Télétravail durant la crise sanitaire : bilan et perspectives pour les entreprises

Une étude, publiée un an après la généralisation du télétravail, pointe les nombreux bénéfices du travail à distance et les nécessaires ajustements à son inscription dans la durée.

40% des salariés auraient adopté le télétravail durant le premier confinement;
40% des salariés auraient adopté le télétravail durant le premier confinement; © Paolese/ stock adobe.com

Alors que seulement 3% des salariés français télétravaillaient à la veille de la crise sanitaire, ils sont 40% à avoir adopté ce mode de travail durant le premier confinement. Une petite révolution dans un pays où les entreprises étaient majoritairement rétives à la mise en place du travail à distance.

Selon une étude du think tank Sapiens, publiée lundi 15 mars, le télétravail a permis de pallier l’effondrement de l’économie du pays : « en sauvant de nombreuses entreprises de la paralysie totale, le recours au télétravail a ainsi permis de sauvegarder entre 216 et 230 milliards d’euros de PIB en 2020 (167 et 173 milliards d’euros de PIB lors du premier confinement, et entre 49 et 57 milliards d’euros lors du second confinement) », note l’institut.

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Pourquoi le télétravail booste-t-il la productivité ?

Le télétravail aurait, par ailleurs, engendré une hausse de la productivité des collaborateurs. En premier lieu, par l’absence de « distractions et de perturbations » (bruits ambiants, pauses à rallonge, réunions chronophages…). A cela s’ajoute l’économie du temps passé dans les trajets, un meilleur repos dû à l’allongement du temps de sommeil et, pour certains, le choix de travailler dans un cadre agréable (campagne, jardin, mer…).

L’étude souligne également que le télétravail est une source de motivation pour les collaborateurs qui se sentent davantage responsabilisés et maîtres de leur emploi du temps. Il permettrait aussi de résoudre certains « dysfonctionnements managériaux » sources d’absentéisme : « De l’aveu de nombreux cadres expérimentant le télétravail avec leurs équipes, cette pratique est bénéfique pour le management interne à l’entreprise. Le télétravail permet tout d’abord d’interroger l’entreprise sur la pertinence de ses pratiques habituelles », développent les auteurs.

Des bénéfices individuels et collectifs

Le télétravail génère de nombreux autres avantages. D’après l’Institut Sapiens, il fait office d’outil d’inclusion « en gommant les inégalités salariales entre les femmes et les hommes, mais aussi en favorisant l’insertion des travailleurs handicapés au sein des entreprises ».

« Si l’on ne dispose pas actuellement de données chiffrées relatives au nombre de télétravailleurs handicapés, cette forme de travail peut constituer une réponse adaptée en facilitant l’emploi de personnes handicapées qui rencontrent des difficultés de déplacement ou de forte fatigabilité, ou encore reçoivent des soins à domicile », précisent les auteurs.

De plus, il contribue à la sobriété économique et écologique des entreprises car il permet de réduire les coûts liés à l’immobilier et les émissions de CO2 (à hauteur de 2,3 millions de tonnes).

Enfin, du fait de l’exode de certains travailleurs des villes vers les campagnes, on assiste à un rééquilibrage du marché de l’immobilier et de la distribution spatiale de l’activité économique du pays. De quoi, peut-être, désenclaver certains territoires.

Une solution qui ne convient pas à tout le monde

Ces impacts positifs doivent toutefois être nuancés. Car l’étude montre aussi que le 100% télétravail, sans suivi particulier, peut, à l’inverse, se traduire par une baisse de la productivité. Et qu’il ne convient pas à tous les salariés. « Pour de nombreux néo-télétravailleurs ou parents télétravaillant, ce gain de productivité originel serait en fait gommé soit par la période d’adaptation à cette pratique, soit par le potentiel dérangement représenté par la garde d’enfants », précise l’Institut Sapiens.

Pire, le manque d’interaction sociale et d’accompagnement peut générer du mal-être. En témoigne une récente enquête d’Harris Interactive qui mettait en exergue que 44% des télétravailleurs souffraient d’isolement, 36% d’augmentation du stress et 31% d’angoisse.

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Vers un travail hybride ?

La solution la plus consensuelle semble donc se trouver à mi-chemin entre le 100% télétravail et le 100% présentiel. « Nous ne préconisons pas un recours total à cette pratique dans notre étude, mais plutôt deux à trois jours par semaine (ratio optimal selon nos estimations) », rapporte Erwann Tyson, directeur des études de l’Institut Sapiens.

Les auteurs du texte rappellent, en outre, que la pérennisation du travail à distance implique certains aménagements quant à la fiscalité s’appliquant aux entreprises, au droit du travail, à la formation des managers et des collaborateurs et à la cybersécurité.

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Les 17 propositions de l’institut Sapiens pour inscrire le télétravail dans la durée

1. Revoir la législation sur les heures de travail pour l’adapter au télétravail

2. Utiliser le télétravail pour augmenter le taux d’emploi des travailleurs handicapés

3. Utiliser le télétravail pour juguler les inégalités salariales entre les femmes et les hommes

4. Utiliser le télétravail comme un outil de pré-retraite

5. Généraliser des plans de continuité d’activité incluant le télétravail comme voie de recours lors d’un événement exogène empêchant totalement ou partiellement l’activité

6. Équiper massivement les actifs en télétravail en outils numériques

7. Renforcer les systèmes de protection contre les attaques informatiques dans toutes les entreprises

8. Mettre en place un plan de suramortissement d’un an sur l’achat et l’installation de systèmes de protection informatique

9. Mutualiser les dépenses et les formations en cybersécurité

10. Accélérer la montée en charge du plan Très Haut Débit pour équiper tout le territoire

11. Favoriser l’installation des ménages dans les territoires

12. Transformer les gares désaffectées en espaces de coworking

13. Inciter les entreprises à proposer des offres de Bed & Business à leurs salariés

14. Faire prendre en charge à 100 % par l’employeur la prime de remboursement des frais de transport en commun dans les grandes villes, pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés ne pouvant pas télétravailler

15. Développer les certifications liées au télétravail

16. Numériser l’action syndicale

17. Généraliser le vote électronique.

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

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