Comment identifier le bon candidat au-delà du CV ?
Adaptabilité, motivation, adéquation culturelle… Ces éléments indispensables à un recrutement réussi ne se voient pas toujours sur un CV. Nos conseils pour les évaluer.
Un CV impeccable, des diplômes prestigieux, une expérience solide… et pourtant, quelques mois après l’embauche, le constat est sans appel : ce collaborateur ne correspond pas à vos attentes. Cette situation, vous l’avez peut-être déjà vécue. Le CV, aussi bien rédigé soit-il, ne raconte qu’une partie de l’histoire d’un candidat. Il ne dit rien de sa capacité à s’adapter, de sa motivation réelle ou de son alignement avec la culture de votre entreprise.
Aussi, pour éviter les erreurs de casting, mieux vaut apprendre à détecter les qualités et les signaux qui doivent vous alerter sur un candidat au-delà de son CV. Dans cet article, vous trouverez tous nos conseils pour structurer votre évaluation autour de ces critères qui prédisent vraiment la réussite d’un recrutement.
Pourquoi le CV ne suffit pas pour identifier le bon candidat ?
Le CV est un outil indispensable dans le processus de recrutement. Il permet aux recruteurs de faire une première sélection, de vérifier les qualifications formelles des candidats, d’identifier les expériences pertinentes. Mais il présente des limites importantes que vous devez garder à l’esprit.
Le CV est par nature orienté
Dans un CV, chaque candidat met en avant ses réussites, valorise ses expériences et minimise ses échecs ou ses trous de parcours. Cette mise en scène, même légitime, ne reflète pas toujours la réalité. Un candidat peut avoir occupé un poste à responsabilités sans pour autant avoir développé les compétences attendues, ou avoir participé à un projet d’envergure sans y avoir joué un rôle décisif.
Le CV ne dit rien des compétences comportementales
Le CV liste des fonctions, des missions, des outils maîtrisés, mais il ne révèle pas comment le candidat interagit avec ses collègues, comment il gère le stress, comment il résout les problèmes ou s’adapte au changement. Ces soft skills sont pourtant souvent déterminantes dans la réussite à un poste, particulièrement pour des fonctions managériales ou dans des environnements collaboratifs.
Le CV ne permet pas de tout évaluer
Un profil techniquement excellent peut parfaitement échouer s’il ne partage pas les valeurs de votre organisation ou si ses attentes professionnelles ne correspondent pas à ce que vous pouvez lui offrir. Ces éléments, invisibles sur le papier, font pourtant toute la différence entre un recrutement réussi et un échec coûteux. Mieux vaut donc creuser ces éléments lors des différents entretiens pour s’en assurer.
Quelles compétences comportementales évaluer en priorité ?
Les compétences comportementales, les fameuses soft skills, sont devenues un critère de sélection majeur pour les recruteurs. Mais face à la multitude de soft skills existantes, sur lesquelles concentrer votre évaluation ?
L’adaptabilité
Certaines soft skills sont utiles pour presque tous les postes. L’adaptabilité en fait partie. Dans un monde professionnel en constante évolution, un collaborateur capable de s’ajuster rapidement aux changements, qu’il s’agisse de nouvelles technologies, de réorganisations ou de priorités mouvantes, représente un atout précieux. Pour l’évaluer, demandez au candidat qu’il vous raconte une ou plusieurs situations concrètes où il a dû faire face à un changement imprévu et adapter sa méthode de travail.
La capacité à communiquer efficacement
C’est une autre compétence essentielle. Un candidat qui sait écouter, transmettre des informations clairement et adapter son discours à ses interlocuteurs facilitera la collaboration au sein de son équipe. En entretien, observez comment le candidat s’exprime, comment il structure ses réponses, comment il reformule vos questions pour s’assurer de les avoir comprises.
L’esprit d’équipe
C’est une soft skill qui compte également, surtout dans des environnements où le travail collaboratif est la norme. Un candidat qui valorise systématiquement ses réussites individuelles sans mentionner ses collègues ou qui critique ouvertement ses anciens collaborateurs peut représenter un risque pour la cohésion de votre équipe. À l’inverse, un candidat qui parle naturellement en termes de « nous » et qui reconnaît l’apport des autres dans ses réussites témoigne d’une posture collaborative.
La résolution de problèmes et l’autonomie
Ces deux éléments sont particulièrement recherchés pour des postes à responsabilités. Un bon candidat ne se contente pas d’exécuter des tâches, il prend des initiatives, identifie les difficultés et propose des solutions. Pour tester cette compétence, présentez au candidat un problème type rencontré dans votre entreprise et observez sa méthode d’analyse et les pistes qu’il propose.
