Costa Rica : quand l’appréciation remplace le feedback au travail

Au Costa Rica, une entreprise a décidé d’abandonner les feedbacks individuels au profit de l’appréciation positive, une évaluation moins formelle et plus subjective.

Au Costa Rica, l'appréciation positive est privilégiée pour l'évaluation des collaborateurs.
Au Costa Rica, l'appréciation positive est privilégiée pour l'évaluation des collaborateurs. © Odyssée Managériale

A l’origine de l’Odyssée managériale se trouve une rencontre : celle entre Romain Thievenaz et Thibaud Huriez, deux étudiants de l’emlyon, avides de découvrir des méthodes managériales innovantes aux quatre coins de la planète.

De novembre 2020 à mai 2021, les deux jeunes hommes ont rencontré des dizaines de chefs d’entreprise, managers, RH, collaborateurs. Autant d’inspirateurs qui peuvent servir de modèles pour dessiner l’entreprise française de demain. C’est dans les pas de ces étudiants globe-trotteurs que nous vous proposons de découvrir des recettes RH et managériales astucieuses tout au long de l’été. Cinquième escale : le Costa Rica.

Le Costa Rica, un pays qui n’aime pas le conflit

« Au Costa Rica, l’ambiance de travail est très décontractée, souligne Thibaud. Les relations sont vraiment naturelles. » Etape surprise de l’Odyssée managériale, car les deux globe-trotteurs ont dû revoir leur itinéraire à cause de la pandémie, ce pays s’est montré très accueillant : « Les habitants sont faciles d’accès. Ils ont le sens de l’accueil et de l’amitié, ce qui nous a été d’une grande aide pour trouver des contacts rapidement ! » se souvient Thibaud.

« C’est un peuple qui est, à la fois, imprégné par une culture coloniale espagnole, un héritage indigène, des influences chinoises, jamaïcaines, américaines, poursuit-il. Tout ce métissage crée une belle hospitalité, une proximité. C’est un pays qui n’aime pas le conflit : il s’est démilitarisé après la Seconde guerre mondiale. On l’appelle la Suisse d’Amérique centrale. »

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L’appréciation positive plutôt que le feedback

Cette culture offre un terreau propice au déploiement de l’appréciation positive en entreprise. Comme chez Mobius, cabinet de conseil en transformation, qui compte une dizaine de collaborateurs, travaillant en 100% remote. L’entreprise fonctionne selon un modèle Opale : management horizontal, responsabilisation et liberté des collaborateurs…

L’idée de l’appréciation positive : adresser des remerciements à des collaborateurs, que ce soit pour leur travail, pour leurs actions, pour leur relationnel, pour les cadeaux qu’ils font ou pour le temps accordé aux autres.

« Chez Mobius, le feedback n’est utilisé que collectivement, comme un retour d’expérience : comment telle équipe a pris en charge telle mission et pour quels résultats ? »

« Mobius applique ce principe en interne et encourage les entreprises qu’elle accompagne à en faire autant. En particulier en créant des espaces qui favorisent les appréciations subjectives, comme des canaux de messagerie instantanée dédiés ou de grands tableaux blancs, sur lesquels les salariés sont invités à écrire, parfois anonymement, de courts messages reconnaissants : ‘’Merci d’avoir pris le temps d’écouter mes problèmes ce week-end’’, ‘’Merci de m’avoir tenu la porte’’…» , illustre Thibaud.

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 « Des sessions extraordinaires sont aussi organisées lors desquelles un employé est mis à l’honneur durant une heure. Une cascade d’appréciations positives se déverse sur lui, sans qu’il ait besoin d’y répondre. On se concentre sur une personne et on ne fait que des retours positifs », complète Romain.

Jugée « moins formelle et moins froide » qu’un simple feedback, cette appréciation est davantage « subjective, informelle et spontanée », aux yeux des managers de Mobius, qui estiment aussi qu’elle génère des retombées plus positives.

« Chez Mobius, le feedback n’est utilisé que collectivement, comme un retour d’expérience : comment telle équipe a pris en charge telle mission et pour quels résultats ?  Il ne s’agit pas de faire un feedback individuel car, pour eux, les erreurs sont dues au système ou au collectif et ne sont pas le fait d’un individu », relate Romain.

Et en France ?

L’appréciation peut-elle trouver sa place dans les entreprises françaises ? Pourquoi pas, selon les deux étudiants : « La clé pour que cela fonctionne, c’est que le manager connaisse bien ses équipes. Il suffit qu’il prenne le temps, durant les entretiens individuels, de voir ce à quoi chacun est sensible, pour déterminer le type d’appréciation auquel il sera le plus réceptif. »

« Mettre un tableau à la disposition de tous est à la portée des entreprises françaises, juge Thibaud. Mais il faut ensuite donner envie aux collaborateurs d’écrire dessus. Le manager peut initier le mouvement pour donner l’exemple. Sans obliger les personnes à écrire au moins une fois par semaine car on perdrait l’effet spontané recherché ! »

L’éclairage de l’expert RH

Thierry Gauthron, associé chez Altman Partners et mentor de l’Odyssée managériale : « Cette pratique de l’appréciation positive constitue un excellent vecteur d’ouverture. En exposant l’individu à ce que ses collègues apprécient chez lui, l’entreprise favorise son sentiment de sécurité personnelle (confiance en soi, appartenance) et, par voie de conséquence, sa capacité à s’ouvrir aux autres et ainsi à jouer collectif. Le choix des moyens permettant d’installer durablement cette pratique n’est pas évident, car l’organiser, c’est déjà prendre le risque de perdre le caractère spontané – et potentiellement sincère – de l’appréciation. Des temps prévus pour les remerciements ou un tableau d’affichage libre sont certainement de bonnes pistes. Une entreprise française (cocoworkers.com) à récemment lancé une application permettant de favoriser la circulation de ces messages positifs… à découvrir. »

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

Commentaire (1)
  • Par Fabrice Malaise

    Planifier des moments de remerciements enlève certainement l’aspect spontané de l’appréciation, mais ça oblige chaque personne à chercher ce qu’elle apprécie chez l’autre. Alors que naturellement, ce qui nous irrite chez l’autre a tendance à être le plus présent à notre conscience, prenant toute la place de notre jugement et nous empêchant parfois d’être nuancés, cet exercice imposé nous pousse au contraire à faire la part des choses. Cet exercice nous amène à voir ce qui par delà les irritants font qu’une personne est aussi appréciable, et comment elle est plus complexe que l’image qu’on en a a priori. Comme des athlètes qui pratiquent 1000 fois le même mouvement pour qu’il devienne une deuxième nature, l’exercice de l’appréciation modèle notre esprit à saisir la complexité chez l’autre, et à avoir une lecture plus nuancée de notre environnement et de ceux qui le composent.

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