L’adoption de l’IA stagne en France et crée une crise de confiance
Selon une étude de PwC, l’usage professionnel de l’IA reste stable malgré les avancées de cette technologie. Derrière ce décrochage, un déficit d’appropriation qui s’installe.
Les usages personnels de l’intelligence artificielle continuent de progresser. Dans le même temps, les usages professionnels stagnent en France, alors même que l’on pouvait s’attendre à une importante croissance du fait des avancées de cette technologie.
Selon l’étude Global Workforce Hopes & Fears 2026 de PwC, publiée le 17 mars 2026*, 7 % des actifs français déclarent avoir recours quotidiennement à un outil d’IA générative, contre 6 % dans l’édition 2024, et 14 % y ont recours chaque semaine. Dans le même temps, 54 % expliquent n’avoir jamais eu recours à un outil d’IA générative au cours de l’année, contre 52 % il y a un an. Pour Nicolas Bourgeois, associé Workforce chez PwC France et Maghreb, « la diminution des usages professionnels de l’IA […] met en évidence un déficit d’appropriation. »
À titre de comparaison, au niveau mondial, 45 % des répondants disent ne jamais utiliser l’IA dans le cadre de leur travail, tandis que 14 % y ont recours chaque jour et 18 % chaque semaine.
L’IA dans le discours, une absence de cadre
Comparé aux autres pays européens, la France se classe avant-dernière en termes d’adoption professionnelle. Ce retard n’est pas forcément le reflet d’une hostilité de principe. Les managers français affichent une curiosité prononcée (84 %) et un enthousiasme réel (77 %) à l’égard de ces outils. Ce qui fait défaut, c’est le cadre pour le transformer en pratique : temps dédié, formations structurées, gouvernance claire des usages. Tout ceci suppose des investissements que peu d’organisations ont consentis. « L’IA agit comme un accélérateur, à condition de repenser collectivement la manière de collaborer, de décider et d’apprendre », explique Nicolas Bourgeois.
Chez les non-managers, le tableau est plus préoccupant : 66 % partagent la curiosité de leurs homologues encadrants, et 55 % leur enthousiasme avec, en miroir, une inquiétude (59 %) et une perplexité (51 %) notablement plus élevées. Ce sont pourtant eux qui représentent la majorité des effectifs, et les premiers concernés par les transformations annoncées.
Des compétences menacées, un accompagnement qui ne suit pas
La rhétorique de la transformation par l’IA a diffusé dans les entreprises françaises un sentiment d’obsolescence accéléré. Un quart des salariés (25 %) estiment que plus de la moitié de leurs compétences actuelles ne seront plus utiles dans trois ans. Ce chiffre n’est pas neutre. Il traduit une anxiété rarement suivie de dispositifs d’accompagnement suffisant pour y répondre.
À peine plus de la moitié des salariés (53 %) affirment avoir acquis de nouvelles compétences au cours des 12 derniers mois. Moins d’un sur deux (48 %) dit être soutenu par son management dans ce développement, contre 57 % à l’échelle mondiale.
L’asymétrie entre managers et non-managers aggrave le tableau : 62 % des premiers estiment disposer des ressources nécessaires pour se former, contre 50 % des seconds. Si la formation semble davantage profiter aux managers, ce sont précisément les non-managers qui concentrent les postes les plus exposés aux mutations technologiques.
Une crise de confiance structurelle, plus que conjoncturelle
C’est dans ce contexte que la crise de confiance envers les directions d’entreprise prend tout son sens. En France, 49 % des salariés ne croient pas en la vision stratégique de leur entreprise, et 48 % doutent de la capacité de leurs dirigeants à atteindre les objectifs fixés. Ces proportions montent à 52 % chez les non-managers. Ce n’est pas un épiphénomène conjoncturel, mais la conséquence logique d’un écart entre le discours stratégique sur la transformation et l’expérience vécue au quotidien.
La confiance, en revanche, se maintient au niveau du management de proximité : 61 % des salariés français déclarent pouvoir échanger ouvertement avec leur manager. En revanche, seulement 43 % expriment un sentiment de confiance envers leurs dirigeants. Sur ce point, la France présente l’écart le plus prononcé parmi tous les pays étudiés. Ce clivage dit quelque chose d’important : la confiance ne remonte plus jusqu’au sommet. Elle s’arrête au manager direct, celui qui accompagne concrètement ou non la transformation dans l’équipe, négocie les marges de manœuvre, rend les injonctions stratégiques vivables. Le manager de proximité, déjà identifié comme le principal référent de confiance, représente un relais naturel pour ancrer l’adoption de l’IA dans le quotidien des équipes.
*Global Workforce Hopes & Fears 2026, PwC. Enquête menée en août 2025 auprès de 49 843 salariés dans 48 pays et territoires, dont 1 690 en France. Données pondérées par sexe et âge selon la population active de chaque pays.