La résilience et la gestion du stress
Ces deux soft skills sont déterminantes dans des secteurs sous pression ou des postes exposés à des pics d’activité. Vous pouvez demander au candidat de vous raconter comment il a géré une période particulièrement difficile ou un échec professionnel. Sa capacité à tirer des enseignements de ces expériences et à rebondir vous en dira long sur sa solidité psychologique.
Le conseil de Helloworkplace
Plutôt que de demander « Êtes-vous autonome ? » ou « Savez-vous travailler en équipe ? », posez des questions comportementales ouvertes qui obligent le candidat à illustrer ses compétences par des exemples concrets. Par exemple : « racontez-moi une situation où vous avez dû prendre une décision importante sans validation de votre manager », « décrivez-moi un projet que vous avez mené en équipe et expliquez-moi quel était votre rôle précis ».
Comment mesurer la motivation réelle d’un candidat ?
La motivation est un élément très important dans la capacité d’une nouvelle recrue à être performante sur la durée. Un candidat motivé s’investira davantage, restera plus longtemps et contribuera positivement à la dynamique de son équipe. Mais comment distinguer une motivation sincère d’un discours de façade ?
1. Commencez par explorer les raisons qui poussent le candidat à postuler chez vous
Un candidat qui a pris le temps de se renseigner sur votre entreprise, qui connaît vos produits, vos valeurs ou votre actualité démontre un intérêt authentique. À l’inverse, des réponses vagues du type « je cherche de nouveaux défis » ou « votre entreprise a bonne réputation » peuvent trahir une candidature opportuniste, envoyée en masse sans réelle réflexion.
2. Interrogez également le candidat sur son projet professionnel
Où se voit-il dans trois ans ? Quelles compétences souhaite-t-il développer ? Un candidat qui a une vision claire de son évolution et qui peut expliquer en quoi votre poste s’inscrit dans cette trajectoire montre qu’il a réfléchi à sa candidature. Cette cohérence entre son projet et ce que vous offrez est un gage de motivation durable.
3. La préparation à l’entretien est aussi un indicateur précieux
Un candidat motivé aura préparé des questions pertinentes sur le poste, sur l’équipe, sur les projets en cours. Il aura anticipé les défis du poste et réfléchi à la manière dont il pourrait y contribuer. Cette préparation témoigne d’un réel intérêt pour l’opportunité que vous lui offrez.
4. Soyez également attentif aux signaux non verbaux et à l’énergie du candidat
Son enthousiasme est-il palpable lorsqu’il parle de certains aspects du poste ? Ses yeux s’illuminent-ils quand vous évoquez un projet particulier ? Ces manifestations spontanées sont difficiles à feindre et révèlent souvent un engagement authentique.
5. N’hésitez pas à tester la motivation par des questions directes sur les contraintes du poste
Si le poste implique des déplacements fréquents, des horaires décalés ou un rythme soutenu, évoquez ces aspects franchement. La réaction du candidat vous renseignera sur sa capacité à accepter ces contraintes et sur la solidité de sa motivation.
L’erreur à éviter
Ne confondez pas motivation et désespoir. Un candidat qui accepte tout, qui ne pose aucune question sur les conditions de travail ou qui se montre trop accommodant peut simplement être en situation d’urgence financière. Dans ce cas, cela ne garantit pas un engagement à long terme.
Comment évaluer l’adéquation culturelle ?
L’adéquation culturelle d’un candidat avec votre entreprise conditionne son intégration et son engagement sur la durée. Quelqu’un de techniquement brillant mais en décalage culturel, que ce soit en termes de valeurs, de modes de fonctionnement et d’état d’esprit, aura du mal à s’épanouir. Ce décalage risque aussi de créer des frictions au sein de son équipe.
Pour évaluer cette dimension, vous vous devez d’abord d’avoir une vision claire de votre culture d’entreprise. Quelles sont vos valeurs fondamentales ? Quel est votre style managérial dominant ? Quel rythme de travail prévaut dans vos équipes ? Quelle place accordez-vous à l’autonomie, à la créativité, à la prise de risque ? Sans cette clarté, vous ne pourrez pas évaluer l’adéquation d’un candidat.
Une fois ce référentiel établi, explorez les préférences du candidat en matière d’environnement de travail. Demandez-lui de vous décrire l’environnement dans lequel il s’épanouit le mieux. Préfère-t-il un cadre structuré avec des processus clairs ou un environnement plus flexible et créatif ? Travaille-t-il mieux en autonomie ou avec un encadrement rapproché ? Ses réponses vous permettront d’identifier rapidement les points de convergence ou de divergence avec votre culture.
Interrogez-le sur ses expériences passées. Qu’est-ce qui lui a plu dans ses précédents postes ? Qu’est-ce qui l’a frustré ? Les raisons de ses départs sont souvent révélatrices. Un candidat qui a quitté plusieurs entreprises pour des raisons liées à la culture (« trop hiérarchique », « pas assez de reconnaissance », « rythme trop lent ») vous indique clairement ses attentes.
