Les 6 dangers d’un télétravail en mode dégradé selon les salariés

Une récente étude montre qu’en dépit de nombreux avantages, le télétravail, lorsqu’il n’est pas mis en œuvre dans de bonnes conditions, présente son lot d’inconvénients préjudiciables aux salariés.

Le télétravail en mode dégradé ne peut devenir la norme sous peine de porter atteinte au bien-être et à la santé des salariés.
Le télétravail en mode dégradé ne peut devenir la norme sous peine de porter atteinte au bien-être et à la santé des salariés. © nacho roca/stock adobe.com

L’enquête réalisée par l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT sur le télétravail auprès de 10 000 salariés, de mai à juin 2021, est édifiante. Si elle confirme l’intérêt des actifs pour ce mode de travail à distance (98% des personnes interrogées souhaitent conserver une part de télétravail après la pandémie), elle met également en lumière que « le télétravail en mode dégradé du premier confinement reste la norme ». Et pointe les dangers de ce télétravail mal encadré.

38% des salariés préféreraient démissionner plutôt que de renoncer au télétravail

1. Une augmentation du temps et de la charge de travail

Le télétravail mal ou pas encadré se traduit, le plus souvent, par des journées de travail à rallonge et par une augmentation de la charge de travail, estiment 47% des personnes questionnées. En cause, une frontière entre vie personnelle et vie professionnelle plus poreuse que lorsqu’on va au bureau, et le non-respect du droit à la déconnexion.

Selon le syndicat, « 60% des employeurs n’ont pas mis en place de dispositif pour garantir le droit à la déconnexion, 55% n’ont pas défini les plages horaires durant lesquelles les salariés en télétravail sont joignables, 75% n’évaluent ni la charge de travail, ni le temps de travail des salariés en télétravail. »

Dans le panel interrogé, deux tiers des salariés déclarent qu’avec le télétravail leur fonction est devenue « plus chronophage, plus stressante et entraîne davantage de charge mentale ».

2. Un impact néfaste sur la santé au travail

Autre point noir de ce télétravail en mode dégradé : l’apparition ou le développement de maux physiques ou psychiques. 39% des télétravailleurs ressentent des douleurs physiques inhabituelles (dos, poignet, yeux…) et 26% d’entre eux se sentent davantage anxieux ou dépressifs que lorsqu’ils travaillent en présentiel.

Ces situations de mal-être trouvent leur source dans de nombreux facteurs : mobilier de bureau et matériel inadaptés, impossibilité d’adapter ses horaires de travail, isolement…

Un DRH sur deux juge le télétravail nocif pour la santé des salariés

3. Un lien distendu avec les collègues

Deux collaborateurs sur trois se plaignent d’isolement et déplorent le lien rompu avec leurs collègues, notamment à cause de la disparition des temps d’échange informels. Les liens entre managés et mangers se sont, eux aussi, délités avec la distance. Seuls 8% des managers questionnés se sentent capables de détecter une situation de mal-être au travail vécue par un membre de leur équipe.

4. Les frais de télétravail peu ou pas pris en charge par l’employeur

L’étude pointe également le fait que les frais de télétravail sont majoritairement, voire exclusivement, assumés par le salarié. Près de 7 répondants sur 10 indiquent que leur employeur ne participe pas du tout aux frais engendrés par le télétravail.

Seuls 40% des personnes interrogées disposent d’un écran d’ordinateur adapté financé par leur employeur et 10% d’un siège ergonomique fourni par leur entreprise à leur domicile.

5. Un renforcement des inégalités hommes-femmes

La situation de nombreuses salariées s’est dégradée du fait du télétravail. Ainsi, les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à cumuler télétravail et garde d’enfants. Pour un quart d’entre elles cette situation est fréquente (contre 20% chez les hommes).

Une disparité encore plus importante pour les parents assumant cette charge seuls : 61% des femmes ont été concernées par ce cumul travail/garde d’enfants contre 31% des hommes. Les employeurs se montrent également moins compréhensifs pour leurs salariées. Un tiers des femmes disent n’avoir pas pu adapter leurs horaires en télétravail contre 21% des hommes.

Le télétravail a-t-il réduit les inégalités professionnelles hommes-femmes ?

6. Il ne concerne pas toutes les catégories socioprofessionnelles

Le télétravail demeure, en majorité, l’apanage des cadres. « Le télétravail devient un marqueur de l’encadrement au sens large (…) Loin d’être une pratique étendue à l’ensemble des salariés, le télétravail s’est généralisé auprès des catégories socioprofessionnelles qui en bénéficiaient auparavant », soulignent les auteurs de l’enquête.

Selon les données de l’étude, 51% des télétravailleurs sont des cadres et 31% exercent des professions intermédiaires.

Au travers de cette enquête, le syndicat souhaite alerter les pouvoirs publics et le patronat sur cette « bombe à retardement » que constitue l’installation d’un télétravail en mode dégradé dans la durée. « Il faut se mettre autour d’une table, encadrer le télétravail, en commençant par imposer la signature d’un accord dans chaque entreprise pour mettre en place le télétravail de façon à ce qu’il y ait un cadre négocié », préconise la syndicaliste Sophie Binet au micro de France Inter.

Télétravail : nouveau protocole sanitaire et fin du nombre de jours minimal dans les entreprises

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

L'actu RH

dans votre boite mail

Recevez l’essentiel de l’actualité RH

En cliquant sur « S'inscrireOk », vous acceptez les CGU et la politique de traitement de vos données personnelles.