Pays-Bas : le SCRUM en cascade, un brief quotidien pour fluidifier la communication

On commence notre tour du monde des bonnes pratiques RH et managériales avec une escale aux Pays-Bas, à la découverte du SCRUM en cascade, un échange quotidien proposé aux managers et aux collaborateurs.

Cap sur les Pays-Bas pour ce premier opus de notre série d'été.
Cap sur les Pays-Bas pour ce premier opus de notre série d'été. © Odyssée Managériale

A l’origine de l’Odyssée managériale se trouve une rencontre : celle entre Romain Thievenaz et Thibaud Huriez, deux étudiants de l’emlyon, avides de découvrir des méthodes managériales innovantes aux quatre coins de la planète.

De novembre 2020 à mai 2021, les deux jeunes hommes ont rencontré des dizaines de chefs d’entreprise, managers, RH, collaborateurs. Autant d’inspirateurs qui peuvent servir de modèles pour dessiner l’entreprise française de demain. C’est dans les pas de ces étudiants globe-trotteurs que nous vous proposons de découvrir des recettes RH et managériales astucieuses tout au long de l’été. Première escale : les Pays-Bas.

Les Pays-Bas, une culture du travail basée sur la confiance et la transparence

Comme en Europe du Nord, le management dans les entreprises néerlandaises repose sur la confiance et l’écoute accordée aux collaborateurs. « C’est un pays où chaque membre de l’entreprise est important, où chacun peut s’exprimer et apporter quelque chose sans risquer d’être dénigré, résume Thibaud. Historiquement, quand les Pays-Bas ont créé des canaux pour irriguer leurs terres agricoles, ils ont construit des moulins et ont eu besoin pour cela d’une grande connexion entre tous les maillons de la chaîne. Cette culture du tous ensemble sert de fondement à leur culture d’entreprise. »

Autres valeurs chères à ces entreprises : la transparence et la proximité avec la hiérarchie : « Cette transparence se manifeste dans la société néerlandaise à tous les niveaux. Les ministres se promènent simplement dans la rue et rendent public leur emploi du temps. Les Néerlandais ne mettent pas de rideaux à leurs fenêtres. De la même manière, la communication dans les entreprises est très fluide, notamment grâce à une déconstruction de la hiérarchie et à la proximité des CEO avec leurs équipes. Ils ne sont pas mis sur un piédestal, ils sont perçus comme des supports de leurs collaborateurs », détaille Romain.

Parlez-vous SCRUM ?

C’est dans ce contexte particulièrement propice, qui fait la part belle à la communication, que prospère le SCRUM (qui se traduit par « mêlée », terme emprunté au rugby). Cette méthode agile de gestion de projet a vu le jour dans le monde de la tech avant de se répandre dans d’autres secteurs d’activité. Son objectif : améliorer la productivité de l’équipe en s’appuyant sur des réunions régulières d’avancement de projet.

Romain et Thibaud ont pu observer les bienfaits de cette méthode, adoptée pendant la pandémie par l’entreprise IT Ynvolve, qui compte 65 collaborateurs et 21 nationalités différentes. « Nous avons rencontré Gérald, le directeur de l’entreprise, un vrai adepte de la communication, habitué à être très proche de ses équipes et à régler les problèmes au coin d’une table en discutant 10-15 minutes avec les salariés concernés, raconte Romain. Avec le télétravail généralisé, il a dû trouver une autre solution et il s’est basé sur le stand-up meeting des méthodes agiles. »

« Cette volonté de ne laisser passer aucun problème permet de désamorcer des situations qui peuvent devenir conflictuelles si on les laisse s’envenimer »

Le principe : un petit brief au cours duquel chacun raconte ce qu’il a fait la veille et ce qu’il va faire le jour même. Ynvolve a instauré ce SCRUM quotidien en cascade. Cela signifie que le directeur échange d’abord avec ses onze managers durant un quart d’heure avant que ces derniers organisent, à leur tour, un brief de durée équivalente avec leurs équipes respectives.

 « Dans ce modèle, le manager joue un rôle central, pivot, puisqu’il assure le relais entre la direction et les équipes. Il opère un double mouvement : il fait descendre l’information à tous et fait remonter les problèmes au plus haut niveau. Ce que nous avons trouvé particulièrement intéressant, c’est cette volonté de ne laisser passer aucun problème, qu’il n’y ait aucun non-dit, surtout dans un contexte de travail à distance où on se monte facilement la tête. Cela permet de désamorcer des situations qui peuvent devenir conflictuelles si on les laisse s’envenimer », relate Romain.

Autre bienfait de cette méthode, elle évite les réunions à rallonge. En se disant les choses de manière simple et efficace, on va à l’essentiel. Enfin, elle fait office de « ciment entre les différentes nationalités de l’entreprise, souligne Thibaud. Ce côté pragmatique et transparent soude les équipes et évite la spéculation en interne sur certains sujets ! »

Preuve que la méthode a porté ses fruits, l’entreprise a décidé de la pérenniser à l’heure du retour de ses collaborateurs au bureau.

Et en France ?

De l’avis de Thibaud et de Romain, cette méthode est facilement transposable en France. « En France, avec le télétravail, beaucoup d’entreprises ont déjà pris le réflexe d’organiser des réunions d’équipes quotidiennes pour prendre la température et bien débuter la journée, constate Thibaud. Cela s’est fait assez naturellement. Les SCRUM en cascade peuvent tout à fait convenir au fonctionnement des entreprises françaises, quelle que soit leur culture d’entreprise. »

Romain note toutefois une différence de culture entre les deux pays : « Alors qu’en France, on déconstruit déjà un peu les problèmes autour d’un café ou lors d’une pause cigarette, aux Pays-Bas, les salariés tissent moins de liens avec leurs collègues de travail. Ils consacrent aussi moins de temps que nous à la pause déjeuner ou à la pause-café. Cela peut expliquer qu’ils ressentent davantage le besoin que les Français de formaliser des temps d’échange qui n’auraient pas lieu sinon. »

L’éclairage de l’expert RH

Thierry Gauthron, associé chez Altman Partners, et mentor de l’Odyssée managériale : « Les méthodes agiles – dont le SCRUM est le plus illustre représentant – s’étendent depuis quelques années bien au-delà du monde informatique dont elles sont issues. En effet, bien utilisées, elles se révèlent d’excellents catalyseurs de l’action collective. Révision périodique des priorités, décision collective des tâches à réaliser sur le « sprint », visualisation de l’avancement du travail et mesure de sa vitesse, coordination quotidienne grâce au standup meeting, rétrospective et amélioration continue sont les principaux ingrédients qui, lorsqu’ils sont conjugués, permettent sa performance. L’utilisation du standup par Ynvolve favorise sans aucun doute la synchronisation des équipes et la levée des goulots d’étranglement. »

Par Maïté Hellio

Reporter tout terrain et pianiste, aime quand les mots et les notes sonnent juste !

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