Les entreprises confrontées au silence des salariés aidants
Selon un sondage de l’agence How Much, 6 salariés aidants sur 10 n’informent ni leur manager, ni les RH de leur situation.
Un salarié sur cinq aide régulièrement un proche dépendant, malade ou en perte d’autonomie. Mais dans l’immense majorité des cas, l’entreprise n’en sait rien, indique un sondage mené par l’agence How Much*, publié le 16 février. Le paradoxe est saisissant : alors que l’aidance concerne environ 5 millions de salariés en France, le sujet reste largement invisible dans les organisations.
Une réalité sous-estimée
Les chiffres posent d’emblée l’ampleur du phénomène. Selon l’enquête, 22% des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche au cours des 12 derniers mois, dont 18% sont encore en situation d’aidance actuellement. Rapporté à la population active, ce ratio confirme les estimations de l’Observatoire OCIRP sur les salariés aidants : environ 7% des Français, soit près de 5 millions de salariés, cumulent activité professionnelle et accompagnement d’un parent, d’un conjoint ou encore d’un enfant en situation de dépendance.
Loin d’être ponctuelle, cette charge s’avère souvent conséquente. En attestent les chiffres sur le nombre d’heures par semaine que consacrent ces personnes à l’aidance.
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À cette réalité s’ajoute un phénomène générationnel bien identifié : la « génération sandwich ». Parmi les aidants concernés, 36% ont également des enfants à charge. Cette double contrainte familiale pèse sur l’organisation du quotidien et, par ricochet, sur la disponibilité professionnelle.
Un silence organisé ?
Le constat le plus frappant de l’enquête tient sans doute à ce chiffre : 61% des salariés aidants n’ont informé personne dans leur entreprise de leur situation. Ni leur manager, ni les ressources humaines. Seuls 13% ont signalé leur rôle d’aidant aux deux interlocuteurs, 19% uniquement à leur manager, et 5% aux seuls RH.
Ce silence n’est pas le fruit du hasard. Les raisons invoquées dessinent un faisceau de freins à la fois personnels, culturels et organisationnels :
- la volonté de préserver une frontière entre vie professionnelle et vie personnelle (pour 34%) ;
- l’ignorance de l’existence de dispositifs d’accompagnement en entreprise (28%) ;
- le fait de ne pas se sentir légitime ou de ne pas se considérer comme aidant (24%) ;
- le fait de ne pas savoir que l’aidance peut être reconnue par l’employeur (21%).
Au-delà de ces éléments, c’est un frein réputationnel qui émerge avec force :
- 25% redoutent que leur situation nuise à leur carrière ;
- 23% craignent d’être jugés ou incompris ;
- 19% appréhendent d’être perçus comme moins fiables ou moins disponibles.
Autant de signaux qui révèlent un climat de méfiance latente, où la déclaration est perçue comme un risque plutôt que comme une protection.
Des répercussions professionnelles bien réelles
Ce silence ne signifie pas absence d’impact. L’enquête montre que l’aidance pèse concrètement sur l’activité professionnelle d’une majorité de salariés concernés. La dimension financière n’est pas en reste : 57% des aidants déclarent avoir engagé des dépenses personnelles liées à l’accompagnement de leur proche, dont 21% les qualifient de significatives.
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Reste qu’une part non négligeable des répondants (38%) affirme n’avoir subi aucun impact notable sur son activité professionnelle. Une donnée qui suggère une réalité polarisée : d’un côté, des salariés qui absorbent la charge sans répercussion visible ; de l’autre, une majorité qui compose au quotidien avec des ajustements concrets, souvent dans l’ombre.
Une attente massive de solutions concrètes
Le paradoxe central de l’enquête réside dans l’écart entre ce silence majoritaire et l’attente, elle aussi massive, d’un cadre formel. À la question de savoir si leur entreprise devrait mettre en place un « accord aidants », 81% des salariés concernés répondent par l’affirmative, dont 46% de façon catégorique.
Parmi les mesures plébiscitées, les salariés interrogés privilégient la souplesse immédiate.
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Ce que révèle cette hiérarchie, c’est une demande de flexibilité opérationnelle avant tout. Les salariés aidants n’attendent pas nécessairement des dispositifs lourds ou coûteux, mais un cadre clair, protecteur et activable sans délai. Un signal fort pour les directions des ressources humaines. L’enjeu n’est pas tant de créer de nouveaux avantages que de formaliser des marges de manœuvre déjà souvent tolérées de façon informelle.
Un enjeu de performance durable
Pour les entreprises, l’aidance ne peut plus être traitée comme un sujet strictement privé. Les chiffres du sondage How Much rappellent qu’il s’agit d’un enjeu d’organisation du travail, de prévention de l’usure professionnelle et, in fine, de performance durable. Car derrière le silence des salariés aidants se cache souvent un risque de décrochage : absences répétées, désengagement progressif, voire départ anticipé.
Formaliser un accord aidants, c’est d’abord poser un cadre lisible et confidentiel, qui permette aux collaborateurs concernés de se signaler sans crainte. C’est aussi un levier de fidélisation dans un contexte où les tensions sur le marché de l’emploi rendent la rétention des talents plus stratégique que jamais.
*Méthodologie : sondage réalisée par l’agence hoW Much du 29 janvier au 6 février 2026 auprès de 3 204 personnes, sur le panel BuzzPress France. Échantillon constitué selon la méthode des quotas (sexe, âge, région, taille d’agglomération), avec sur-échantillonnage des aidants et des managers/dirigeants. Résultats pondérés pour assurer la représentativité.