5 idées reçues sur le rapport des jeunes au travail
Les 15-29 ans ne sont pas toujours comme on les pense, selon une enquête réalisée par Elabe pour le Cercle des économistes.
On les dit désengagés, difficiles à manager, obsédés par le bien-être au travail… Une entreprise suisse s’est même récemment attiré les foudres des réseaux sociaux en affirmant explicitement qu’elle ne voulait pas recruter de candidats issus de la Gen Z. Et pourtant, les 15-29 ans sont loin de ressembler à la caricature qu’on fait d’eux, à en croire une vaste enquête* réalisée par Elabe pour le Cercle des économistes.
Menée auprès de 5 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans, celle-ci bouscule les idées reçues sur la jeunesse. « Loin d’une « génération de la flemme », elle révèle des jeunes ancrés dans le réel, attachés au travail et en quête d’impact », résume le Cercle des économistes. Retour sur cinq idées reçues sur le rapport des jeunes au travail, que cette étude déconstruit.
Ils ne sont pas pressés d’entrer dans la vie active
Dans les années 2000, on parlait d’une génération Tanguy, en référence au film d’Etienne Chatiliez dans lequel un jeune homme de 28 ans tardait à quitter le confort du domicile familial. 20 ans plus tard, les difficultés des jeunes à s’insérer sur le marché du travail pourraient pousser un certain nombre d’entre eux à rester au chaud chez papa-maman et à prolonger leurs études en attendant des jours meilleurs.
Pourtant, malgré le contexte et les incertitudes qui pèsent sur leur insertion professionnelle, les 15-29 ans considèrent le travail comme la clé de leur passage à l’âge adulte. 83% jugent le travail comme un moyen de gagner sa vie et d’être indépendant. Une indépendance non seulement financière mais aussi immatérielle puisque, pour eux, le travail reste aussi synonyme de responsabilité et d’autonomie.
Ils savent que leur entrée sur le marché du travail ne sera pas facile pour autant. 56% parlent d’ « une étape difficile à réaliser », 51% d’ « une étape angoissante », un stress qui s’accroit davantage chez ceux qui ont du mal à boucler leur fin de mois. Malgré cela, une majorité (54%) a conscience qu’il s’agit d’une étape déterminante pour le reste de leur vie.
Ils savent ce qu’ils veulent (et ce qu’ils ne veulent pas)
On dit la génération Z déterminée, sûre d’elle, avec des idées bien arrêtées. Et pourtant, face à l’étendue des possibilités dans le monde professionnel, un jeune sur deux cherche encore ce qui lui plairait vraiment.
« Tout n’est pas cassé dans l’ascenseur social car, peu importe leur milieu, les jeunes grandissent encore majoritairement avec l’idée qu’ils sont libres de choisir leur voie, plutôt que de devoir faire ce que l’on attend d’eux. Cette liberté de choix et ce désir de suivre ses passions peut s’avérer à double tranchant, car ils s’accompagnent d’un questionnement plus long sur la voie à suivre », indique le Cercle des économistes dans son étude.
Ils ne sont pas adaptés au monde de l’entreprise
Malgré la formation reçue en école ou à l’université, et en dépit des stages obligatoires, difficile d’être en parfaite adéquation avec le monde professionnel dès qu’on y entre. Pourtant, 6 jeunes actifs sur 10 disent avoir eu une expérience globalement positive de leur premier poste, un chiffre plus marqué chez les plus diplômés (68%) et chez les plus âgés (63% des 25-29 ans contre 54% des 20-24 ans). Dans le même temps, un tiers des jeunes actifs (37%) dit avoir vécu sa première expérience professionnelle comme une « vraie déception ».
Beaucoup relèvent une bonne adéquation entre formation et emploi, un élément qui facilite l’intégration professionnelle. 62% des jeunes disent que leurs études les avaient bien préparés à leur métier. Pour autant, le risque de surqualification est réel : 51% des jeunes actifs estiment que leur niveau de formation et les compétences qu’ils y ont acquises dépassent ce qui leur est demandé dans leur premier emploi. Un chiffre qui monte même à 60% en agglomération parisienne.
Qu’en est-il de leur intégration dans l’entreprise ? Le chemin est encore long. Seuls 47% se disent parfaitement à l’aise avec le travail en équipe, 42% avec les responsabilités, 41% avec les règles et les procédures internes et 36% avec les échanges avec son manager ou sa hiérarchie. Ils ont encore besoin de gagner en confiance : 47% seulement se sentent parfaitement à l’aise avec le fait d’être soi-même (dans sa façon de parler, de s’habiller…) et 36% avec le fait de prendre la parole, de s’exprimer ou de donner son avis au sein de l’entreprise.
Ils ne pensent qu’à leur bien-être
Ne croyons pas que la quête de sens de cette génération supplante tout. Les jeunes actifs restent très attachés au salaire lorsqu’ils choisissent un poste. Pour 43% des jeunes, le salaire reste même le critère numéro 1, loin devant l’intérêt des missions (26%) et l’équilibre vie pro / vie perso (23%). Chez les jeunes employés et ouvriers, le salaire prend plus d’importance encore (48% en font le critère numéro 1) que chez les cadres (36%). C’est aussi le cas à mesure que les jeunes progressent dans l’emploi : 50% en font le premier critère sur un second emploi ou plus, contre 36% pour les premiers emplois.
Pour autant, l’équilibre entre vie pro et vie perso reste fondamental pour eux. Une majorité de jeunes (52%) préfèrent « gagner moins d’argent mais avoir plus de temps libre » plutôt que « gagner plus d’argent quitte à avoir moins de temps libre » (44%). C’est encore plus marqué chez les plus âgés (57% des 25-29 ans privilégient le temps libre) et chez les plus diplômés (58%).
« Au-delà de l’épanouissement personnel, les jeunes cherchent du sens collectif. Le travail doit servir à quelque chose, contribuer à la société : pour près de 3 jeunes sur 4 (74%), le travail est perçu comme un moyen d’ »être utile aux autres » », relève encore l’étude.
Ils n’attendent rien de l’entreprise
Contrairement aux idées reçues, les jeunes actifs n’ont pas une vision purement consumériste de l’entreprise, où ils prendraient ce qu’ils peuvent sans s’investir outre mesure. Pour trois quarts des jeunes (76%) et même 80% des diplômés du supérieur, le travail est un moyen d’apprendre, de progresser et d’évoluer. Pour 75%, c’est une chance de rencontrer des gens et de créer du lien.
Ils attendent aussi des entreprises qu’elles les aident concrètement à trouver leur voie dans le monde professionnel. 42% des 15-29 ans souhaitent qu’elles forment directement les jeunes via l’alternance ou l’apprentissage, 45% qu’elles accompagnent leur insertion professionnelle par le recrutement.
Plus largement, ils attendent de l’entreprise qu’elle joue un rôle non seulement économique mais aussi social. 45% estiment que l’entreprise doit d’abord « offrir des opportunités » (par la création d’emploi, la formation, l’insertion…) et « protéger ses salariés » (en garantissant leur sécurité, leur équilibre de vie…). « Faire tourner l’économie » n’arrive qu’en troisième position, cité par seulement 41% des jeunes. Voilà au moins une idée reçue qui, elle, résiste à l’épreuve des chiffres.
*enquête réalisée auprès de 5 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans, interrogés en ligne du 12 au 21 janvier 2026.