Les raisons qui poussent les candidats à ghoster les recruteurs

Une étude de l’EM Normandie établit que le ghosting des candidats relève moins d’un manque de savoir-vivre que d’un sentiment d’injustice, nourri par plusieurs irritants identifiés tout au long du processus de recrutement.

Les raisons qui poussent les candidats à ghoster les recruteurs
Une étude de l'EM Normandie révèle plusieurs irritants qui conduisent les candidats à ghoster les recruteurs. © olly / stock.adobe.com

Un candidat cesse de répondre après un troisième entretien ? Un autre disparaît la veille de sa prise de poste ? On appelle ça le ghosting. Pour les entreprises, l’explication relève souvent d’un problème de génération, ou d’un manque de maturité professionnelle.

Mais selon une étude* menée par le collectif « SAV du recrutement », en partenariat avec l’EM Normandie, le ghosting des candidats relèverait moins d’un manque de savoir-vivre que d’une réaction à des pratiques de recrutement perçues comme déloyales.

Une réponse à des processus jugés déloyaux

Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont recueilli près de 70 témoignages spontanés et une vingtaine de cas de recrutement, racontés à la fois par des candidats, des recruteurs et des managers. Concernant spécifiquement le ghosting côté candidats, plusieurs irritants reviennent avec insistance :

  • Des recruteurs eux-mêmes coupables de silence. Le ghosting des recruteurs est d’ailleurs cité comme la première cause pour légitimer le ghosting des candidats ;
  • Un salaire révélé trop tardivement, ou jugé déconsidérant ;
  • Un processus disproportionné par rapport au poste visé ;
  • Des tests en ligne chronophages, restés sans retour.

Le ghosting relèverait ainsi moins d’un évitement passif que d’un rejet assumé, une manière pour le candidat d’exclure de son horizon une entreprise qu’il juge indigne de confiance. Ce geste s’accompagne d’une charge émotionnelle réelle. En effet, les candidats ghosteurs expriment de la déception et de la colère, mais aussi, pour certains, un soulagement à l’idée de reprendre le contrôle d’une décision qui leur échappait.

Trois profils, une même logique situationnelle

Dans la majorité des cas, le ghosting de candidats apparaît comme la conséquence directe d’un vécu négatif pendant le recrutement. L’étude distingue trois profils de ghosteurs :

  • Le ghosteur régulier, épuisé par des années de mauvais traitements ;
  • Le ghosteur occasionnel, qui réagit à un comportement précis jugé irrespectueux ;
  • Le ghosteur accidentel, submergé par la peur de manquer une autre opportunité.

L’étude pointe également un effet cumulatif : les mauvaises expériences vécues par les candidats finissent par déteindre sur la vision d’ensemble que le candidat se fait des entreprises, au point de ne plus vraiment les distinguer les unes des autres. Pour Delphine Minchella, enseignante-chercheuse à l’EM Normandie qui a conduit cette étude, « le ghosting des candidats n’est pas un simple manque de courtoisie. C’est souvent la manifestation d’une relation dégradée entre les individus et les entreprises ».

Un signal à prendre au sérieux

Cette lecture invite les recruteurs, et plus largement les entreprises, à questionner la nature de la relation qu’ils construisent avec les candidats. Un processus perçu comme respectueux et transparent a, par construction, moins de raisons d’être fui en silence.

Le ghosting devient alors un indicateur à part entière de la santé d’un processus de recrutement, au même titre qu’un taux de satisfaction candidat.

*« Partenaires particuliers, comment l’idée de justice éloigne candidats, managers et recruteurs », EM Normandie, juillet 2026.

 

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