Ces leçons que Didier Deschamps souffle aux recruteurs et aux RH

À l’occasion de sa dernière Coupe du monde en tant que sélectionneur de l’Équipe de France, Didier Deschamps livre, sans le savoir, des conseils utiles aux recruteurs et aux RH.

Ces leçons que Didier Deschamps souffle aux recruteurs et RH
Et allez les Bleus ! © Melinda Nagy / stock.adobe.com

11 ans sur le terrain et 103 sélections en tant que joueur, 14 ans sur le banc en tant que sélectionneur, telle est la longévité de Didier Deschamps avec l’Équipe de France de foot. Il y a quelques jours, L’Équipe révélait même que 30 % des matchs de toute l’histoire des Bleus se sont joués avec lui, comme joueur ou comme sélectionneur.

Cet été, notre « Dédé » national dispute sa dernière Coupe du monde sur le banc. L’occasion d’une analogie entre son métier et le vôtre. Car sélectionner les Bleus, au fond, c’est choisir 26 profils dans un vivier immense, les faire tenir ensemble et assumer chaque arbitrage en public. Autrement dit, l’homme passe ses journées à recruter, intégrer et manager.

Leçon n°1 : recruter pour servir un collectif

Au Mondial 2022, un journaliste demande à Deschamps si laisser sa star sur le banc ne risque pas de froisser son ego. Réponse cinglante de ce dernier : « Kylian Mbappé n’a pas d’ego. » Aussi décisif soit-il, précise le sélectionneur, l’attaquant s’est toujours inscrit dans un cadre collectif.

La leçon vaut pour le recrutement. Le candidat le plus brillant sur le papier peut pourtant fragiliser une équipe s’il n’y trouve sa place. Les compétences comportementales et la capacité à coopérer méritent autant d’attention, en entretien, que l’expertise technique. On recrute une pièce d’un puzzle, non pas une vedette isolée.

Leçon n°2 : le succès d’hier ne garantit pas celui de demain

À la veille de la Coupe du monde 2022, champion du monde en titre, Deschamps refuse de se reposer sur le sacre précédent. « Le succès a tendance à effacer beaucoup de choses », prévient-il, avant d’ajouter que son équipe repart d’une « page blanche ».

Un parcours prestigieux ne garantit jamais la performance future. De la même façon, une campagne de recrutement réussie l’an dernier ne dispense pas de tout réinterroger demain. Le marché bouge, ainsi que les attentes des candidats. Requestionner ses pratiques régulièrement permet de refuser le danger du pilotage automatique.

Leçon n°3 : parier sur un profil atypique

N’Golo Kanté avait disparu des radars après le Mondial 2022, où il était forfait. S’en sont suivis près de deux ans sans sélection, durant lesquels il a évolué en Arabie saoudite, un championnat rangé par beaucoup parmi les voies de garage. Mais Deschamps, lui, a continué de le suivre, avant de le rappeler pour l’Euro 2024. Aujourd’hui, le milieu de 35 ans embarque pour sa dernière Coupe du monde. Pour justifier ses choix, le sélectionneur a simplement déclaré que « l’équipe de France sera plus forte avec lui. »

Kanté incarne le parcours atypique : repéré tardivement, longtemps jugé trop discret, passé par des clubs modestes, avant de tout gagner. Ces profils sont les premiers que les processus de tri écartent. Mais un parcours non linéaire raconte aussi une vraie capacité d’adaptation. Cela demande toutefois d’apprendre à regarder la substance plutôt que les apparences.

Leçon n°4 : respecter et ne pas sous-estimer l’autre

Avant d’entrer dans la compétition face au Sénégal, Deschamps refusait toute décontraction. Pour cause, si les Bleus partaient favoris, ces mêmes Lions restent l’une des meilleures équipes du continent africain. En conférence de presse, Deschamps a salué la valeur de son adversaire sans détour : « C’est un adversaire de très haut niveau. »

L’enseignement déborde du terrain. Sur le marché de l’emploi aussi, le mépris ou l’excès de confiance peut coûter cher. Sous-estimer un concurrent qui vise les mêmes profils peut vous faire perdre les meilleurs d’entre eux ; traiter un candidat avec désinvolture risque d’abîmer l’image de votre entreprise. Soignez chaque échange, motivez chaque refus. Un candidat écarté aujourd’hui parlera de votre entreprise demain, et postulera peut-être de nouveau l’an prochain.

Leçon n°5 : assumer ses choix et ses responsabilités

À l’automne 2024, après une défaite à domicile contre l’Italie et des appels répétés à son départ, Deschamps ne s’est pas dérobé. « Les critiques font partie de ma fonction », avait-il déclaré. Toute décision, de composition par exemple, lui appartient. Il la défend, il en répond.

Le parallèle parle à tout hiring manager. Choisir un profil plutôt qu’un autre, c’est accepter d’être challengé sur sa décision, en interne comme dans les résultats. Mieux vaut la transparence sur les critères et le courage d’assumer qu’une dilution des responsabilités. Recruter, c’est trancher, et trancher, c’est s’exposer.

Leçon n°6 : savoir s’adapter quand le plan ne fonctionne pas

Mardi 16 juin 2026, la France a livré face au Sénégal une première période indigente. Deschamps avait pourtant reconduit le onze séduisant de la préparation, avec Olise à droite et Dembélé dans l’axe. Constatant l’enlisement, il inverse les deux hommes à la mi-temps. Olise réintègre l’axe, son poste naturel. L’équipe se métamorphose et s’impose 3-1. Le réajustement, de son propre aveu, « a changé pas mal de choses ».

Ce geste dit deux choses. D’abord, un dispositif validé en amont peut finalement échouer en situation réelle. Mieux vaut le corriger vite que s’entêter. Ensuite, un profil qui déçoit n’est pas toujours en cause. Mal placé, Olise s’effaçait ; replacé là où ses qualités s’expriment, il a tout débloqué. Avant de conclure à une erreur de casting, vérifiez que la personne est à la bonne place.

Leçon n°7 : protéger ses éléments de l’usure inutile

Pour ce Mondial 2026, Deschamps hérite d’un groupe entamé. Plusieurs de ses joueurs arrivent épuisés, à peine quelques semaines après une finale de Ligue des champions disputée par le PSG jusqu’aux tirs au but. Sa ligne de conduite tient en une phrase : « Je suis là pour protéger les joueurs », a-t-il déclaré. À la veille de France-Sénégal, il dispense ainsi Mbappé de conférence de presse, pour lui épargner 2 heures de trajet sous une chaleur écrasante, à 24 heures du coup d’envoi.

Le principe se transpose sans peine. Vos collaborateurs les plus sollicités sont aussi les plus exposés à l’épuisement. Doser leur charge, les décharger des tâches superflues ou encore préserver leurs temps de récupération, tel est ce qui leur permet de tenir dans la durée. Un élément épuisé ne se remplace pas d’un claquement de doigts, sur un terrain, comme dans un open space.

Leçon n°8 : tenir un groupe ne s’externalise pas

Si Deschamps reste l’entraîneur français le plus durable, ce n’est pas pour ses schémas tactiques. C’est davantage pour cette compétence rare que ses joueurs, anciens et actuels, lui reconnaissent, celle de savoir tenir un vestiaire.

Cette compétence, aucun logiciel de recrutement ne la remplace. Les outils trient les candidatures, accélèrent le sourcing, fluidifient le process… Rassembler et fédérer des individualités en une équipe qui gagne reste, lui, un métier d’humain.

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