Le futur du (télé)travail selon Facebook

Mark Zuckerberg a fait plusieurs annonces qui vont changer radicalement la manière dont les employés de Facebook travaillent.

Demain, tous en télétravail ? Crédit : ST.art / stock.adobe.com.

Les regards changent sur le télétravail

A l’heure de Twitter, où les opinions sont souvent tranchées et où les débats font rage, le télétravail ne fait pas exception. La crise sanitaire que nous venons de traverser l’a propulsé comme un sujet à la fois populaire et polémique, 20% l’ayant pratiqué à plein temps à cette occasion selon une étude Odoxa-Adviso Partners réalisée pour franceinfo, France Bleu et Challenges. Il a ses partisans, qui ne voient pas un retour en arrière possible, et ses contradicteurs, qui le voient comme une source de souffrance et une contrainte supplémentaire pour les salariés concernés. Le camp des avis favorables semble l’emporter. Selon une enquête menée par Malakoff Humanis, 73% des salariés concernés souhaiteraient continuer l’expérience, dont 32% de manière régulière. Si la situation en France pourrait revenir à la normale dans la plupart des sociétés dans les semaines ou mois qui viennent, de nombreuses interrogations demeurent côté entreprises. Et comme souvent, ce sont les États-Unis qui donnent le ton.

Et si les salariés étaient globalement restés aussi productifs à distance qu’au bureau ? Et si les nouveaux moyens de communication à distance et les outils de collaboration permettaient de s’organiser pour accomplir le travail (plus ou moins) de la même manière ? Et si les bureaux n’étaient pas amenés à devenir des lieux de sociabilisation, de motivation et d’échanges ponctuels ? Le retour sur le lieu de travail n’est pas prévu avant très longtemps pour certains, en particulier dans le silicon valley, où les jobs très techs permettent facilement le remote. Twitter a ainsi dégainé le premier parmi les grands noms, en annonçant le télétravail à vie pour ses employés qui le souhaitaient. Facebook, via son CEO Mark Zuckerberg, l’a également fait hier.

Derrière les annonces de Facebook, une changement profond des habitudes de travail

Derrière ces annonces, il faut distinguer plusieurs réalités. La première est très immédiate : ces annonces sont dans la continuité directe des risques liés à la pandémie du COVID-19, et visent à rassurer les employés mais aussi à renforcer la promesse employeur dans un monde ultra-concurrentiel. Proposer de s’adapter à la vie du salarié, en remettant le travail au sein d’un environnement qu’il maitrise, est beaucoup moins contraignant que de forcer des professionnels exerçant des métiers pénuriques à travailler à un endroit précis, à des horaires définis, auprès de collègues imposés. Voilà pour la partie qui doit changer, pour le mieux, la vie des employés.

Une autre partie intéresse également très directement les employeurs. Le remote permet de recruter de manière beaucoup plus large, en rafraichissant des lieux d’habitation. De quoi étendre sa zone de sourcing au pays entier, voire à l’international, comme c’est le cas par exemple chez Zapier. Facebook annonce ainsi vouloir intensifier ses recrutements directement en télétravail, en commençant par de futurs salariés résidant à moins de 4 heures de trajet d’un des bureaux de l’entreprise. Mark Zuckerberg espère même atteindre les 50% d’employés à distance dans 5 à 10 prochaines années. Et il est également très clair sur le deuxième avantage très fort pour son entreprise : cela va permettre de désengorger certaines zones économiques surchargées, comme la Silicon Valley. Et donc faire baisser les loyers exorbitants observés sur place, et plus largement le coût de la vie. Les économies seraient donc double : moins de frais immobiliers pour les bureaux, et des salaires plus bas en maintenant un pouvoir d’achat équivalent pour les employés, les niveaux de rémunération étant définis selon le coût de la vie au niveau local.

Concilier envies des salariés, et éviter les effets de bord

Reste à voir ce qu’en penseront les salariés à moyen terme. Pour le moment, leur adhésion semble forte tout en maintenant l’envie d’un lieu de vie professionnel collectif. Mark Zuckerberg annonce que dans un sondage interne, 40% se sont dit intéressés par le travail à distance à temps plein, mais plus de 50% souhaitent rentrer dans les bureaux dès que possible. Et parmi ceux qui souhaitent travailler à distance, 75% déménageraient.

Mark Zuckerberg pointe certains points potentiellement négatifs, à commencer par la limite à trouver entre travail et vie privée, un équilibre plus difficile à atteindre quand les deux se mélangent dans un même lieu. Les liens sociaux plus faibles avec les collègues sont également pointés du doigt, et l’effet de ce manque sur leur créativité mais aussi sur la communication interne et les signaux faibles. Et il pose donc la question de faire cohabiter les envies de deux grands groupes de personnes en leur faisant atteindre leur plein potentiel professionnel : ceux qui épanouissent à distance, et ceux qui se révèlent dans un collectif au bureau. Cela pousse Facebook à réfléchir sur les méthodes d’organisation utilisées, sur sa culture entreprise, sur l’accompagnement des carrières et, tant qu’à faire, sur le développement de produits et de fonctionnalités qui permettront d’accompagner mondialement ce nouvel élan vers le télétravail. Autant de questions auxquelles les RH devront répondre en France également, avec ou sans les outils proposés par Facebook.

Par Flavien Chantrel

Directeur éditorial, Flavien explore depuis plus de 15 ans les thématiques du recrutement, de la recherche d'emploi et de la marque employeur.

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