Le « skills-based hiring » : les compétences au-delà du parcours
Le mot RH de la semaine. Laetitia Vesperini, consultante en recrutement chez Achil, revient sur cette nouvelle approche dans la sélection des candidats qui gagne de plus en plus d’entreprises.
« De nos jours, les acteurs du recrutement ne peuvent plus se contenter d’évaluer des diplômes ou des parcours linéaires. Face à la pénurie des talents, à la transformation des métiers et à l’évolution des attentes des clients, une approche s’impose progressivement : le skills-based hiring, qui s’inscrit dans la mouvance plus globale de skills-based organization. »
Les compétences au cœur du processus de recrutement
« Le skills-based hiring (ou recrutement basé sur les compétences) consiste à placer les compétences réelles d’un candidat au cœur du processus de sélection. Il s’agit de recruter une personne pour ce qu’elle sait faire (savoir-faire), la manière dont elle se comporte (savoir-être), ainsi que sa capacité à s’adapter et à apprendre, plutôt que principalement pour son diplôme, son école ou son nombre d’années d’expérience dans un secteur spécifique. Le diplôme devient un indicateur parmi d’autres, et non plus le critère déterminant (à l’exception de certaines professions réglementées). Dans les métiers de services comme l’hôtellerie, cette logique prend une dimension d’autant plus importante que l’expérience client repose particulièrement sur des compétences relationnelles et comportementales. »
À quels enjeux RH le skills-based hiring répond-il ?
La pénurie de profils « parfaits »
« Dans l’hôtellerie, les établissements recherchent souvent des candidats ayant déjà exercé exactement le même poste, avec le même niveau de standing et un parcours plutôt homogène. Or ces profils deviennent rares, sont parfois déjà en poste et de plus en plus mobiles. Limiter le recrutement à ce modèle revient à réduire fortement le vivier de talents. »
La transformation des métiers
« Les métiers n’ont jamais évolué aussi rapidement : le réceptionniste devient un ambassadeur et un commercial ; le spa manager doit piloter à la fois la performance financière et l’expérience client ; les équipes doivent intégrer des compétences digitales et relationnelles accrues. Les fonctions sont désormais hybrides et les compétences transversales (adaptabilité, communication, leadership, intelligence émotionnelle) prennent le dessus sur une spécialisation plus rigide. »
L’évolution des attentes des clients
« Les clients recherchent davantage que le simple respect d’un standard. Ils attendent de l’authenticité (une qualité relationnelle sincère) et de la fluidité (une certaine polyvalence). Or, ces éléments reposent davantage sur les compétences humaines que sur les titres académiques. »
La fidélisation des équipes
« Un recrutement centré uniquement sur le diplôme peut générer des décalages entre les attentes du poste et la réalité opérationnelle. À l’inverse, évaluer la capacité réelle à performer et à évoluer favorise un meilleur engagement et une réduction potentielle de turnover dans les équipes. »
3 conseils pour intégrer le skills-based hiring à vos pratiques
« Adopter cette approche ne signifie pas abaisser votre niveau d’exigence, mais structurer autrement l’évaluation. »
1. Identifier précisément les compétences clés
« Clarifier les priorités minimise les risques d’erreur. Avant même de publier une offre, distinguez :
- les compétences indispensables ;
- les compétences souhaitables ;
- les compétences complémentaires pouvant être acquises en interne. »
« Dans un hôtel, par exemple, la maîtrise d’un logiciel peut s’apprendre. En revanche, la gestion d’un client mécontent sous pression constitue une compétence émotionnelle indispensable relevant du savoir-être. »
2. Adapter les méthodes d’évaluation
« Les entretiens d’embauche doivent intégrer des questions comportementales et de situation pour pouvoir évaluer, de manière suffisamment fine, les compétences de la candidate ou du candidat. Vous pouvez lui demander de raconter une situation où il a dû gérer un client difficile. Ou bien d’expliquer comment il a géré la réorganisation d’une équipe face à un imprévu majeur. Des mises en situation ou études de cas peuvent également permettre d’observer les compétences en action. L’objectif est de mesurer la capacité réelle à agir et non uniquement la capacité à raconter son parcours. »
3. Renforcer l’intégration et la formation interne
« Le skills-based hiring suppose d’accepter que certaines compétences techniques soient consolidées après l’embauche. Mais cela implique :
- un parcours d’intégration structuré
- un accompagnement managérial renforcé
- une formation continue adaptée. »
« L’entreprise doit être prête à investir dans la montée en compétences et le maintien de l’exigence doit se faire autrement. Dans les métiers de services, et particulièrement en hôtellerie et spa, l’excellence ne se limite pas à l’application d’un protocole. Elle repose sur la capacité à incarner les standards requis. »
« Recruter par les compétences ne signifie pas choisir “au feeling”. Cela signifie évaluer de manière plus précise la posture professionnelle, la maturité, la capacité d’apprentissage, la cohérence entre la personne, ses valeurs et la culture de l’entreprise. »
« En 2026, le véritable enjeu n’est plus seulement de trouver le candidat au parcours parfait, mais d’identifier le professionnel capable de s’adapter et d’être performant dans un environnement exigeant et évolutif. Le skills-based hiring n’est pas une tendance passagère. Il reflète une adaptation stratégique à un marché du travail en pleine mutation. »