Où les embauches de cadres vont-elles le plus repartir à la hausse en 2026 ?
Les prévisions de recrutement de cadres de l’Apec sont plutôt optimistes pour 2026 même si elles restent conditionnées aux impacts du conflit au Moyen-Orient sur l’économie française.
Après deux ans de contraction des recrutements de cadres, la tendance devrait s’inverser en 2026. En 2025, les entreprises françaises ont recruté 294 500 cadres, soit un fléchissement de 3 % sur un an. Mais en 2026, les embauches de ces profils devrait franchir à nouveau la barre des 300 000, d’après les dernières prévisions de l’Apec*. Une tendance qui confirme les études parues en début d’année.
L’ étude publiée le 2 avril dresse d’abord le bilan de 2025 : « La dynamique baissière s’explique en grande partie par un contexte économique relativement atone, souligne Hélène Garner, directrice des données et des études de l’Apec. L’emploi des cadres est fortement corrélé au niveau d’investissements des entreprises. Or, après une contraction de ceux-ci de 2,4 % en 2024, leur niveau est en timide hausse de 0,2 % en 2025. »
Le recul de 5 % des embauches dans les services à forte valeur ajoutée (informatique, ingénierie R&D, conseil, banques et assurances, communication et médias), qui concentrent 45 % de l’emploi cadre, justifient en grande partie cette évolution en 2025. Si l’on zoome encore, ce sont les métiers de l’informatique qui ont été les plus impactés par ce tarissement des embauches : -21 % sur deux ans.
Les jeunes cadres ont été les plus touchés par cette érosion des recrutements l’an dernier : les embauches de cadres de 5 ans d’expérience et moins se sont contractées de 5 % par rapport à 2024. A l’inverse, le niveau d’embauche des cadres de 6 à 10 ans d’expérience a connu une croissance de 3 % sur la même période.
« A ce stade, précise Hélène Garner, on ne peut pas établir de lien de causalité entre l’essor de l’IA générative et la baisse des taux d’insertion professionnelle des jeunes diplômés. En revanche, les emplois des jeunes sont souvent les premiers impactés en cas de difficultés économiques, mais aussi les premiers à repartir en cas d’amélioration de la conjoncture. »
Des indicateurs économiques au vert pour 2026…
Pour 2026, l’Apec table sur 305 800 recrutements, ce qui marquerait une progression de 4 % par rapport à 2025, mais reste en deçà du pic de 2023 (à 330 000 recrutements). « Si l’on met de côté la crise Covid et les niveaux anormalement élevés de recrutements en 2021-2022, on pourrait retrouver, en 2026, une croissance plus standard. Car l’emploi des cadres a tendance à progresser sur le long terme, en lien avec le développement de l’économie de la connaissance et la digitalisation de l’économie », décrypte Laetitia Niaudeau, directrice générale de l’Apec.
En ce début d’année, les indicateurs économiques sont au vert et devraient booster l’emploi cadre : la Banque de France mise sur 0,9 % de croissance en 2026 et prévoit 1,2 % de croissance des investissements des entreprises.
Cette reprise profiterait surtout aux services à forte valeur ajoutée, qui représentent 53 % des intentions de recrutement. Dans ce secteur, l’Apec prévoit une hausse de 6 % des embauches de cadres en 2026. Après avoir chuté plus fortement que les autres secteurs, l’informatique commencerait à reprendre des couleurs, avec 60 120 recrutements prévus en 2026 (+5 % par rapport à 2025). Les activités d’ingénierie-R&D (+7 % d’embauches prévues) et du conseil (+6 %) devraient également tirer leur épingle du jeu.
L’industrie et la construction devraient également s’inscrire dans cette dynamique positive, avec des recrutements en croissance de 3 % par rapport à 2025.
Cette embellie devrait concerner quasiment toutes les régions, Occitanie, Pays de Loire et Ile-de-France en tête.

…mais des incertitudes liées au contexte géopolitique
Néanmoins, ces prévisions optimistes restent étroitement conditionnées aux impacts du contexte géopolitique sur l’économie française. « Elles dépendront notamment de la durée et de l’ampleur de la guerre au Moyen-Orient, qui risque de déboucher sur une nouvelle crise énergétique aux conséquences incertaines », avertit Laetitia Niaudeau.
La contraction des investissements publics constituerait également un frein à l’investissement des entreprises et pourrait les conduire à différer leurs projets de recrutement. « Malgré tout, la Banque de France, l’Insee et les acteurs sectoriels restent relativement confiants sur cette orientation à la hausse, même s’il est encore difficile de déterminer à ce stade quel sera le montant de cette hausse », poursuit la directrice générale de l’Apec.
Quels impacts sur les tensions de recrutement ?
Alors que la baisse des recrutements de cadres en 2025 s’était accompagnée d’une inversion du rapport de force candidats/entreprises au profit des secondes, qu’en sera-t-il si les embauches de cadres repartent à la hausse ?
« Cela ne se traduira pas pour autant par une augmentation des difficultés de recrutement, en repli depuis 5 ans, observe Laetitia Niaudeau. Les tensions de recrutement ont été particulièrement fortes à la sortie de la crise sanitaire mais ont été considérablement allégées par le retournement du marché. Elles continuent d’exister, mais sont davantage ciblées, par exemple sur les métiers de la cybersécurité. »
*Etude réalisée auprès de 8 100 entreprises représentant 1,4 million de salariés dont 345 000 cadres, période d’enquête du 12 novembre 2025 au 30 janvier 2026.