Quel test en entretien d’embauche pour évaluer les soft skills ?

Un entretien d’embauche ne suffit pas toujours à cerner les soft skills d’un candidat. C’est là que les tests prennent tout leur sens.

entretien embauche
Les mises en situation font partie des outils à la disposition des recruteurs pour évaluer les soft skills des candidats. © fizkes / Stock.adobe.com

Il n’est pas facile de déceler les soft skills d’un candidat lors d’un entretien d’embauche. Comment gère-t-il un conflit ? De quelle manière s’adapte-t-il à l’imprévu ? Arrive-t-il à embarquer une équipe ? Ce sont des qualités qui ne se déclarent pas, mais qui s’observent, dans des conditions qui ne ressemblent pas à un échange classique. C’est là que les tests entrent en jeu.

Ce que les tests apportent que l’entretien ne garantit pas

L’entretien classique repose largement sur du déclaratif. Et ce que le candidat dit de lui-même n’est pas ce qu’il fait lorsqu’il est sous pression, face à un conflit ou dans un contexte d’incertitude. Les tests créent des conditions d’observation différentes : ils placent le candidat en situation, ou mesurent des traits que la conversation ne capte pas toujours.

Ce qu’un test en entretien d’embauche mesure vraiment

Le test en entretien d’embauche n’élimine pas le jugement du recruteur. Il lui donne une base plus solide pour décider. Selon le dispositif choisi, il mesure des traits de personnalité stables, la façon dont un candidat réagit face à une situation professionnelle difficile, ou des aptitudes qui ne s’expriment pas dans une conversation. Autre avantage, il produit une donnée comparable d’une candidature à l’autre, comme lorsque vous utilisez une score card en entretien.

Le cadre légal à connaître sur les tests en recrutement

Selon le Code du travail, les outils d’évaluation de la personnalité (questionnaires de personnalité, jeux sérieux, jeux intelligents) ne peuvent être utilisés qu’à la condition de présenter un lien objectif, direct et nécessaire avec les aptitudes professionnelles attendues pour le poste. Les candidats bénéficient à ce titre d’un droit renforcé à la transparence. L’entreprise doit les informer de la nature des dispositifs d’évaluation avant qu’ils aient à s’y soumettre.

Quel test pour évaluer la personnalité d’un candidat ?

Parmi les outils d’évaluation disponibles, les questionnaires de personnalité sont les plus répandus en recrutement. Ils cherchent à mesurer des traits comportementaux stables : la façon dont une personne traite l’information, gère les relations, réagit à la pression. Mais tous ne se valent pas, et le choix conditionne la qualité de ce qu’on en tire.

Tests typologiques vs tests factoriels : une distinction à connaître

Il existe deux grandes familles de tests pour évaluer la personnalité d’un candidat. Les tests typologiques, comme le MBTI ou le DISC, associent un candidat à un profil-type. Ils sont intuitifs et lisibles, ce qui explique leur popularité. Mais ils n’ont pas été conçus à des fins de recrutement, et leurs résultats varient fortement dans le temps.

En face, les tests factoriels, dont le modèle Big Five (aussi appelé OCEAN) est la référence, adoptent une logique différente. La personnalité y est décomposée en plusieurs dimensions mesurables. Ce sont ces questionnaires qui ont fait l’objet de validations scientifiques et qui produisent des profils plus stables dans le temps.

Le Big Five, une référence validée scientifiquement

Le Big Five mesure cinq grandes dimensions : l’ouverture d’esprit, la conscience, l’extraversion, l’agréabilité et la stabilité émotionnelle. Chacune se décline en facettes plus précises. Chez un profil commercial, l’assertivité et la persévérance seront des aptitudes à observer de près. Pour une fonction analytique, la rigueur et la curiosité prendront plus de poids.

C’est le modèle le plus solide pour anticiper comment un candidat se comportera une fois recruté. Ce n’est pas une garantie absolue, mais c’est une donnée solide, comparable d’un candidat à l’autre.

