Les 4 mutations qui vont secouer le marché du travail en 2026
Un rapport de l’Organisation internationale du travail dresse un tableau plutôt sombre des mutations qui vont affecter le marché du travail au niveau mondial dès cette année.
Le chômage reste stable au niveau mondial mais plusieurs mutations vont secouer davantage encore le marché du travail en 2026, à en croire le rapport Tendances sociales et de l’emploi 2026, publié par l’Organisation internationale du travail (OIT) le 14 janvier. « Les perspectives [de croissance au niveau mondial] continuent d’être marquées par des risques importants liés à l’augmentation de la dette souveraine, à l’incertitude entourant les politiques commerciales et aux perturbations induites par l’IA. La matérialisation de ces risques pourrait avoir des conséquences non négligeables, non seulement sur les perspectives de croissance de l’emploi, mais aussi sur des dimensions clés de la qualité du travail, telles que l’informalité, la pauvreté au travail et les salaires réels », indique l’OIT dans son rapport.
Les difficultés d’insertion des jeunes exacerbées par l’IA
On le voyait déjà en 2025 mais la tendance pourrait s’accentuer encore davantage en 2026 au niveau mondial. En permettant d’automatiser un nombre croissant de tâches, l’IA pèse sur le marché de l’emploi, particulièrement en ce qui concerne « les jeunes diplômés des pays à revenu élevé à la recherche de leur premier emploi dans des professions hautement qualifiées », pointe l’OIT.
Dans ces pays à haut revenu, 16 % des 15-24 ans diplômés du supérieur exercent (ou s’apprêtent à exercer) des métiers fortement exposés à l’IA. C’est 5 points de plus que la moyenne mondiale sur les jeunes diplômés, et 2,6 points de plus que pour la population active avec un niveau d’éducation plus faible dans les pays à haut revenu. « À l’inverse, les jeunes et les adultes dans les pays à faible revenu, où l’agriculture est plus répandue et les tâches moins routinières, sont confrontés à un risque plus faible, en particulier ceux ayant un niveau d’éducation non avancé », contrebalance l’étude.
Cet impact sur l’emploi se mesure déjà : en 2024, le taux de chômage des jeunes diplômés du supérieur dans les pays à revenu élevé était 4,7 points moins élevé que celui des jeunes moins diplômés. Cet écart était de 8 points en 2009, signe que le diplôme est moins qu’avant un rempart contre le chômage. Et la situation semble s’aggraver avec l’adoption massive de l’IA dans les entreprises dans ces pays « riches », comme le montrait une étude publiée en août 2025 par trois chercheurs de l’université de Stanford.
Le vieillissement de la population dans les pays riches change l’équilibre mondial
L’année 2025 aura marqué un tournant en France avec davantage de décès que de naissances enregistrées, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. La situation n’est pas propre à la France. Selon les chiffres fournis par l’OIT, la population active des pays à haut revenu va commencer à reculer en 2026, avec 300 000 personnes de moins, sur un total de 733,3 millions de travailleurs.
Le vieillissement de la population dans ces pays va considérablement accélérer les tensions de recrutement à partir de 2030, comme le soulignait récemment une note du Haut-commissariat à la stratégie et au plan.
Au niveau mondial, cette situation va aussi changer les équilibres : entre 2025 et 2030, la part des individus issus de pays à faible revenu dans la population active mondiale devrait augmenter de 0,7 point tandis que celle des pays à revenu élevé va diminuer de 0,8 point.
« Grâce à une forte croissance démographique et à l’arrivée d’une large cohorte de jeunes sur le marché du travail, l’emploi dans les pays à faible revenu devrait croître de 3,1 % en 2026, après un taux de croissance moyen de 2,3 % entre 2010 et 2019. Toutefois, la faible croissance de la productivité et la pénurie d’opportunités de travail décent risquent d’empêcher ces pays de capitaliser sur un dividende démographique potentiel », prévient l’OIT.
L’informalité gagne du terrain
Selon le rapport de l’OIT, 2,1 milliards de travailleurs à travers le monde occupent des emplois informels, ce qui représente plus de 57 % de la main d’œuvre mondiale. C’est 0,3 point de plus en 10 ans. « Cette augmentation reflète en grande partie la part croissante dans l’emploi mondial des pays présentant des taux d’informalité plus élevés, principalement en Afrique et en Asie du Sud, ce qui rend les efforts de réduction de l’informalité dans ces économies essentiels », écrit l’OIT.
Dans le même temps, la transformation structurelle de l’économie au niveau mondial s’est ralentie ces 10 dernières années. Le passage d’activités à faible productivité et conditions de travail précaires à d’autres à forte productivité et avec de meilleures conditions de travail s’est opéré à un rythme deux fois plus lent durant la décennie 2015-2025 par rapport à la décennie précédente. « Le ralentissement de la transition des économies vers des industries ou des services à plus forte valeur ajoutée constitue un obstacle majeur à des progrès durables en matière de qualité de l’emploi et de croissance de la productivité », indique l’OIT. Et 2026 ne présage pas d’un retournement de situation.
L’incertitude des turbulences commerciales
Le contexte international, et notamment les perturbations du commerce mondial par des décisions comme la hausse des droits de douane annoncée par Donald Trump en avril 2025, n’est pas sans conséquence sur le marché de l’emploi. « L’incertitude concernant les règles commerciales et les goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement pèsent sur les salaires des travailleurs, en particulier en Asie du Sud-Est, en Asie du Sud et en Europe », indique l’OIT dans son rapport.
D’après l’organisation, ces turbulences commerciales représentent l’un des risques majeurs pesant sur le marché du travail en 2026. En cause notamment, le fait que 465 millions d’emplois dans le monde dépendent de la demande étrangère à travers l’exportation de biens et de services. L’Asie et le Pacifique sont les plus exposés, car ils concentrent plus de la moitié de ces emplois dépendants du commerce international.
« Le ralentissement de la croissance du commerce mondial et l’arrêt de la mondialisation des chaînes de production qui en résulte réduisent le rythme auquel les travailleurs transitent vers d’autres secteurs, contribuant ainsi au ralentissement de l’amélioration mondiale des indicateurs de travail décent », regrette l’OIT dans son rapport.
« À moins que les gouvernements, les employeurs et les travailleurs n’agissent ensemble pour exploiter la technologie de manière responsable et élargir les opportunités d’emplois de qualité pour les femmes et les jeunes, au moyen de réponses institutionnelles cohérentes et coordonnées, les déficits de travail décent persisteront et la cohésion sociale sera menacée», prévient le directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo.