Carrières plus longues et nouvelles technologies : le double défi des seniors

Aujourd’hui au travail, on est considéré comme un senior de plus en plus tôt. Autour de la quarantaine on commence à subir la pression des jeunes, plus à l’aise avec les technologies qui font désormais partie du quotidien des entreprises. Pourtant, il faudra bien travailler plus longtemps et s’adapter. Ce « double défi » risque de compliquer encore plus les carrières des plus de 45 ans, estime Bertrand Thersiquel du cabinet de conseil en recrutement Ouest RH.

BertrandThersiquel

Trouver un emploi quand on est senior n’est pas toujours évident, pourtant il faudra travailler plus longtemps pour maintenir son niveau de retraite…

C’est une réalité et cette situation est anxiogène car de nouveaux risques pèsent sur cette population, notamment ceux qui sont liés à l’émergence de nouvelles technologies et à la pression de plus en plus forte des nouvelles générations. Ces dernières trouvent notamment dans l’évolution des technologies et des usages qui en sont faits une opportunité de déstabiliser leurs aînés.

Pourquoi ce phénomène s’accentue-t-il par rapport aux années précédentes ?

Auparavant l’expérience était un contrepoids efficace par rapport aux jeunes générations qui arrivaient sur le marché du travail. A 45-50 ans on consolidait assez facilement des positions de pouvoir dans l’entreprise grâce à son expérience. Or aujourd’hui, avec l’évolution des nouvelles technologies, la valeur de l’expérience est plus limitée. Les entreprises ont besoin de jeunes qui maîtrisent parfaitement les nouveaux usages du web et des nouvelles technologies.

« La génération des quadras sera davantage remise
en cause que les précédentes »

Quelles sont les conséquences de ce phénomène ?

La génération des quadras sera davantage remise en cause que les précédentes compte tenu des évolutions auxquelles doivent s’adapter les entreprises. Cette génération se trouvera plus tôt confrontée au syndrome des seniors qui sortent du marché du travail avec un sentiment de décalage par rapport à l’évolution du marché de l’emploi.

Le contexte économique joue aussi un rôle d’accélérateur ?

Evidemment, la pression sur les entreprises accélère leur adaptation aux nouvelles technologies en créant des opportunités pour les jeunes générations qui aspirent à de nouveaux modèles de management. Si  cette génération ne trouve pas dans l’entreprise un environnement favorable à son émancipation, elle n’hésitera pas à essaimer pour concurrencer plutôt que de collaborer avec les autres générations.

Cela signifie qu’on se retrouvera à 45 ans comme des débutants à devoir refaire ses preuves ?

Ce n’est pas aussi radical. Heureusement l’expérience pèse encore beaucoup dans la création de valeur. Par ailleurs, certaines fonctions et certains secteurs sont plus exposés que d’autres à l’effet des nouvelles technologies et de l’économie numérique.  Mais inévitablement nous allons vers un changement de repères au niveau du management. La génération des quadras et celles d’avant sont habituées à un modèle d’organisation hiérarchique dans lequel elles savent évoluer. Aujourd’hui, quand ils se retrouvent en situation de rupture, ces repères restent fortement ancrés. Leur approche culturelle ne les incite pas toujours à se remettre en question ou à adapter leurs ambitions dans leur recherche d’emploi.

Generation-X

On est considéré comme un senior de plus en plus tôt, c’est paradoxal…

En effet, on devra travailler de plus en plus longtemps et parallèlement, on est considéré comme sénior de plus en plus jeune. Il suffit d’observer le marché de l’emploi pour constater cette évolution. Il apparaît évident qu’autour de 40 ans on profite moins du dynamisme de l’emploi généré par l’économie numérique. L’émergence de nouvelles compétences et la mobilité vers les nouveaux usages sont des facteurs structurels qui contribuent à catégoriser les générations. Or, ce sont bien ce type de facteurs qui peuvent leur être opposés aujourd’hui, entraînant, dès la quarantaine,  des difficultés plus importantes pour retrouver un emploi et un allongement des périodes d’inactivité.

« Les jeunes seniors doivent s’adapter pour durer,
sans pouvoir capitaliser sur leur expérience »

Le marché de l’emploi est en train de créer une nouvelle catégorie de « Jeunes Séniors » ?

C’est effectivement le paradoxe d’une population jeune, au milieu du gué, qui doit s’adapter pour durer, sans pouvoir capitaliser uniquement sur l’expérience. En matière de gestion de RH cette situation de « séniorité précoce » marque une vraie rupture et rend obsolète les mécanismes d’accompagnement qui permettaient d’établir une transition assez douce pour accompagner les fins de carrière. Ce constat doit nous inciter à modifier notre approche de la gestion des carrières vers d’avantage de mobilité et de responsabilisation individuelle dans la conduite de son parcours professionnel.

Digital-Natives

Avec la réforme des retraites, il faut néanmoins qu’ils se préparent à travailler plus longtemps… encore un paradoxe !

Oui, il va bien falloir s’adapter à l’obligation de travailler plus longtemps. Les conséquences risquent d’être brutales. Certaines personnes vont se retrouver en situation difficile et vont continuer s’accrocher à des notions de pouvoir et de contrôle de l’information pour essayer, coûte que coûte, de garder leur position. Ces attitudes créent des difficultés et surtout, elles brident le potentiel d’adaptation et donc de développement des entreprises.

« La pression intergénérationnelle a toujours existé… elle sera sans doute moins régulée »

Le défi de l’entreprise de demain sera d’organiser ce management entre les jeunes et les seniors. Est-ce qu’il y a un risque de guerre des générations ?

La pression intergénérationnelle a toujours existé. Les nouveaux modes d’organisation des entreprises, moins hiérarchiques, font qu’elle sera sans doute moins régulée. Les jeunes générations ont, aujourd’hui, des armes pour « contester » la génération qui les précède de manière plus forte. Mais c’est une démarche naturelle et normale. On a toujours essayé de prendre la place des plus anciens. Si en dernier ressort l’efficacité et la compétence suppléent l’ancienneté et le pouvoir, c’est l’entreprise qui sortira gagnante !

Dans cette phase de transition, quelle valeur attribuer aux compétences managériales ?

Cette compétence est décisive dans un contexte de changement car elle permet d’intégrer les jeunes générations en adaptant les organisations et en créant les conditions de la performance collective. Néanmoins, les « conflits de pouvoir » pourraient se durcir et faire émerger des situations contrastées entre ceux qui adopterons une posture défensive, en développant des réflexes d’autoprotection, et ceux, au contraire, qui sauront accompagner le changement en affirmant leur talent de manager, en développant une vision et en créant autour d’eux les conditions de la performance.

Par Fabrice Mazoir

Membre de la team édito envolé vers de nouvelles aventures !

Commentaires (13)
  • Par drollet jean marie

    Sénior à 40 ans

  • Par senior87

    Arrêtons de dire que les seniors sont plus dans le coup Technologique. C’est une fausse raison pour les exclure du marché de l’emploi.
    il passe certe moins de temps sur leur compte Facebook ou a envoyer des SMS,(au passage sont donc plus productifs)mais sont tout de même actif dans les réseaux sociaux et pas juste pour parler de la dernière copine de machin qui était déjà avec machine…Faut arrêter de caricaturer le senior avec son minitel sous le bras non de non!!!Il s’interesse autant au dernier salon CES de las vegas que la plupart des Geeks…et j’ai 52 Ans!! Alors… je suis un senior OUT?

  • Par F. J.

    Je suis triste, triste de lire un article aussi biaisé, aussi bête, et surtout de la part d’un recruteur. Ça montre malheureusement l’attitude de plus en plus « jeuniste » du recrutement. Et là, je ne parle pas des demandes des sociétés, mais bien de l’attitude des sociétés de recrutement, et des recruteurs en général.
    Comment peut on imaginer qu’un manager de 50 ans puisse ne pas maîtriser les outils informatiques ? Cela me laisse sans voix…
    Personnellement à 50 ans, sans emploi depuis un an, et pourtant en recherche TRES active, j’ai pu toucher du doigt la réalité du marché de l’emploi pour un manager de plus de 45 ans… En gros, les recruteurs Français se foutent de l’expérience, et j’ai beau avoir managé une branche d’une société pendant 6 ans et dirigé ma propre boite pendant 10 ans, ces messieurs préféreront toujours un jeune diplômé bac+5 qu’un type avec 20 ans d’expérience. En gros, en France, on préfère un jeune qui a un diplôme qui dit qu’il doit savoir faire, qu’un pas-si-vieux-que-ça qui a prouvé qu’il savait faire…
    Et après, il y en a qui pensent encore que c’est de la faute des politiques si les choses ne vont pas en France! Non, ce qui ne va pas, c’est la mentalité de certains (ir)responsables!

  • Par SABY

    La connaissance de Dreamweaver ou l’expertise du Digital, ce n’est pas le problème, à chacun son métier. On ne demande pas au DAF de maîtriser InDesign. LE problème, c’est la mentalité franco-française, celle qui fait que l’on est « exploitable » entre 30 et 40 ans. Pas trop jeune car il faut bien du temps pour les études et une expérience a minima, pas trop vieux pour être malléable, courtisan et pas trop cher.
    79% des Français qui partent à l’étranger dont beaucoup de nos jeunes diplômés (HEC, ESSEC, Sc.Po, Celsa, etc.) ne reviendront pas et l’exode est de plus en plus massif (cf. L’Exode des Français, Le Figaro).
    Pas étonnant quand on voit des postes de Responsable Com Stagiaire à 486€, Bac +5, bilingue anglais.
    Pour mémoire, Nafissatou Diallo touche 3000 dollars par mois comme femme de chambre. Sans commentaire.

  • Par P.M.

    Encore un article sur le jeunisme … Quand dira-t-on que rajeunir la pyramide des ages c’est surtout economiquement reduire le cout des salaires dans l’entreprise ? Les marchés se moquent de qui travaille, ce qui est important c’est la marge et le prix de vente. Quand il y a assez de marge, on ne s’occupe pas de qui etudie, vends ou produit. Dire que les seniors sont décalés par rapport aux outils est une ineptie. Ils sont peut-etre décalés en termes applicatifs, ie dans la programmation mais surement pas dans les methodes ou les usages. Comme disait un autre commentaire, il ne faut pas confondre facebook et la réalité des entreprises.

  • Par Femme sénior à 46 ans

    J’ai 46 ans.Après une expérience réussie de 20 ans dans la grande distribution comme responsable,j’ai fais le choix d’intégrer une formation pour me « réorienter ». Ayant choisi un secteur soi disant porteur,je suis depuis 8 mois en recherche très très active.Mais rien.Même pas un simple coup de fil.Alors aidée d’une coach,j’ai refais CV et lettre.Apparemment mon physique est correct!Consciente de mon nouveau statut de débutante, je reste mobile sur un quart de la France et peu éxigente en terme de prétentions salariales (remise en question oblige) Mais toujours rien!Je dois me rendre à l’évidence:mon âge est un facteur bloquant.Tout le monde n’a pas l’étoffe de s’installer à son compte.Cela voudrait il dire qu’il n’est pas possible de se réorienter à 46 ans?

  • Par laurent

    je rigole doucement… J’ai 46 ans ! A cet age vous etes VIEUX, OBSOLETE,TROP CHER, TROP DE TAXES, MAUVAISE IMAGE POUR LA SOCIETE,ETC… je sais de quoi je parle!
    Les competences informatiques ? NADA!
    Amusez vous !

  • Par laurent

    J’ai failli oublier ! DELIT DE SALE GUEULE.

  • Par le mestre

    J’ai 49 ans. J’ai été licencié pour motif économique en 2011. Je savais déjà à ce moment là que mon âge allait jouer en ma défaveur. Je ne me suis malheureusement pas trompé. En effet, depuis cette date je n’ai pu décrocher que quelques remplacements. Je continue à me battre, mais pour combien de temps encore pourrai-je continuer à intéresser une entreprise ? Ce jeunisme est typiquement Français. Pourquoi ? Parce que les entreprises font des économies sur le dos des jeunes diplômés. A quand une vraie baisse des charges ?
    Je regrette de ne pas avoir quitté ce pays quand il était encore possible pour moi de le faire.

  • Par IBRAHIM

    Senior de 55 ans avec 30 ans d’expérience, secrétaire comptable, au chômage depuis 11/2011. Quelle tristesse!!!

  • Par mado

    J’ai lu l’article. Cela me consterne.
    J’ai 52 ans, en recherche active, j’ai certes des entretiens téléphoniques faits par de sociétés de recrutement, d’intérim qui ne débouchent sur rien. Je suis dans leur vivier, et lorsqu’il y a poste, elle présente un jeune et un senior mais en finalité la réponse est négative bien que mon profil est intéressant. Que dire à ces personnes, qui sont plus jeunes que moi,et répondent au mieux à ces recruteurs : ben je leur souhaite de vieillir !
    Car pour prétendre à la retraite je dois travailler jusqu’à 62 ans. soit 10 an. Travailler est vitale financièrement, socialement mais aussi il évite une prise en charge de la personne par les autres (RSA ).
    Et je conclurais que si dans les entreprises les plus de 40 ans doivent être mis aux placards à quand le président de la république française JEUNE , l’assemblée nationale JEUNE, les députés JEUNES …

  • Par Christelle rogard

    Avec cette évolution, il faut accepter cet écart de génération. Ce qui nous amène à accepter les erreurs. On rentre dans un nouveau système, plus souple. C’est une compétence.

  • Par Les seniors, trop vieux pour l’entreprise ?! - Mode(s) d'Emploi

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