Vacances illimitées pour vos collaborateurs : est-ce vraiment une bonne idée ?

De plus en plus d’entreprises françaises proposent à leurs salariés de prendre autant de congés qu’ils le souhaitent pour favoriser leur épanouissement et fidéliser leurs talents. Mais cette formule ne présente pas que des avantages.

Les bénéfices de vacances illimitées dépendent fortement de l'environnement de travail du salarié.
Les bénéfices de vacances illimitées dépendent fortement de l'environnement de travail du salarié. © Artinum/stock adobe.com

Prendre autant de congés dans l’année que vous le souhaitez ? Ce n’est pas une utopie mais bien une tendance qui séduit de plus en plus d’entreprises françaises, principalement des start up. Comme souvent, cette initiative a vu le jour dans la Silicon Valley, au coeur d’entreprises comme Buffer ou Netflix, l’idée étant d’inciter les salariés à prendre des vacances, dans un pays où il n’y a pas de définition légale des congés payés.

A la différence des actifs américains, les salariés français disposent de cinq semaines de congés payés prévues par le droit du travail. Dans les entreprises de l’Hexagone, cette formule est donc davantage utilisée pour améliorer la qualité de vie au travail de ses collaborateurs, que ce soit pour récupérer après une période de travail intense ou pour raisons personnelles (garde d’enfants, déménagement, visite médicale…), et pour soigner sa marque employeur.

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« Prendre suffisamment de congés pour être en forme et heureux dans son job »

La start up Alan, spécialisée dans le secteur de l’assurance, figure parmi les pionniers français des vacances à volonté. Les collaborateurs inscrivent leurs congés sur un calendrier partagé et n’ont pas besoin de l’aval de leurs manager ou de leur service RH. « Nous incitons les salariés à prendre suffisamment de congés pour être en forme et heureux dans leur job », souligne Jean-Charles Samuelian, PDG de l’entreprise.

En région lyonnaise, une société d’édition de logiciel de gestion, Anikop propose également à sa trentaine de salariés de prendre autant de congés qu’ils le souhaitent. Seule condition : que cette absence ne mette pas en péril les projets de l’entreprise.

L’entreprise PopChef, spécialisée dans la livraison de repas gastronomiques en entreprise, a aussi fait sienne cette philosophie : « Dans notre start-up, on a voulu remplacer la culture des horaires par la culture des résultats. Si un salarié a atteint les objectifs qui lui étaient fixés, alors tant mieux s’il peut partir en vacances et se reposer », résume François Raynaud de Fitte, co-fondateur de la start up.

De son côté, le site web de formation en ligne OpenClassrooms va même jusqu’à verser une prime de 1 000 € à ses collaborateurs qui prennent plus de 3 semaines de vacances d’affilée, pour les encourager à prendre des vacances suffisamment récupératrices.

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Une liberté source d’abus ?

On pourrait croire que le nombre de jours de congés pris par les salariés a explosé dans ces entreprise mais il n’en est rien. Tous s’accordent pour dire que leurs collaborateurs n’abusent pas de cette liberté, puisqu’ils ne prennent que deux à cinq jours de congés de plus que la moyenne des Français : 33 jours par an selon les données de la Dares.

Les bons côtés des vacances illimitées

Les employeurs ayant mis en place cette politique ont pu en mesurer les bienfaits. Notamment via des données quantitatives telles que la réduction du turnover et du taux d’absentéisme ou l’amélioration des performances économiques de leur entreprise.

Mais cette initiative s’est surtout soldée par une amélioration de la qualité de vie au travail. Les collaborateurs se sentent davantage responsabilisés, autonomes, pris en considération, et donc heureux de venir travailler. De l’aveu de ceux qui l’ont testée, cette option permet aussi de renforcer la motivation des salariés et la cohésion des équipes.

Elle véhicule également une image très positive aux yeux des candidats, véritable facteur d’attractivité. Car une entreprise qui accorde des congés illimités est une entreprise qui fait confiance à ses collaborateurs.

Le revers de la médaille

Ce dispositif peut, en revanche, avoir un effet contre-productif, constate Lætitia Vitaud, spécialiste des questions sur l’avenir du travail et du management, dans les colonnes du Figaro : « Quand les congés sont à la libre initiative de l’employé, il n’en prend pas. Il a tendance à en faire trop quand il n’a pas de cadre légal de protection. » Et c’est là que peuvent apparaître des signes de surmenage ou de burn out auxquels les employeurs doivent prêter attention.

Selon la psychologue clinicienne du travail Catherine Mieg, interrogée par Les Echos, les bénéfices de ces vacances à volonté dépendent fortement de l’environnement de travail du salarié : « Si l’entreprise lui dit ‘tu peux partir quand tu veux’ mais qu’elle lui fixe des objectifs inatteignables, c’est une injonction paradoxale, le salarié se trouve dans une situation intenable ! Il ne peut pas en même temps prendre des congés et en même temps s’investir plus que raisonnablement pour réaliser ce qu’on lui demande. »

Ainsi, dans une équipe où la concurrence entre salariés est rude, en raison d’objectifs individuels à atteindre, le collaborateur se sentira sans doute moins autorisé à poser des congés par crainte de créer des tensions. A l’inverse, dans les équipes où règne la solidarité, les salariés seront certainement plus enclins à prendre des jours de vacances supplémentaires en bonne intelligence avec leurs collègues.

Autre frein possible : l’image que les salariés pensent renvoyer à leurs supérieurs. Dans une culture française marquée par le présentéisme, certains collaborateurs peuvent craindre qu’un nombre trop élevé de jours de repos passe pour de la paresse ou de la fainéantise aux yeux de leurs managers. « Si les managers évaluent leurs collaborateurs davantage sur leurs résultats que sur le temps passé au travail, alors la prise de congés peut être déterminée librement par les salariés, autonomes sur la manière de réaliser leurs objectifs », conclut Catherine Mieg.

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

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