DRH et salariés ne lisent pas l’impact de l’IA de la même façon

IBM a interrogé séparément dirigeants et salariés sur l’IA au travail. Les deux populations divergent notamment sur les compétences à développer et sur le ressenti des équipes.

DRH et salariés ne lisent pas l’impact de l’IA de la même façon étude IBM
Zoom sur les différentes d'interprétation entre DRH et salariés, sur l'impact de l'IA au quotidien. © fotofabrika / stock.adobe.com

La perception de l’impact de l’IA au travail n’est pas la même pour toutes et tous, elle diffère notamment selon que l’on dirige ou qu’on l’utilise au quotidien. C’est ce que révèle l’étude Chief Human Resource Officers (CHRO)* de l’IBM Institute for Business Value, publiée le 21 septembre et consacrée cette année à la place des DRH dans la transformation par l’IA. Les mêmes thèmes ont été soumis de part et d’autre, ce qui permet de mesurer les écarts de perception.

Un désaccord sur les compétences à développer en priorité

12 compétences ont été soumises aux deux populations, avec la même question : lesquelles sont les plus importantes à l’ère de l’IA ? L’écart le plus important porte sur la capacité à superviser un résultat produit par l’IA, à le relire, à valider ce qui est juste et à corriger ce qui ne l’est pas. En effet, 71 % des dirigeants la citent comme essentielle, contre 38 % des salariés. Chez les dirigeants français, le chiffre monte à 84 %.

Deux autres compétences font apparaître des écarts marqués :

  • Repérer un cas où l’IA se trompe, une candidature écartée à tort par exemple, et savoir à qui remonter le problème : 32 % des dirigeants la citent, contre 14 % des salariés, soit plus de deux fois moins ;
  • Trancher avec des informations incomplètes : 48 % côté dirigeants contre 29 % pour les salariés.

L’écart se resserre en revanche sur la pensée critique et la capacité à bien poser un problème, deux compétences que chaque partie place presque au même niveau, à 57 % pour les dirigeants et 49 % pour les salariés.

Aussi, un item s’inverse, à savoir la capacité à s’approprier de nouveaux usages, citée comme importante pour 36 % des salariés, contre 25 % des dirigeants. Les salariés se voient donc en utilisateurs qui doivent apprendre à se servir de l’outil, quand les dirigeants semblent attendre d’eux qu’ils le surveillent.

Les dirigeants surestiment les inquiétudes de leurs équipes

Dans un autre volet de son étude, IBM a comparé ce que les salariés déclarent ressentir face à l’IA et ce que les dirigeants pensent qu’ils ressentent :

  • 82 % des salariés se déclarent libres de contester un résultat généré par l’IA qu’ils jugent faux, mais seuls 59 % des dirigeants pensent que leurs salariés s’en sentent capables ;
  • 81 % des salariés se disent en sécurité dans leur emploi malgré les changements en cours, tandis que 55 % des dirigeants pensent que leurs salariés se sentent en sécurité ;
  • 72 % des salariés jugent leur manager prêt à piloter une équipe qui travaille avec des agents IA, mais seuls 66 % des dirigeants pensent que leurs salariés ont confiance dans leur manager sur ce point.

À chaque fois, les salariés se déclarent plus à l’aise et plus confiants que ce que les dirigeants imaginent.

Au-delà des divergences, une pression qui s’installe

80 % des dirigeants dans le monde, et 79 % en France, reconnaissent que l’IA crée un travail invisible : vérifier ses résultats, corriger ses erreurs, lui apporter le contexte qui lui manque. Côté salariés, 42 % déclarent que l’IA alourdit leur charge de travail ou que celle-ci n’est pas reconnue à sa juste valeur. S’y ajoute la question de la responsabilité, alors que 43 % des salariés dans le monde, 35 % en France, estiment qu’on leur fait porter la faute quand l’IA se trompe. Pourtant, lorsque le DRH partage la responsabilité des décisions qui doivent rester pilotées par l’humain, 76 % des entreprises rapportent des salariés en confiance pour remettre en question ou passer outre une recommandation de l’IA, contre 43 % lorsque les RH jouent un simple rôle consultatif.

36 % des DRH le reconnaissent, ce manque de clarté sur la responsabilité complique le déploiement de l’IA au sein de leur entreprise. Le pilotage du sujet reste en effet peu structuré : seuls 28 % des DRH dans le monde, 23 % en France, disposent d’une feuille de route commune avec la DSI.

* Étude CHRO 2026, IBM Institute for Business Value avec Oxford Economics, publiée le 21 septembre 2026. 1 500 DRH interrogés d’avril à juin 2026 (21 zones géographiques, dont 90 en France), 8 800 salariés interrogés en juin 2026 avec SurveyMonkey (28 pays, dont 200 en France).

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