L’ « antifragile worker » : ce salarié qui sait tirer profit des chocs

Le mot RH de la semaine. Cécile Padieu, experte en recrutement au Mercato de l’Emploi, nous parle de ce profil de collaborateur particulièrement recherché par les entreprises.

antifragile worker
« Le contexte anxiogène n’a pas de prise sur l’antifragile worker qui recherche constamment le dépassement. » © tiero/stock adobe.com

« Dans le contexte économique actuel marqué par l’incertitude et l’explosion de l’IA, les entreprises cherchent désespérément des collaborateurs capables non seulement de résister aux chocs, mais surtout d’en tirer profit… »

« Même pas peur ! »

« Les bouleversements de notre économie, associés aux craintes liées à la sécurité de l’emploi et au stress, exacerbent l’anxiété et l’épuisement professionnel chez les salariés. Pourtant, ce contexte anxiogène n’a pas de prise sur l’antifragile worker qui recherche constamment le dépassement. Voilà en quelques mots le concept d’antifragile worker, théorisé par Nassim Nicholas Taleb, dans son ouvrage Antifragile : Les bienfaits du désordre. Contrairement au travailleur traditionnel, qui subit les crises, ou au résilient, qui les encaisse, l’antifragile worker prospère grâce aux turbulences. Il transforme chaque disruption en opportunité d’apprentissage et de croissance, devenant ainsi un atout stratégique inestimable pour l’organisation. »

Antifragilité vs résilience : une distinction fondamentale

« La confusion entre résilience et antifragilité est courante mais coûteuse. Le collaborateur résilient absorbe les chocs et revient à son état initial – précieux certes, mais limité. L’antifragile worker, lui, utilise le stress comme catalyseur d’amélioration.

L’IA peut être considéré comme une menace qui peut remplacer certains postes. L’antifragile worker va s’approprier la technologie, anticiper son arrivée et voir comment elle peut améliorer son travail et le rendre plus productif. Dans le cas d’une restructuration, le résilient s’adapte et maintient sa performance ; l’antifragile y voit l’occasion de développer de nouvelles compétences, d’élargir son réseau et de redéfinir son rôle à plus forte valeur ajoutée. Cette distinction change tout dans l’approche RH. »

Comment cultiver l’antifragilité ?

« L’échec n’est pas une fin en soi, mais un levier de croissance. C’est en cultivant une approche « antifragile » que les entreprises peuvent transformer les incertitudes et les revers en opportunités de développement. Pour y parvenir, il est essentiel de mettre en place une stratégie en plusieurs points, en commençant par la formation par l’exposition contrôlée. L’idée est de créer des environnements d’apprentissage où les collaborateurs peuvent expérimenter et échouer en toute sécurité, sans craindre de conséquences négatives. Les hackathons internes, les projets pilotes ou encore les rotations de postes sont d’excellents outils pour forger cette résilience. »

« En parallèle, il faut récompenser l’innovation issue de l’adversité. Il ne s’agit pas seulement de saluer le succès, mais de valoriser les apprentissages tirés des difficultés. En mettant en place des systèmes de reconnaissance, les entreprises encouragent ceux qui parviennent à transformer les contraintes en opportunités. Pour que les collaborateurs puissent réellement faire preuve d’antifragilité, il est crucial de développer leur autonomie décisionnelle. L’antifragilité nécessite de la marge de manœuvre. Une plus grande délégation des responsabilités, la création d’espaces de liberté créative et l’encouragement de la prise d’initiative, même face à l’incertitude, sont des pratiques essentielles pour y parvenir. »

« Enfin, les entreprises doivent construire des réseaux d’apprentissage. En favorisant les échanges transversaux, le mentorat inversé et les communautés de pratique, les entreprises donnent aux collaborateurs l’occasion de se nourrir de la diversité des perspectives et des expériences, ce qui est primordial pour les travailleurs “antifragiles”. »

Agir sur l’environnement de travail

« Pour créer des espaces de travail “antifragiles”, les entreprises doivent reconnaître le lien entre bien-être et productivité. Les RH doivent repenser les lieux de travail afin d’aider les générations actuelles et futures de collaborateurs à s’épanouir dans un monde en rapide évolution. Cela implique notamment de s’intéresser aux facteurs sociaux et structurels qui altèrent la santé mentale au travail : équilibre vie pro-vie perso, management de proximité, respect du cadre légal de l’organisation du travail… »

Comment recruter ces profils ?

« La détection des personnes anti-fragiles peut être réalisée au cours de l’entretien à travers des tests pour mesurer le degré de résistance et la créativité d’un candidat. En lui exposant son futur cadre de travail, le candidat peut se projeter et anticiper les défis à surmonter. L‘antifragile worker n’est pas qu’une simple tendance RH, il représente une évolution naturelle du “capital humain” face à l’incertitude de notre époque. Les entreprises qui sauront identifier, cultiver et retenir ces profils bénéficieront d’un avantage concurrentiel durable. Dans un monde où la seule constante est le bouleversement, ceux qui en tirent leur force dessinent l’avenir du travail. »

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