Enfin, les valeurs personnelles du candidat sont également à explorer. Sans tomber dans l’interrogatoire, vous pouvez aborder des sujets comme l’équilibre vie pro-vie perso, l’importance du travail d’équipe, la vision du management. Un candidat qui valorise fortement l’équilibre et le bien-être au travail pourrait avoir du mal dans une culture de start-up en hypercroissance où les journées de 12 heures sont la norme.
Dans tous les cas, n’oubliez pas qu’adéquation culturelle ne signifie pas uniformité. Une certaine diversité de profils et de points de vue enrichit une équipe. L’objectif n’est pas de recruter des clones, mais de s’assurer que les valeurs fondamentales sont partagées et que le mode de fonctionnement du candidat est compatible avec celui de votre entreprise.
Bon à savoir
Certaines entreprises font rencontrer à leurs candidats plusieurs membres de l’équipe lors du processus de recrutement. Cette approche permet de recueillir différents points de vue sur l’adéquation culturelle et de réduire les biais individuels. Elle donne aussi au candidat une vision plus complète de l’environnement dans lequel il pourrait évoluer.
Quelles techniques d’évaluation utiliser à chaque étape du processus ?
Pour aller au-delà du CV, vous devez structurer votre processus de recrutement autour de techniques d’évaluation complémentaires, déployées aux moments opportuns.
Dès l’étape de présélection sur CV, apprenez à lire entre les lignes. Au-delà des diplômes et des expériences, observez la cohérence du parcours. Un candidat qui a changé fréquemment de poste sans progression visible peut poser question. À l’inverse, un parcours atypique avec des reconversions assumées peut révéler une forte capacité d’adaptation et une volonté d’apprentissage. Prêtez attention aux verbes d’action utilisés dans le CV : les verbes passifs (« participation à », « contribution à ») en comparaison avec les verbes actifs (« pilotage de », « création de ») révèlent le niveau d’implication et de responsabilité réels du candidat.
L’entretien téléphonique de préqualification est le moment idéal pour vérifier la motivation et écarter rapidement les candidatures opportunistes. Posez des questions simples mais révélatrices comme : « Pourquoi ce poste vous intéresse-t-il ? » ou « Qu’est-ce qui vous a attiré dans notre entreprise ? ». La spontanéité et la précision des réponses vous en diront long.
L’entretien d’embauche en face-à-face est l’occasion d’approfondir l’évaluation des compétences techniques mais aussi des soft skills, de la motivation et de l’adéquation culturelle. Privilégiez les questions comportementales ouvertes, qui obligent le candidat à raconter des situations concrètes. La méthode STAR (Situation, Tâche, Action, Résultat) est particulièrement efficace : « Racontez-moi une situation où vous avez dû gérer un conflit dans votre équipe. Quel était le contexte ? Quel rôle avez-vous joué ? Qu’avez-vous fait concrètement ? Quel a été le résultat ? ». Cette approche permet d’aller bien au-delà des généralités et d’évaluer les compétences réelles du candidat.
Les mises en situation ou les études de cas sont un excellent complément pour des postes techniques ou stratégiques. Présentez au candidat un problème réel rencontré dans votre entreprise et observez sa méthode de réflexion, sa capacité à poser les bonnes questions, sa créativité dans les solutions proposées. L’objectif n’est pas forcément d’obtenir la « bonne » réponse, mais de comprendre comment le candidat pense et aborde les défis.
Pour certains postes, notamment en management ou dans des fonctions commerciales, les tests de personnalité ou d’aptitudes peuvent apporter un éclairage complémentaire. Des outils comme le test MBTI, le test DISC ou les tests de raisonnement logique permettent d’identifier des traits de personnalité ou des capacités cognitives qui ne sont pas toujours visibles en entretien. Attention toutefois à ne pas surinvestir ces outils : ils doivent compléter votre évaluation, pas la remplacer.
Enfin, n’hésitez pas à vérifier les références professionnelles, souvent négligées par manque de temps. Un échange de quelques minutes avec un ancien manager du candidat peut confirmer ou infirmer vos impressions et révéler des aspects de sa personnalité ou de son mode de fonctionnement que vous n’auriez pas détectés.
Le conseil de Helloworkplace
Lors de l’entretien, alternez questions préparées et questions de relance spontanées. Les questions préparées assurent la structure et l’équité entre candidats, mais les questions de relance permettent de creuser un point qui vous intrigue et révèlent souvent les informations les plus intéressantes. N’hésitez pas à demander « Pouvez-vous me donner un exemple concret ? » ou « Comment vos collègues auraient-ils décrit cette situation ? ».