À quel moment du processus faire passer le test ?

Selon le moment où vous ferez passer le test, vous n’en ferez pas le même usage. Sur des volumétries importantes, notamment pour des postes commerciaux, le test en entretien d’embauche peut intervenir tôt dans le processus. Il sert alors à filtrer les profils avant même le premier échange.

Pour des recrutements plus ciblés, avec peu de candidatures en compétition, mieux vaut positionner le test de personnalité après un premier entretien. L’évaluation vient confirmer ou nuancer les impressions déjà formées, et prépare un second rendez-vous plus approfondi.

Quel test pour observer le jugement d’un candidat ?

Les tests de jugement situationnel, connus sous l’acronyme SJT (Situational Judgment Tests), fonctionnent sur un principe différent des questionnaires de personnalité. Au lieu de mesurer des traits stables, ils soumettent le candidat à des scénarios professionnels réalistes et lui demandent de choisir parmi plusieurs réponses possibles.

Comment un test de jugement situationnel fonctionne

Le candidat lit un scénario professionnel : par exemple, un désaccord avec un manager sur une décision à prendre en urgence. On lui propose quatre réponses possibles, allant de l’escalade immédiate au silence total. Il doit indiquer quelle réponse lui semble la plus appropriée, parfois aussi la moins appropriée.

Mises bout à bout, les réponses révèlent un mode de fonctionnement : comment la personne gère les situations ambiguës, les conflits hiérarchiques, les dilemmes éthiques. Le SJT ne mesure pas ce que le candidat veut montrer de lui-même, mais la façon dont il raisonne face à une situation concrète.

Pour quels profils et quels postes ?

Ce test en entretien d’embauche est particulièrement utile pour les fonctions où le jugement et la gestion des relations comptent autant que les compétences techniques : ressources humaines, management intermédiaire, postes en contact client. Il s’adapte aussi bien aux profils expérimentés qu’aux candidats juniors, pour lesquels l’expérience est trop courte pour alimenter des questions comportementales.

Pour autant, tout repose sur la façon dont il est construit. Un test de jugement situationnel bien calibré demande un travail rigoureux, idéalement conduit avec des professionnels du secteur. Un questionnaire générique, non adapté au contexte de l’entreprise, perdra une grande partie de sa valeur prédictive.

Les mises en situation et l’assessment center : les plus proches du réel

Parmi les dispositifs disponibles, les mises en situation et l’assessment center sont ceux qui ressemblent le plus aux conditions réelles de travail. Au lieu de demander au candidat comment il réagirait, on l’observe en action.

Ce que ces formats révèlent

La mise en situation consiste à placer le candidat dans un contexte professionnel réaliste et à observer comment il s’en sort. Un commercial à qui l’on demande de pitcher l’entreprise à un type de client donné, un manager à qui l’on soumet un désaccord à arbitrer dans un temps limité.

L’assessment center pousse la logique plus loin : il combine plusieurs exercices de ce type, parfois sur une demi-journée, et mobilise plusieurs évaluateurs. Pour des postes à responsabilités, c’est le dispositif le plus complet pour observer les compétences managériales dans des conditions proches du réel.

Les limites à ne pas ignorer

Ces dispositifs sont coûteux et chronophages. Ils se justifient pour des recrutements à forts enjeux. Et leur valeur dépend entièrement de la qualité de leur conception. « Je constate un regain d’intérêt pour les tests d’assessment. Les entreprises cherchent des outils pour sécuriser leurs recrutements et ces tests permettent d’avoir un regard sur la personnalité ou la psychologie d’un candidat. Je trouve l’idée intéressante, et il en existe de très bons, mais le problème réside dans la façon dont ils sont exploités ensuite, sur leur usage souvent arbitraire », observe Coralie Nohel, consultante indépendante en recrutement depuis 25 ans.

Les mises en situation ludiques appellent la même vigilance. Un format conçu sans méthodologie sérieuse produit des données non comparables et ouvre la porte à des interprétations biaisées.

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