Compétences : les entreprises françaises avancent à l’aveugle
Selon une étude de SD Worx, 45 % des entreprises françaises ignorent quelles compétences leur seront nécessaires dans deux ans. De quoi interroger à l’heure où la skills-based organisation monte en puissance.
Recruter sur les compétences plutôt que sur les intitulés de poste : l’idée fait son chemin. Sans aller jusqu’à parler de skills-based organisation, plus de la moitié des employeurs français (55 %) déclarent avoir adopté cette approche, d’après l’étude HR & Payroll Pulse 2026* de SD Worx, menée auprès de 300 décideurs RH et 1 000 salariés français. Pour autant, celle-ci révèle une contradiction profonde : les entreprises ne savent ni de quelles compétences elles auront besoin demain ni celles qu’elles possèdent aujourd’hui.
Une vision floue sur les besoins futurs
Selon l’étude, 45 % des entreprises françaises n’ont aucune visibilité sur les compétences dont elles auront besoin dans les deux à trois prochaines années. Dans le même temps, seulement 31 % pratiquent une planification stratégique des effectifs, qui consiste précisément à anticiper ces besoins en talents. Et 22 % n’ont tout simplement aucune planification structurée, contre 17 % en moyenne au niveau européen.
Difficile, dans ces conditions, de recruter sur les compétences quand on ne sait pas lesquelles chercher. C’est un défi d’autant plus important à l’heure où l’IA rebat les cartes des compétences dont les entreprises auront besoin demain.
Un capital humain mal cartographié en interne
Le problème ne se limite pas à la projection. Les compétences déjà présentes dans les organisations sont elles-mêmes mal connues et peu valorisées. 54 % des salariés français estiment que leur talent et leur potentiel ne sont pas pleinement exploités dans leur poste actuel. Seuls 34 % perçoivent des possibilités d’évolution ou de mobilité au sein de leur structure. Et 69 % considèrent que leur entreprise ne facilite pas l’exploration d’opportunités internes correspondant à leurs compétences et à leurs centres d’intérêt.
Conséquence, la mobilité interne reste bloquée, alors même que 18 % des DRH français la citent parmi leurs urgences RH, au-dessus de la moyenne européenne (12 %).
La gestion des effectifs encore trop réactive
Ce double angle mort, à savoir l’absence de vision sur l’avenir et de connaissance du présent, s’inscrit dans une approche plus large de la gestion des effectifs. En France, 38 % des RH en font une priorité, contre 51 % en Europe. Ce chiffre ne s’explique pas par le désintérêt des RH pour la gestion des effectifs, mais parce que la logique dominante reste opérationnelle : répondre aux tensions immédiates plutôt qu’anticiper.
Pour Jean-Baptiste de Charette, Market Leader France chez SD Worx, le changement de posture est pourtant nécessaire : « Rendez visibles les compétences et missions au sein de votre entreprise, tout en offrant aux collaborateurs des opportunités de mobilité. La gestion des effectifs ne doit pas se faire au coup par coup : c’est une démarche continue, tournée vers l’anticipation. »
*étude réalisée entre janvier et février 2026 dans 16 pays européens auprès de 5 936 décideurs RH et 16 500 salariés, dont 300 DRH et 1 000 salariés français.