Pour ou contre le bleisure, cet art de marier travail et tourisme ?

Partir plus tôt ou prolonger un voyage d’affaires pour faire un peu de tourisme : le bleisure séduit de plus en plus de collaborateurs mais n’est pas au goût de tous les employeurs. On vous laisse vous faire votre opinion sur le sujet.

De plus en plus de salariés profitent de leur voyage d'affaires pour faire du tourisme.
De plus en plus de salariés profitent de leur voyage d'affaires pour faire du tourisme. © Bacalao/stock adobe.com

Vous êtes-vous déjà adonné au bleisure ? Contraction des termes affaires (business) et loisirs (leisure), ce mot-valise désigne le fait de profiter d’un déplacement professionnel pour faire un peu de tourisme.

Du fait de la Covid, les voyages d’affaires ont majoritairement été annulés mais, à la faveur de la réouverture des frontières, la tentation peut être grande de prolonger un colloque à Las Vegas par une virée au casino ou un salon professionnel à Rome par un week-end 100% dolce vita.

Depuis quelques années, les jeunes actifs plébiscitent cette formule qui permet de joindre l’utile à l’agréable. A l’heure où le télétravail est entré dans les mœurs, pourquoi se priver de choisir le spot le plus agréable possible pour poser son PC ?

Selon une enquête de 2019, réalisée par National Car Rental, 90% des Millinenials ont déjà profité de leur temps libre avant, pendant ou après un déplacement professionnel pour visiter un musée, un site touristique ou faire du shopping, parfois en compagnie de leur conjoint(e) et/ou de leurs enfants. Un phénomène qui attire également la génération X et les baby-boomers, dans une moindre mesure : respectivement 81 et 80%.

Côté entreprise, on ne voit pas toujours cette mode d’un très bon œil. Certains employeurs craignent que cette pratique n’altère la concentration et la productivité de leurs collaborateurs. Alors, pour ou contre le bleisure ? On vous aide à arbitrer le match !

POUR

Des collaborateurs plus épanouis au travail donc plus performants

La mode est au travailleur nomade. Selon une étude du Financial Times, on compte environ 10,9 millions d’actifs voyageurs américains en 2020, soit 50% que l’année précédente. Et ce phénomène touche toutes les régions du monde, des Européens, qui s’accordent en moyenne un ou deux jours de voyages aux Indiens qui partent environ 14 jours, selon les chiffres du « bleisure report 2014 ».

Autant de preuves d’une nouvelle perception du travail et de l’articulation du temps de travail et du temps libre. Le bleisure participe à améliorer le bien-être des collaborateurs au travail et, en parallèle, leur performance. Car un salarié à qui l’on confie une mission d’ambassadeur de son entreprise se sentira valorisé, reconnu et redoublera d’efforts dans son travail.

Un break nécessaire pour mieux repartir ?

Si votre collaborateur est fatigué, lassé, démotivé, ce moment de détente peut l’aider à repartir d’un meilleur pied, avec un esprit frais et dispos pour mener à bien ses missions ! Le bleisure peut aussi être l’occasion de faire un break pour se remettre en question, élargir ses horizons et, pourquoi pas, s’inspirer.

Un facteur d’attractivité pour les candidats

Selon l’étude National Car Rental, 80 % des voyageurs d’affaires se disent prêts à quitter leur employeur pour rejoindre une entreprise facilitant le bleisure, dont une majorité de moins de 35 ans.

Argument de poids aux yeux des futurs candidats, cette possibilité peut contribuer à enjoliver votre marque employeur !

La possibilité de réduire les coûts liés au déplacement

Le vol Shangaï-Paris est moins cher le mardi que le dimanche ? Repoussez le retour de votre collaborateur de deux jours ! Le bleisure permet d’avoir davantage de souplesse sur les dates de voyage et de réaliser des économies sur le billet d’avion.

CONTRE

Un divertissement au détriment de la concentration ?

« Allo Ajaccio, ici Paris ! Comment ça vous prolongez votre séjour ! » Certains employeurs peuvent craindre que leurs collaborateurs, dépaysés, aient la tête ailleurs et ne prennent pas leurs missions très au sérieux.

Il est en effet possible que la concentration de vos salariés ne soit pas maximale si une multitude de nouveaux loisirs s’offrent à eux, même si aucune étude n’a montré que le bleisure avait un impact néfaste sur la productivité des salariés. Néanmoins conscients de cette perception parfois négative partagée par leur employeur et leurs collègues, certains préfèrent cacher à leur entreprise cette pratique.

Des risques pour la responsabilité de l’employeur en cas d’accident

Lors d’un voyage d’affaires, un salarié reste sous la responsabilité de son employeur, en vertu de l’article L. 411 -1 du code de la Sécurité sociale, pour toute la durée de sa mission. S’il lui arrive un accident lors de son déplacement, même si celui-ci intervient alors qu’il visite un musée ou qu’il se trouve à la plage, l’employeur sera tenu responsable.

« Quelle que soit la position de l’entreprise sur ce sujet, cela doit être écrit noir sur blanc. Il faut fixer des limites dans le temps, déterminer quand le voyageur est pris en charge par l’entreprise, et s’assurer qu’il a bien signé les papiers garantissant qu’il est assuré et assisté en cas de problème », conseille Charline Gelin, directrice des Solutions de Sécurité chez International SOS sur le site Voyages d’affaires.

Avant le départ de votre salarié, quelques précautions s’imposent donc : vérifier la couverture de l’assurance dans le lieu du déplacement, consulter avec le salarié la liste des sports et loisirs « à risque » qui ne sont pas couverts par l’assurance et, éventuellement, proposer au collaborateur de souscrire une assurance complémentaire.

Enfin, il peut être utile d’informer le collaborateur d’où s’arrête la responsabilité de l’employeur et de lui préciser que s’il interrompt sa mission pour motif personnel et qu’il est victime d’un accident, ce dernier ne pourra pas être considéré comme un accident du travail.

Un impact néfaste sur l’environnement

Comme le note Maxime Brousse, auteur du livre Les Nouveaux Nomades, interviewé par l’ADN : « Il y a clairement une forme de délocalisation du succès. En Thaïlande, on peut être le roi des entrepreneurs en gagnant 10 fois moins qu’en France. Ça fait partie intégrante du système », ce qui le pousse à penser que le bleisure « est un discours dont la conscience environnementale et sociale est absente. Le nomadisme numérique se nourrit donc des inégalités pour exister. »

Du point de vue écologique, cette habitude est en effet discutable, car les trajets sont souvent effectués en avion, pour des raisons de gain de temps, le temps sur place devant être optimisé.

Une pratique réservée à certaines professions

Quant au public qui bénéficie de cet avantage, il fait le plus souvent partie de la classe moyenne ou supérieure de la population en raison des catégorie socio-professionnelles concernées par ce type de déplacement (métiers des médias et de la communication, droit, commerce, relations internationales, professions intellectuelles…).

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Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

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