constate Arnaud Coulon.

Autant de formules floues qui deviendront hors-la-loi dès l’entrée en vigueur de la loi sur la transparence des rémunérations, en 2027 : « On s’attend à ce que demain, les candidats puissent filtrer toutes les offres d’emploi en fonction du salaire proposé et exclure celles qui sont trop basses par rapport à leurs prétentions, prédit le fondateur de My People Analytics. Cela pourrait, à terme, faire converger les salaires affichés sur les offres d’emploi en général. Pour celles concernant les recruteurs en particulier, le vrai défi sera d’arriver à valoriser sur l’offre d’emploi le variable et la rémunération périphérique, qui est fondamental dans certains secteurs et dans certaines structures, comme les cabinets de recrutement. »

6. Un fossé entre salaire affiché et salaire déclaré

Dernier point étonnant relevé par les deux experts du recrutement : le décalage significatif entre les salaires partagés par les recruteurs et ceux mentionnés sur les offres d’emploi. Par exemple, un chargé de recrutement avec une expérience de moins de 3 ans dit gagner en moyenne 33 000 € par an, alors que les offres d’emploi visant le même type de profil proposent plutôt un salaire compris entre 22 000 et 26 000 €. « On sait que cela peut s’expliquer en partie par les augmentations au cours des trois premières années, mais cela nous semble un peu léger pour justifier une telle différence », s’interroge Arnaud Coulon.

Au total, 43 % des offres d’emploi pour des postes de recruteurs affichent un salaire de 20 000 à 30 000 € annuel, 36 % un salaire inférieur à 20 000 €, 14 % de 30 000 à 40 000 €, 3 % de 40 000 à 50 000 €, 3 % de 50 000 à 70 000 €, moins de 1 % de 70 000 à 90 000 € et moins de 1 % plus de 90 000 €.

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