« L’emploi français résiste malgré les incertitudes »

David Beaurepaire, directeur délégué de Hellowork, tire les enseignements du dernier baromètre de l’emploi et esquisse les défis auxquels les entreprises vont faire face en 2026. 

David Beaurepaire Hellowork
« Le niveau de recrutements reste historiquement élevé en France. » © Laurent Guizard

Comment expliquer la baisse du volume d’offres d’emploi publiées sur Hellowork en 2025 (-9,8% par rapport à 2024) ?

David Beaurepaire : Ce ralentissement s’explique à la fois par l’instabilité politique et budgétaire en France et par le contexte géopolitique, qui offrent peu de visibilité aux entreprises pour leurs projets d’investissement. Pour autant, le niveau de recrutements reste historiquement élevé : après une année 2024 exceptionnelle, 2025 a été l’année de la normalisation avec des volumes bien au-delà de ceux qui ont précédé la crise sanitaire. Aujourd’hui, les recrutements sont moins liés à des créations nettes d’emploi qu’à des remplacements à la suite de démissions, de ruptures conventionnelles, de fins de période d’essai, de départs à la retraite ou de fins de CDD.

Les secteurs qui recrutent le plus (santé, services à la personne, restauration…) sont aussi ceux qui sont les plus en tension. De quels leviers disposent les entreprises pour attirer et fidéliser ces profils ?

D. B. : Dans ces secteurs, les forts volumes s’expliquent par des problématiques de fidélisation, du fait de conditions de travail difficiles et de bas salaires. Ce dont on est certain, c’est que l’évolution démographique ne va faire qu’accentuer ces tensions de recrutement dans les prochaines années. Le premier levier que les entreprises peuvent actionner est celui de la rémunération, même si leur latitude est limitée car ce sont des secteurs à faible marge. Le deuxième volet sur lequel elles peuvent agir est l’aménagement de l’environnement de travail afin de le rendre plus confortable.

Quel est l’impact de cet ajustement du nombre de créations d’emploi sur la productivité ?

D. B. : La productivité avait chuté ces dernières années, notamment en raison de l’explosion du nombre d’alternants, qui faisaient baisser la productivité par tête, et de la montée de l’absentéisme (vieillissement de la population en poste, augmentation des arrêts de longue durée post-covid…). L’ajustement actuel du volume de créations d’emploi, la baisse du nombre d’alternants et la prise en charge croissante par les entreprises des sujets liés à la santé mentale au travail permettent à la France de rattraper sa trajectoire initiale de productivité.

La percée de l’IA a-t-elle un impact, positif ou négatif, sur le volume de recrutements ?

D. B. : Il est aujourd’hui difficile d’évaluer avec certitude l’impact de l’IA sur la création ou la destruction d’emplois. Cependant, on observe déjà les effets de l’automatisation liée à l’IA sur la baisse du nombre d’offres à destination des juniors sur des postes de cols blancs (conseil, développement informatique…). Ce qui risque de poser des problèmes aux entreprises quand elles rechercheront des profils seniors dans trois ans sur ces métiers.

Pourrait-on bientôt assister, en France, à une « jobs apocalypse » à l’américaine ?

D. B. : La chute drastique du nombre de créations d’emplois en 2025 aux Etats-Unis est très liée au contexte américain : progrès fulgurants de l’IA, nouvelles politiques commerciales, en particulier sur les tarifs douaniers, évolutions réglementaires sur l’immigration… Le schéma ne sera sans doute pas transposé à l’identique en France, même s’il est probable que la robotisation ait un impact à plus long terme sur notre marché du travail.

Hausse du chômage, instabilité politique et budgétaire, croissance atone… Le scénario actuel est assez semblable à celui qu’a connu la France début 2025. Doit-on s’attendre pour autant à une année similaire pour le marché de l’emploi en 2026 ?

D. B. : Les entreprises ont su se montrer résistantes en 2025 en dépit d’un contexte peu favorable, ce qui est rassurant pour 2026. Elles continuent d’avancer et de recruter en faisant fi des atermoiements politiques. Malgré tout, la France reste confrontée aux défis du pouvoir d’achat, donc de la rémunération des salariés, et d’une faible croissance. A cela s’ajoutent de potentielles nouvelles barrières douanières instaurées par les Etats-Unis, la réaffirmation d’enjeux forts de souveraineté et des incertitudes liées à un gouvernement affaibli et à l’approche des élections.

Malgré toutes ces incertitudes, l’emploi français résiste. Il sera notamment stimulé par les investissements dans la défense et l’armement et pourrait aussi bénéficier de rebonds du plan de relance conséquent impulsé en Allemagne. Enfin, il ne faut pas oublier que l’emploi est soutenu par la croissance, même si elle reste modérée [avec une prévision autour 1% en 2026, selon l’Insee].

Quelles conséquences peut avoir l’entrée en vigueur, d’ici juin 2026, de la loi sur la transparence des salaires sur les dynamiques du marché de l’emploi ?

D. B. : Cette loi permettra de rendre le marché plus transparent, car elle oblige les entreprises à réaligner leurs politiques salariales et à les rendre plus cohérentes avant de partager ces informations. Les salaires seront affichés de manière claire et transparente sur les offres d’emploi, ce qui donnera peut-être aux salariés des envies d’ailleurs.

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